Alice Glass à l’Ancienne Belgique (02/06/2019)

aliceglass_300x666Ce dimanche soir, avec Monomono et Alice Glass, il y a deux façons différentes d’envisager le pire. Essai de description d’une soirée compliquée dans un AB club au public épars et partagé entre des sentiments d’enthousiasme et de chamboulement.

Parce que confronté à du nouveau, il faut aussi s’abandonner à dire ses sensations, je n’ai pas envie de faire une critique analytique de Monomono que je ne connaissais même pas de nom avant la soirée. Tout ce que je peux dire c’est qu’il y a une femme avec un carré blond, apparence assez froide et distante, penchée sur ses machines, et une autre, brune, qui semble timide et oscille entre un violon qui en a plus l’apparence que le son et des machines. Et le chaos est partout. Mais il n’est pas dans le cliché de sa violence; il y a comme une résignation à accepter une inéluctable fin du monde. Ça pourrait être de l’indus, mais c’est aussi orientalisant; parfois même on entend des sons venus d’Afrique. On ne peut plus faire le tri, tout est confus. On pense danse stridente, on associe des termes qui n’ont rien à voir. Puis elles se sourient, complices. Tout ne va peut-être pas si mal. Il y a encore de l’espoir. Notre blonde loope des cris entre orgasme et frayeur, les machines distordent encore plus tous les sons. On remue comme si on n’avait pas le choix. On n’atteint pas la transe parce que notre esprit continue à essayer de comprendre ce que pendant une demie heure ses oreilles viennent d’entendre.

Puis il y a Alice Glass. En 2014, elle met fin à Crystal Castles. Il y a un peu plus d’un an, encouragée à s’exprimer par le mouvement Me Too, elle donne les raisons. Elle dit avoir été victime d’une relation abusive tout au long de l’existence du groupe. Alors le son à la limite du malsain mais fascinant du groupe d’Ontario nous met rétrospectivement encore plus mal à l’aise. Les débuts de sa carrière solo évoquent ce traumatisme, il était donc impossible de ne pas en parler avant même de parler du show vécu.

aliceglass_850x300Tout au long de la petite heure, la Canadienne, accompagnée par une batteuse furieuse et d’un multi instrumentiste tout aussi déchaîné, va alterner entre son répertoire solo et celui de son défunt groupe. Alors que les morceaux parus sous son nom propre semblaient plus pop et moins violents que le souvenir de Crystal Castles, il sera difficile de distinguer les deux périodes dans le concert. Tout est cohérent dans la violence, dans l’excès. Alice Glass est toujours la frontwoman dingue, hurlante, bouillonnante, haranguant à tout va qu’on a connu il y a plus de dix ans.  Rapidement, elle descend dans le public, elle saute, elle monte sur la batterie, elle se roule par terre. Mais cela ne serait que du show s’il n’y avait derrière cette voix qui dit tant de choses derrière les mots. Aiguë et puissante à la fois, elle parait toujours à la limite de la rupture. Il y a de la souffrance, de la colère, comme le reflet d’une personnalité et d’un monde tourmenté même quand il y a sourire et joie.

Souvent, à l’AB, il y a la frustration d’un son trop limité en DB; on sait que c’est une restriction légale. Et puis, parfois, des artistes ne s’en soucient pas. Ce soir, c’était le cas. De mémoire d’auditeur, ça faisait longtemps que nos tympans ne s’étaient autant mis en danger. Au-delà même des hurlements d’Alice, il y a cette batteuse. « Martial » pour définir sa rythmique semble être un terme faible; si Bush voulait trouver des armes de destructions massives il aurait du s’intéresser à cette musicienne.  On en prend plein les esgourdes, on est un peu sonné, et pourtant, après une demie-heure, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, on commence à légèrement s’ennuyer. Comme si la répétition de l’excès depuis le début nous avait déjà un peu anesthésié. Et aussi, parce qu’il faut bien l’admettre, toutes les compositions se ressemblent un peu trop.  Alors quand après moins d’une heure, rappel compris, le concert s’achève, il n’y a même pas un goût de trop peu.

Fripouille

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