Au poste de Quentin Dupieux (2018)

auposte_300x666Fugain (Grégoire Ludig) retrouve un cadavre. Le commissaire Buron (Benoît Poelvoorde) décide immédiatement que ça en fait le principal suspect. Interrogatoire au long cours, Buron veut faire craquer Fugain par la fatigue et la faim. C’est le pitch d’un film policier on ne peut plus classique. Mais on est chez Quentin Dupieux, alors les apparences du film de genre sont comme toujours trompeuses. À l’instar de ses précédents films, le réalisme supposé va vite être abandonné afin de glisser vers des situations à chaque fois plus absurdes. De Wrong Cops à Reality en passant par les extraordinaires Steak et Rubber, on commence à connaître l’univers de Dupieux. Et si le sujet est plus traditionnel, cela veut-il dire que le cinéma du réalisateur français s’est assagi ?

Le film policier de la fin des années 70, début 80 semble être la référence la plus évidente de Au poste. Poelvoorde prenant comme modèle de jeu Belmondo, il y a quelque chose d’inattendu et qui fonctionne pourtant comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Buron est le flic caricatural, borné, qui ne veut pas démordre de sa seule idée, surtout si elle est mauvaise. Les clichés de la comédie policière sont respectés, parfaitement, minutieusement. Minutieux, voilà le mot. Tout est minutieux, chaque détail est soigné, parfaitement reconstitué. Et c’est ça la force de Dupieux : par cet aspect visuel clinquant, il entre dans le décalage. Tant de perfection, ce n’est pas possible, ce n’est pas réaliste, ce n’est pas sérieux.

auposte_850x300Dialogues et situations penchent toujours plus vers l’incongru. Les personnages ont leur propres logiques qui jamais ne se rencontrent. Tout semble devoir être pris de biais. Il y a un cadavre, une enquête policière, mais d’une certaine façon on s’en balek (comme dirait notre roux national). L’intrigue de son propre film ne paraît pas toujours intéresser Dupieux lui-même. Mais alors qu’est-ce qui le fait courir ? Il veut faire rire, et sa recherche d’originalité à tout prix est parfois un peu démonstrative. Pourtant, force est de constater que, comme dans ses précédents films, il y parvient souvent. Mais quand un film comme Rubber et son pitch dingue de pneu serial killer nous faisait admettre l’invraisemblable sans problème, ici, malgré la durée réduite (70 minutes), quelques baisses d’intensité se font ressentir. Comme si le cinéma du réalisateur français tournait à vide, qu’il avait atteint les limites d’un système.

Se pose aussi les questions d’un art peut-être trop référencé, trop post moderne. Moi, la coiffure de Fiona (Anaïs Demoustier) m’amuse à chacune de ses apparitions, je pense à Valérie Mairesse dans Banzaï, je suis certain que c’est la volonté de Dupieux. Je trouve cette idée merveilleuse, mais si on n’a pas 42 ans, qu’on n’a pas été nourri au ciné français du dimanche soir, qu’en est-il ? Je me pose vraiment la question. Saura-t-on se contenter de sourire quand Orelsan dans un rôle mineur à la limite du caméo joue le fils de Poelvoorde ?

En conclusion, après digestion, l’univers imaginé par Dupieux, s’il est toujours aussi original, se perd peut-être dans la volonté de réduire scénario et psychologie des personnages à leur plus simple expression.

Laurent Godichaux

P.S. : la bande annonce, petite merveille de minimalisme, est à voir sans aucune crainte d’être spoilé

Au poste de Quentin Dupieux avec Benoit Poelvoorde, Grégoire Ludig, Orelsan, Anaïs Demoustier,… en salles dès maintenant.

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