Beasts Of No Nation (2015)

Cette année, on aura pas mal entendu parler des productions Netflix (Narcos, Better Call Saul,…), mais celle que j’attendais avec le plus d’impatience était sans aucun doute Beasts Of No Nation, le premier long-métrage produit par le géant de la VOD.

Après plusieurs passages en festivals (Venise, Toronto,…), le troisième long métrage écrit et réalisé par Cary Joji Fukunaga (True Detective) fait enfin son apparition, simultanément au cinéma (dans les salles américaines) et à la télévision sur la plateforme Netflix. Basé sur le livre d’Uzodinma Iweala sorti en 2005, Beasts Of No Nation raconte l’histoire d’Agu, jeune africain d’une douzaine d’années, et de son parcours en tant qu’enfant soldat dans l’enfer de la guerre civile d’un pays d’Afrique dont on ne connaît pas le nom.

Dès les premières images, on ne peut que saluer le travail esthétique apporté à chaque plan. Cary J. Fukunaga nous avait habitué à une photographie irréprochable avec True Detective; il confirme ici son talent pour les belles images. On aurait pu craindre que, tout comme pour la série policière, le rythme soit un peu trop lent, mais il faut avouer qu’ici, pas le temps de vraiment s’ennuyer. Alors oui, on a droit à de long plans contemplatifs, mais on nous offre également de magnifiques séquences à la fois fascinantes et électrisantes, créant une sorte de montagne russe émotive, un savant mélange qui en convaincra plus d’un.

Malheureusement, après un peu plus de deux heures de film, et après avoir encaissé pas mal psychologiquement, j’avoue que j’avais hâte que ça se termine. Non pas que j’en avais assez, mais surtout pour pouvoir souffler un peu. Parce que oui, le sujet abordé par Beasts Of No Nation n’est ni léger, ni anodin, et malgré le fait que Fukunaga nous épargne pas mal d’horreurs directement à l’image, elles n’en sont pas moins bien présentes et suggérées. Les âmes sensibles risquent d’avoir du mal.

Pour porter un thème aussi délicat que les enfants soldats, on a confié à Idris Elba (Prometheus, Mandela) le rôle clé du commandant, chef rebelle qu’il incarne à la perfection, lui amenant toute la complexité d’un personnage qui aurait pu très facilement tomber dans une sorte de caricature du chef de guerre sans foi ni loi. De son côté, Abraham Attah, incarnant le rôle d’Agu, réalise une première interprétation magistrale. Le tout jeune acteur Ghanéen a trouvé sa voie. Espérons que ce rôle, qui lui a valu un prix au festival de Venise, ne soit pas son dernier.

Quant à la bande originale, tantôt post-rock, tantôt chants tribaux, elle apporte une fraîcheur aux images souvent très dures. On est ravis de ne pas tomber dans le piège facile de la musique triste et épique qui tente de nous tirer la larme.

En conclusion, on comprend pourquoi Netflix a insisté pour faire sortir ce bijou cinématographique dans ces quelques salles américaines, le rendant ainsi éligible à la course aux Oscars. Car oui, n’ayons pas peur des mots, Beasts Of No Nation, ainsi que ses acteurs, avec un minuscule budget de six millions de dollars, risqueraient et mériteraient d’atteindre les sommets.

Alex

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