15ème édition du festival Courts Mais Trash (15-19/01/2020)

Mardi 21 janvier 2020, 18h25, une brume funeste caresse Bruxelles de ses froides volutes. Ambiance cinématographique absolue, aussi fascinante et hypnotique qu’austère et hostile. Six jours plus tôt, à cette heure exacte, je franchissais les portes des Riches Claires pour un festival à la programmation tout autant fascinante qu’hypnotique mais à l’opposé total d’une quelconque austérité ou hostilité. La semaine dernière, le festival Courts Mais Trash fêtait ses 15 ans, et il était de mon devoir de m’y rendre afin de laisser mes yeux se repaitre de ce qui s’est fait de plus dingue en courts-métrages. Et les quinze dernières années aussi, tant qu’à faire…

Car oui, cette année, en plus des séances habituelles, le festival proposait également trois séances best of : une double séance des meilleurs courts diffusés aux éditions précédentes, toutes catégories confondues, en quasi-simultané dans les deux salles des Riches Claires (autre nouveauté la seconde salle) afin de contenter un public leur faisant l’honneur de les remplir à ras bord. Une séance Best of courts mais super sex et une séance Best of courts mais super trash donc. Troisième nouveauté du festival : deux séances Longs mais trash diffusées au Palace sur lesquels je reviendrai plus tard. Tout ça nous fait au total 108 courts-métrages et deux longs répartis sur une vingtaine de séances et nous amène au seul défaut mineur du festival : l’obligation de faire des choix drastiques et, au final, de manquer une bonne partie de la programmation. À la fois ce n’est pas grave, mais au vu de la qualité des films sélectionnés, je pense avoir raté pas mal de petites perles. Je soulignerai toutefois que des séances sold out telles que la compétition nationale ont eu droit à une seconde projection afin de contenter le plus grand nombre. Et ça c’est beau !

Parmi les séances auxquelles j’ai assisté, il est presque difficile de rassembler tous mes souvenirs, faute au nombre de courtes péloches que j’ai eu l’occasion de voir (et partiellement au bar des Riches Claires et sa sélection de bières bien trop enthousiasmante que pour ne pas en profiter), mais au-delà du palmarès officiel – amplement mérité – qui se trouve au bas de l’article, je citerai quelques coups de cœur.

Your Last Day on Earth, film espagnol de Marc Martinez Jordan qui dépasse son budget riquiqui par une histoire de paradoxe temporel aussi drôle que touchante.

Your Last Day on Earth

BFF Girls de l’américain Brian Lonano, « Super Sentai » à la sauce Sailor Moon, le tout copieusement arrosé de sang et de mauvais goût assumé avec son super méchant vendeur de tampons absorbant l’entièreté du sang de son hôte.

– Le bouleversant Star Shaped Scar, court finlandais de Virva et Vuokko Kuntu, qui prend le spectateur par la main pour l’emmener vers quelque chose de complètement inattendu. En dire plus serait criminel.

– Le tout aussi court qu’hilarant Happy Hour  de l’italien Werther Germondari et son lancé d’amuse-gueules…

Venons-en à la grosse nouveauté de cette cuvée 2020 de Courts Mais Trash : les deux longs métrages diffusés au Palace.

Le jeudi 16 à 21h30 était diffusé Lake Michigan Monster de et avec Ryland Brickson Cole Tews (dites le cinq fois très vite…) décrit sur le site du festival comme « Et si Bob L’éponge avait été réalisé par le maître canadien du cinéma expérimental Guy Maddin ? » Il est difficile de leur donner tort, tant cette péloche complètement fauchée s’éclate et est inventive avec son noir et blanc hyper saturé, ses effets spéciaux efficaces faits de bric et de broc et sa bande de mercenaires de pacotille aidant un soi-disant capitaine à capturer un monstre marin responsable de la mort de son père. L’œuvre m’aura enthousiasmé et fait sourire pendant ses premières quarante minutes mais a finalement laissé place à pas mal d’ennui en raison de longueurs et d’absence d’enjeux réels. Se déguste très bien entre potes.

Alien Crystal Palace

Place maintenant au plat de résistance, le bien nommé Alien Crystal Palace (s’il est vaguement question de crystal, le titre résume d’avantage une atmosphère que des éléments concrets du « récit », si je peux utiliser ce terme…) de et avec Arielle Dombasle. Il est dur d’ajouter de nombreuses choses à la critique de nanarland.com, tant celle-ci résume bien l’essence de cette œuvre au goût si particulier. Dans les faits, j’ajouterai que voir ce film en salle en compagnie d’un public hilare pendant les 97 minutes de folie furieuse complètement à côté de la plaque qui défile devant nos yeux embrumés à la fois de larmes de rire et de stupéfaction restera probablement une des expériences les plus transcendantales de cette année 2020 ! Oui, je sais, on est seulement en janvier, mais vous ne savez pas, vous n’avez pas la moindre idée… Mention spéciale également à la doublure pas raccord du tout de Jean-Pierre Léaud qui apparait parfois dans le fond derrière Michel Fau (si si, regardez bien !) – sans doute que celui-ci avait déjà raccroché son chapeau en carton et avait été re-déposé à la maison de repos (bien mérité) les fioles « Jaggermeister » de l’alchimiste, parce-que « pourquoi s’emmerder à en prendre des transparentes hein !? » – mais aussi au non-jeu de Nikolas Ker (regardez des interviews, il est juste comme ça dans la vie) qui ferait passer Tommy Wiseau pour Joaquin Phoenix.

Alien Crystal Palace c’est un peu comme pleurer toutes les larmes de son corps : c’est parfois douloureux, souvent embarrassant si c’est en public, mais quand c’est terminé, on se retrouve envahi d’un sentiment de légèreté et de bien-être comme on en vit que rarement. Alien Crystal Palace, c’est des gens riches qui s’emmerdent et décident de s’amuser comme ils et elles peuvent certes (comme beaucoup de films quand on y pense…), mais c’est aussi de la sincérité, de l’amour et une vrai friandise pour les yeux et pour le cœur.

Je conclurai par un grand merci à toute l’équipe de Courts Mais Trash pour ces cinq jours tout aussi épuisants que revigorants.

Bisoulove,

Major Fail

 

Palmarès Courts Mais Trash 2020 :

 

Compétition Nationale (Prix du Public)

1) Mother’s de Hippolyte Leibovici

2) Blackface de Quentin Moll-Van Roye

3) Tchivali de Louis Marbaix


Compétition Internationale (Prix du Public)

1) Lamento Della Ninfa de Matock

2) Le rideau de Léopold Dewolf

3) Who’s That at the Back of the Bus? de Philip Hardy

 

Compétition Born 2 Be Cheap / Meilleur Film Fauché – (Prix du Public)

1) Valerio’s Day out de Michael Arcos

2 ) Matines de Erwan Alépée

3) Hypersensible de Lewis Eizykman

 

Prix de L’UCPB – Union de la Presse Cinématographique

PTSD CaLM! (C. Espejo, L. D’Addazio, M. Remy)

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