A Giant Dog au Botanique (22/05/2019)

agiantdog_300x666Il y a 3/4 ans, un peu par hasard, un peu parce que j’avais une sorte de confiance aveugle justifiée en la programmation de Iacopo Curatolo pour ses homeplugged dans son appartement, j’avais vu les fous furieux de A Giant Dog. La colère sexuelle de Sabrina Ellis en culotte de grand-mère, sauvagerie de la pilosité, mettait un peu de glamour crade dans l’univers parfois ripoliné du rock. Alors quand j’ai vu qu’ils venaient au Chicon (Witloof bar) je me suis foutu que les texans n’avaient plus sorti de matos depuis deux ans et ait souligné la date au Stabilo rose dans mon agenda.

Petite intro instrumentale pour se chauffer et Miss Ellis débarque. Bas résilles déchirés sur un body, Doc Martens montantes et voile de nonne, ça tient plus de l’accoutrement que de la tenue de scène et c’est tant mieux. Ça attaque directement avec un « Photograph » survitaminé. Les guitares tranchent dans le lard, la basse et la batterie castagnent, Sabrina éructe. Le Witloof, avec ses murs de briques et ses piliers omniprésents n’est pas la salle la plus facile de la capitale. Mais c’est aussi une cave et dans le fond « underground » ça vient de là alors les groupes qui le sont jusqu’au bout des tifs arrivent à se l’approprier. A Giant Dog fait incontestablement partie de ceux-là.

L’avantage de ne pas avoir d’album à défendre est qu’on peut faire des allers-retours dans la discographie et nos potes texans ne s’en privent pas. Les bombinettes les plus susceptibles de nous ressusciter si par hasard nous étions morts sont choisies avec soin. Après une vingtaine de minutes, un « Roller Coaster » presque apaisé semble vouloir calmer le jeu, mais c’est vice et perversion pour mieux nous cueillir au coin de notre relâchement. Tout devient encore plus moite avec « Tongue Tied »; jouissance des bas fonds, Sabrina mime l’acte sexuel. On pense aux Velvet, aux Runaways aussi (groupe à l’influence encore et malgré tout sous-estimée), à tout ce pan du rock qui n’a pas eu peur d’aller vers des désirs pas tout à fait catholiques.

agiantdog_850x300Entre deux morceaux, notre chanteuse facétieuse essaye de se rentrer le poing dans la bouche, ça doit être un exercice de décontraction maxillaire se dit-on. Showwoman diabolique, elle descend de scène, fait un grand écart au milieu du public, s’amuse avec les quelques spectatrices l’imitant. Ça sue, ça suinte, ça hurle. Et ça ne pourrait être que du spectacle, mais c’est aussi de la putain de bonne musique. Ça sonne comme dans un garage au fin fond d’un trou perdu, les gueules de redneck qui entourent Sabrina bourrinnent avec une maîtrise évidente. Mention particulière à Graham Low à la basse qui donne tout ce qu’il a dans une saine énergie qui fait se mélanger rouflaquettes et tifs.

Sabrina feint me balancer son pied dans la gueule avec un grand sourire; on sait s’amuser au Texas. Le concert va vers sa fin avec un calme, extatique et désespéré « Survive ». Tout à coup, on n’est plus dans la colère mais dans ses origines. C’est beau à chialer. Dans le regard plus possédé que jamais de Sabrina on sent aussi une tristesse. C’est fascinant, presque effrayant. Et quand les guitares se font à nouveau rugissantes, la voix hurlante pour la fin de morceau, on est presque soulagés. Un « Sleep When Dead » dantesque semble devoir clôturer la prestation sans rappel. Les lumières se rallument même. Mais l’enthousiasme du public agit miraculeusement et on repart pour deux morceaux. On est épuisés, on crie notre amour, la communion païenne entre le groupe et nous est totale. Une heure de sport de haute intensité fait que l’on mérite bien une bière; faudrait pas se déshydrater non plus.

Fripouille

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