A fábrica de nada dans le cadre de la rétrospective du nouveau cinéma portugais au cinéma Nova (10/01-03/03/2019)

50404416_409606416521393_7775350776813060096_nLe cinéma portugais étant rare, ne pouvant prétendre à un statut industriel, chacun de ses films est un objet unique qui doit réinventer sa propre forme pour exister. A fábrica de nada (L’usine de rien) de Pedro Pinho ne déroge pas à la règle. Le film sera projeté au Nova dès ce 10 janvier entouré de ses petits camarades issus aussi de l’étonnante structure de production Terratreme.

Que faire quand la direction elle-même semble avoir organisé le vol des machines de travail d’une usine ? C’est la question originelle à laquelle doivent répondre les ouvriers protagonistes de A fábrica de nada. Repenser l’outil, le patronat, la gestion d’une usine et sa production pour réfléchir au sens du travail et de la vie sont les thèmes qui sont au centre du film de Pinho. Mais le militantisme et le propos politique, s’ils sont clairement au programme, ne sont jamais assénés de façon lourde, didactique, portés qu’ils sont par une galerie d’humains plus que de personnages.

Trois heures durant on va vivre la réflexion des ouvriers de l’usine (souvent de véritables ouvriers reconvertis en acteurs amateurs) dans la redéfinition de ce que peut être une entreprise à l’heure des délocalisations sauvages, du capitalisme sans foi ni loi. L’auto-gestion s’impose vite comme la piste privilégiée, comme un défi lancé à la doxa de leurs dirigeants estimant qu’ils ne seraient plus assez rentables.

Films d’humains avant tout, les conflits de personnes et d’intérêt surgissent assez vite. Prendre des décisions de groupe, être solidaire est tout sauf évident; Pinho n’épargne pas les petitesses et autres contradictions de ses personnages. Alors, pour donner plus de relief à leurs existences, on sort du périmètre de l’usine. On s’aère, on suit Zé, charismatique dans ses dérives vers un autre ailleurs à réinventer. Tout se poétise, la musique se fait omniprésente, onirique ou violente, le film par sa longueur peut se permettre les ruptures de ton. Si dans l’usine on voit très bien apparaître la fibre de documentariste du réalisateur, quand on en sort on plonge parfois dans une sorte de surréalisme jamais empesé et devient par là même un véritable objet de fiction. Et lorsque la comédie musicale s’invite dans certaines des scènes les plus politiques, on se dit qu’on n’est pas si loin que ça d’un Demy qui aimait aussi à mélanger la dureté des sujets à la légèreté de la forme.

49947157_458081728059951_5764862257544560640_nBien entendu, comme il s’agit d’un film qui casse nombre de codes par rapport à la production courante du cinéma actuel, on peut être déstabilisé par la narration éclatée, par la longueur aussi. Le rythme posé par moments autorise à la pensée du spectateur de s’installer à l’intérieur même de la vision, il n’y a aucune volonté chez l’auteur de donner à voir une œuvre qui ne pourrait pas être discutée, remise en question. Et il est un fait qu’il faut accepter le principe d’un cinéma exigeant et respectant l’intelligence et l’ouverture du public.

Cette tête de gondole (sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes) donne envie de découvrir les autres productions de Terratreme et voir comment cette boîte, qui aime à se présenter comme un collectif, parvient à donner un élan neuf au cinéma portugais qui pourtant depuis des années déjà est parmi les plus innovants d’Europe. Et comme on est au Nova, il y aura également des événements hors septième art parmi lesquels j’ai envie de mettre en évidence le concert de Focolitus (01/02 à 20h30) le groupe du Zé de A fábrica de nada.

Laurent Godichaux

A fábrica de nada + rétro Pedro Pinho + Terratreme filmes du 10 janvier 2019 au 03 mars 2019 au Nova

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