Aperçu de quelques sorties ciné de ce début 2020

Petit tour d’horizon de quelques sorties de ce début janvier. Entre Adoration, la fin de la trilogie ardennaise de Fabrice du Welz, et 1917, faux grand film de guerre et vrai navet, il y en a pour tous les goûts et les dégoûts.

Gloria Mundi de Robert Guédigian : Le cinéaste marseillais, entouré des fidèles Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, par l’intermédiaire du personnage de Daniel (Gérard Meylan, autre habitué) récemment sorti de prison après une longue peine, ausculte avec un énergique désenchantement une France qui doit lutter tous les jours pour bouffer, pour payer son loyer. Accepter ou pas de devenir un.e exploitant.e pour enfin cesser d’être un.e exploité.e semble être devenu le seul choix. Film le plus sombre de l’auteur, comme si lui-même ne croyait plus tout à fait à la solidarité et à la débrouillardise comme issue de secours, il ne laisse pas entrevoir d’autre lumière que celle du soleil marseillais.

Seules les bêtes de Dominik Moll : Thriller fantastique où les pièces tentent de s’emboîter parfois de façon un peu laborieuse ou capillotractée. Pourtant, au final, ça donne un divertissement plutôt prenant. Certainement parce que le rythme, la direction photo et la distribution (mention spéciale à la toujours impeccable Laure Calamy et à  Nadia Tereszkiewicz) permettent de ne pas trop penser à ces quelques faiblesses.

All Of Us de Willem Wallyn : Quand un divorce entre une psychothérapeute et un cancérologue se transforme en grand jeu de massacre, parfois au détriment de leurs patients communs. Comment parler du cancer, comment vivre et mourir de cette maladie, l’état du couple à notre époque sont quelques unes des grandes questions que pose ce drame flamand qui lorgne sans s’en cacher vers le cinéma américain et son efficacité revendiquée.

All Of Us

1917 de Sam Mendes : Film de guerre classique où l’on doit faire semblant de croire qu’il est original de filmer la guerre, poisseuse, dégoûtante et assez chiante. Tout ça a été vu mille fois. Alors, en temps réel, on suit deux soldats en mission super urgente dont on se fout rapidement. Le tout en faux plans séquence (mais oui, même ça c’est du fake). Le marketing a dit qu’on devait crier au chef d’œuvre et apparemment ça marche auprès de beaucoup. Alors oui, par moments c’est de la belle technique, mais certainement pas un bon film.

Judy de Rupert Goold : Le biopic est ce genre de film qui prend plus de temps que de lire une page Wikipedia mais qui est aussi à la fois plus complet et plus faux. Alors comme je ne connaissais pas grand chose à la vie et à la carrière de Judy Garland, j’ai pris un certain plaisir à découvrir tout ça. Renee Zellweger en fait évidemment des tonnes en Garland vieillissante et alcoolique, mais c’est aussi le genre cinématographique qui veut ça.

Adoration de Fabrice du Welz : Déjà un des films les plus attendus de 2020. En préambule, je dois confesser que j’éprouve souvent beaucoup de difficultés avec le cinéma de Du Welz. Sous la brillance esthétique, un sens de l’image et ce qu’il faut de provoc’ du gore, j’avais tendance à voir une vacuité du propos et une absence de vision de cinéaste.

Adoration, qui suit au travers des Ardennes la fuite en avant de deux ados,  Gloria (Fantine Harduin) et Paul (Thomas Gioria), m’a alors agréablement surpris. Grand film romantique où l’amour peut triompher de tout, la passion échevelée, innocente, dangereuse y est magnifiée, glorifiée. Et Fantine Harduin, incarnant la force motrice, sans limite, est parfaite de magnétisme effrayant. À noter que j’ai vu ce film il y a quatre mois et que ma perception est devenue plus positive avec le temps, ce qui est toujours bon signe.

Laurent Godichaux