Band of Skulls au Botanique (06/11/2016)

band_of_skulls_-_by_default_album_packshot_800x800pixBand of skulls, c’est ce trio anglais parfois étiqueté « stoner rock » qui fait doucement rigoler les adeptes de ‘vrai’ stoner rock. Alors, oui, il y a des gros riffs de guitare bien gras, un tempo retenu voire légèrement ralenti, des rythmiques qui s’étendent de temps en temps dans la répétitivité et qui créent une rupture avec des chants au caractère mélodique appuyé. Mais, non, on reste toujours dans un rock « pure fm friendly », avec des chansons aux formats traditionnels, loin des œuvres hypnotiques puissantes et souvent guerrières d’un Clutch (le 14 décembre à l’AB, notez !) ou des débuts de Queens Of The Stone Age.

Band of Skulls avait d’ailleurs accompagné ceux-ci  lors de leur dernière tournée européenne. On les aura donc vu il y a trois ans dans cet indigne Sportpaleis d’Anvers, puis il y a quelques semaines sous le grand chapiteau « Cannibal Stage » de Dour (sans doute que les programmateurs étaient tombés eux aussi sur la mention « stoner rock » sans aller écouter plus loin) pour enfin les apprécier dans l’intimité relative d’une orangerie même pas sold-out.

Mais avant cela, et juste après un délicieux plat d’orecchiette à l’agneau et aux tomates cerises dégusté au BotaCafé (journalisme total ou native advertisement ? je vous laisse juge), il y avait les Id !ots, qu’on aurait pu croire directement sorti du film Ex-drummer, avec un rock qui se rapproche justement du stoner, celui qui a des poils partout sauf là où il y a des tatouages. Plutôt chouette, mais pour un avis plus pertinent on attendra de les revoir au Magasin 4 à 23h, plutôt qu’au Botanique à 20h.

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Revenons donc à nos Skulls, que l’on qualifiera de « stoner pop » pour mettre tout le monde d’accord. Pour ceux qui ne les auraient pas suivis de près depuis leurs débuts en 2008, rappelons que  Band of Skulls fait partie de ces nombreux groupes qui souffrent du syndrome du « premier album tubesque. » Ceux qui essayent honnêtement, décemment et avec beaucoup de travail et de bonne volonté, de transformer la hype d’un premier disque dont plus de la moitié des titres restent en tête instantanément en un succès sur le long terme. En vain. La recette est pourtant la même, sans être simplement réchauffée, mais un petit quelque chose manque. L’inspiration ? La nouveauté ? Le bon timing ? La chance ? Difficile à dire… Toujours est-il qu’en 2012, ils remplissaient l’Ancienne Belgique.

Ceci dit, les trois albums qui ont suivi Baby Darling Doll Face Honey ne sont pas mauvais, loin de là, même si on préfère le deuxième au troisième, et le troisième au dernier. On avait toutes les raisons d’attendre un setlist efficace piochant ce qu’il y a plus efficace dans leur discographie.  Ce qui fut le cas.

21h00 pétante, le groupe débarque devant les trois faux vitraux posés en arrière-plan. C’est la fin de la tournée. La dernière date avant le retour au pays. On aura droit à un Russel Marsden (chant, guitare et visiblement composition) aussi heureux d’être là pour ce concert que de pouvoir rentrer chez lui. Il sourit, s’adresse au public, se balade d’un bout à l’autre de la scène. Matt Hayward (batterie) et Emma Richardson (basse et chant – qu’est-ce qui me prend de préciser tout ça de façon machinale entre parenthèses ?) ont visiblement gardé beaucoup moins d’énergie en réserve, vu leurs cernes (on était placés bien devant) et leur léger amorphisme. Ils sont là, ils font le taff correctement, mais on les imagine se voyant déjà dans la douche post-concert, voir dans le car.

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Ah oui, il y avait un quatrième gars avec eux, sagement assis à côté de la batterie. Il joue de temps à autres quelques notes de synthés, tapote sur un pad, ou fait gigoter un tambourin. J’apprécie le perfectionnisme de ces groupes qui essayent de reproduire au plus fidèle le son des albums sur scène en faisant participer des musiciens additionnels, mais dans ce cas-ci je trouve l’apport pas forcément pertinent. On ne l’entendra distinctement que lors de l’introduction du concert, le groupe étant suffisamment doué pour créer un son d’une densité tout à fait convaincante juste à trois.

Malgré les exhortations de Russel (« On va jouer le plus de chansons possibles ! » , « Celle-là, on ne la joue jamais en live ! » et autres « C’est un honneur de finir notre tournée ici ! ») que l’on trouvera sympathiques sans en être dupes, le set sent le scénario bien huilé. Les hits s’enchainent avec les nouvelles chansons, on ne s’ennuie jamais – si ce n’est sur le groove pataud de « So Good », stratégiquement placée au milieu du set pour me permettre de passer aux toilettes et au bar sans me presser. On apprécie particulièrement –et paradoxalement- le moment très calme qui voit se succéder Honest, sur laquelle Matt échange ses baguettes contre une guitare acoustique, et Cold Fame. Les deux voix qui tantôt se répondent, tantôt s’harmonisent, fonctionnent admirablement bien ;  le jeu de guitare de Russel est varié, souvent massif, quelque fois aérien. Le son est précis, bien équilibré et agréablement plus lourd que sur les albums.

Band of Skulls n’apportera jamais quoi que ce soit de novateur à la planète rock, mais compose de bonnes chansons et produit de bons concerts. Que demander de plus pour 15 euros ?

Maxime Verbesselt

Setlist

In Love By Default // Light of the Morning // Himalayan  // Bodies  // You’re Not Pretty But You Got It Going On  // Black Magic  // Patterns // So Good // Sweet Sour // Brothers and Sisters  // I Feel Like Ten Men, Nine Dead and One Dying  // Honest  // Cold Fame  // Bruises  // Hoochie Coochie  // The Devil Takes Care of His Own  // Death by Diamonds and Pearls  //// I Know What I Am  // Asleep at the Wheel

Crédits photos : Roxane A.

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