Archive au Cirque Royal (28/11/2016)

archivetourC’est un lien étrange qui s’est tissé entre Archive et moi. Je suis un admirateur de tout ce qu’ils ont sorti entre 2002 et 2009, période où chaque album semblait surpasser le précédent en intensité et en inventivité. Se définissant « collectif » plutôt que « groupe », Archive voit son style évoluer au gré des allers et venues des musiciens en son sein. Partis du trip-hop pour construire ensuite un univers axé sur le rock progressif et teinté d’electronica, ils ont atteint le sommet de leur art sur Controlling Crowds avant de commencer à tourner doucement en rond.

Leur dernier passage à l’Ancienne Belgique début 2015 était une relative déception. On a néanmoins décidé de leur laisser une chance, plutôt optimiste à l’écoute de The False Foundation, leur dernier disque, composé par le « noyau dur » (le duo Griffiths / Keeler et les deux chanteurs principaux Dave Pen et Pollard Berrier) et sonnant comme un certain retour aux sources dans les oreilles. On était donc lundi dernier au Cirque royal pour un concert qui s’avèrera être une… relative satisfaction.

Satisfaction car Archive reste un groupe très généreux. Sur le papier ils devaient commencer leur set à 20h45, et ils sont entrés sur scène à 20h30 pour deux heures de concert.

Satisfaction également de voir qu’ils ne sont pas de grands nostalgiques et ne cèdent pas à la facilité du fan service : la quasi intégralité du nouveau disque est jouée, et les titres issus de leurs dix premières années de carrière se comptent sur les doigts de la main (de quelqu’un qui l’aurait laissé trainer distraitement à la fermeture de la porte automatique du métro.)  Certaines nouvelles chansons ont clairement le potentiel électrisant et envoutant de leurs ainées (« Driving in nails », « The false foundation », « Blue faces ») quand d’autres recyclent des vieilles recettes façon Lights (« Bright lights » justement, ou « Splinters ») et certaines proposent des idées rafraichissantes sans être tout à fait convaincantes (« Stay tribal », « The weight of the world ».)

Satisfaction, voire allégresse, de profiter d’un show visuel créatif et prenant : lumières et visuels  jouant continuellement avec des effets de perspective sur la profondeur de la scène, notamment grâce à un rideau entre les musiciens et le public, constitué d’une multitude de petites cordes sur lesquelles sont projetées des images qui répondent à celles dans le dos du groupe. On discerne en filigrane les musiciens pendant un bon tiers du show, avant que le voile ne tombe au milieu de « Kid Corner. » Le dispositif semble pensé pour les très grandes salles, mais fonctionne malgré tout assez bien pour la salle ronde dans laquelle les spectateurs se trouvent fort proche des artistes.

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Relative, parce qu’encore une fois le son a été assez mou. Archive semble chercher l’équilibrage sonore le plus clinique possible, ce qui permet effectivement d’avoir un mixage agréable à l’oreille et relativement précis malgré le nombre de pistes différentes, mais qui manque de pêche, de présence et de puissance par rapport à tous les contrastes des albums qu’on aimerait retrouvés amplifiés en live. Les guitares ne ressortent pas assez, et c’est parfois frustrant d’en voir trois sur scène et de devoir tendre l’oreille pour en percevoir une seule.

Relative aussi dans le choix des chansons. De façon ambivalente, Archive semble éviter certains tubes trop évidents (« Fuck U », « System ») mais se sent néanmoins obligé de toujours nous ressortir « You make me feel. » C’est évidemment très subjectif, mais vu le peu de place laissé aux anciennes chansons, on aurait préféré des choix plus audacieux que « Pulse », entendue et ré-entendue… Le groupe semble surestimer également la force des titres issus de Restriction, à l’image de ce « Feel it » à rallonge, sur lequel les musiciens semblent s’amuser davantage que sur tous leurs autres morceaux. On est néanmoins heureux qu’ils aient fini sur « Controlling Crowds », et fâchés qu’ils l’aient amputé de son intro. Pas chien, le groupe a fait –apparemment- son ultime au revoir avec une version raccourci de « Again », mais nous ne saurons jamais si cela aurait permis d’ajouter un ou deux points à la note finale : nous étions déjà sortis de la salle, avec cette impression en demi-teinte.  

Archive est et restera un collectif qui mérite le plus grand respect tant pour sa contribution à la musique du début du 21ème siècle que pour sa volonté affichée de proposer de nouvelles choses tant sur album que sur scène, mais on n’est maintenant de plus en plus persuadé que leurs meilleurs inspirations sont définitivement plusieurs années derrière eux. Est-ce que cela nous retiendra de retourner voir Darius Keeler gesticuler derrière son synthé encore une fois ? Réponse, sans doute, avec le prochain album.

Maxime Verbesselt

Setlist

Driving in Nails // Sell Out  // Stay Tribal  // The False Foundation // Crushed  // Hatchet // Kid Corner // Pulse // Splinters // The Weight of the World // Bullets // Blue Faces //  Bright Lights // Nouvelle chanson (avec Holly)  // You Make Me Feel  // Feel It  // Controlling Crowds  // Again

 

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