Aldous Harding à l’Ancienne Belgique (11/11/2019)

aldousharding_300x666Quelques fois par an dans l’existence d’un rat de concert il y a cette certitude d’assister à un moment extraordinaire, rare. Ce lundi à l’AB, dans une étrange configuration au parterre mi-assis/mi-debout, pendant 80 minutes fatalement trop courtes, devant un public à la fois attentif et enthousiaste, Aldous Harding a livré une prestation hors norme, généreuse et retenue.

Nous ne nous attarderons pas sur la première partie tout en artifices de Yves Jarvis. Boucles de chants d’oiseaux et de vent pour faire arty, dreads et robe large de hippie pour montrer à quel point il est libre dans sa tête, jeu de guitare et chant approximatifs pour bien signifier qu’il n’est pas formaté, tout est dans la pose. Hormis l’agacement et l’ennui, rien ne passe. Une demi-heure peut sembler parfois très longue.

À 21h précises Aldous Harding fait son entrée. Avec lenteur elle s’installe, s’assied, vérifie l’accordage de sa guitare. « The World is Looking For You » résonne immédiatement dans toute sa discrète subtilité. Sa présence étrange et fascinante fait qu’on ne peut détourner notre regard, la voix douce laisse passer une fêlure et est un mélange constant d’équilibre précaire et d’assurance tranquille. Le beau « Living the Classic3 lui succède. Deux morceaux de Party, l’album précédent, est une façon peu fréquente de commencer un concert en 2019.

Toujours avec délicatesse, elle se lève, elle dégage son siège, remonte son micro et entame enfin le « Designer » de l’album éponyme paru cette année. Son groupe l’a rejointe, quelques pas de danse venus d’un autre monde, les mains se tendent vers le public, le regard est ailleurs et la mélodie fait que l’on se trémousse mollement avant même de s’en rendre compte.

Elle se rassied et enchaîne les chansons merveilleuses picorées au hasard dans les deux albums. Réflexe idiot de personne qui écoute trop de musique, j’essaie de voir à quel.le artiste elle pourrait être rattachée, d’où elle vient musicalement. Je pense à une Cat Power qui aurait enfin trouvé l’épanouissement et la force d’assumer toutes ses différences. Mais vite je m’éloigne de ces vaines réflexions aux premières notes de « Heaven is Empty ».

aldousharding_850x300Cette chanson est d’une beauté surnaturelle, la version livrée ce soir est d’une pureté indicible. Plus tard Aldous s’excusera de ne pas beaucoup parler, de préférer laisser s’exprimer sa musique. Quand on rédige ce texte on repense à ces rares mots qui prennent encore plus de sens. Quelques larmes seraient parfois nécessaires à dire toute émotion.

« Damn », pour lequel elle s’installe derrière les claviers, est un autre morceau de bravoure. La voix est toujours cristalline et forte à la fois. Je pense à Nico, plus par les intonations et la façon dont elle fait sonner son clavier que par la chanson elle-même. Nous sommes tou.te.s seul.e.s au monde avec elle. Plus rien n’existe en dehors de cette relation. Quelques notes de tuba donnent encore plus d’ampleur à la fin du morceau.

Une version de « Blend », où les tourments s’expriment de manière plus frontale, nous rappelle la Aldous Harding que nous avions découverte en 2017 aux Feeërieën et clôture le concert. L’ovation qui suit est plus de l’ordre de la communion, de l’immense respect, que des traditionnels rappels.

Alors elle revient avec son groupe et nous propose « Old Peel », un nouveau morceau tout en énergie joyeuse. Sur scène avec ses musiciens, elle s’amuse, sourit, danse, la chanson la plus pop et la plus groovy qu’elle n’ait certainement jamais faite laisse peut-être présager d’un changement de direction tout aussi enthousiasmant.

Les lumières se rallument. Le public ne bouge que doucement. On ne se parle pas encore. Le silence qui suit du Aldous Harding est encore du Aldous Harding.

Fripouille

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