BIFFF 2017 : Visions et premières impressions.

BIFFF-2017Nouvelle édition de ce festival pas comme les autres, où il fait bon traîner et parler.
Pour les non-convertis : il s’agit du lieu incontournable des cinéphiles, principalement pour ceux se délectant des sensations fortes de l’épouvante ou de l’horreur, des effets spéciaux du fantastique, des thrillers intrigants, ou tout simplement des films routiers (road movies) où les aventures du destin font jaillir l’héroïsme.

Ceux qui ne craignent pas les nanars seront conquis, d’autant plus que la papote générale est élevée au niveau d’une salle grandiose et furibonde qui pouffe et déconne à voix pleine. Le BIFFF c’est aussi un lieu où on découvre les coulisses des maquilleurs, décors et costumes. Ainsi que des master classes, des évènements (le fameux Bal des Vampires) et plein d’autres folklores.  De la convivialité, de la bière et de chouettes conversations.

De plus, BIFFF propose une série d’activités comme un concours de Body Painting, de maquillage, des formations et plein d’autres manières de se réunir autour de la conception de film. Tout ce qu’il faut savoir sur des œuvres à budget varié. Des acteurs connus ou méconnus. Des films qui marquent souvent l’esprit : par leurs sensations, bizarreries et même parfois par le manque de sens. Bref, même quand on s’y ennuie à l’écran il se passe quelque chose dans la salle – une forme de communion. Le public avant tout là pour l’ambiance et pour la qualité de cette projection géante dans ces deux belles salles du Bozar.

Voici une petite sélection bigarrée pour aider les plus timides à venir voir ce qui s’y passe pour la suite. Ce mercredi soir, j’ai opté pour deux films.

Notre présentateur débarque, farceur et taquin mais un peu fatigué par, probablement, l’ouverture de la veille.

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Première très attendue cette année, Ben Wheatley avec son Free Fire  attire la foule. File dans tout le hall, la motivation est palpable. Un casting qui a créé le suspens. Le film commence en dialogues détonants. L’humour est au rendez-vous. Du cru bien ficelé commence à prendre dans l’humeur de certains.
Il faut dire que quand on côtoie dans sa routine de tels cas sociaux que les personnages, on n’y est pas insensible. Gros plans sur les acteurs, blagues bourrues, atmosphère décalée. Le huis clos s’installe. Ambiance trafic d’armes qui dégénère au ridicule travaillé.

Film à gros budget, on sent que le tout a surtout été investi dans le niveau du jeu d’acteur et des dialogues. Pas tellement dans la ligne de tir du festival, ce qui pourrait déplaire aux habitués. Cependant le découpage est très bien fait, portant l’originalité des conflits et les intérêts des individus. On sent la carte de la sureté jetée par le réalisateur, avec une inspiration à coup sûr du Reservoir Dogs dans cet humour de situation qu’emprunte souvent Tarantino. Chaque personnage est typé, poli, référencé : du cinéma anglais à l’américaine.  A voir aussi sur petit écran.

C’est l’heure d’une petite bière dans cette ambiance de trinque où tout le monde semble se connaître.

Direction The Void, à nouveau dans le ciné 1, c’est-à-dire la grande salle. C’est moins rempli, mais assez réactif. Parti pour une horreur qui semble un peu clichée au vu de la description !  Premiers plans magnifiques, avec une caméra qui suit et présente mystérieusement les personnages s’accourant d’une maison de campagne. Je me dis : un beau film d’horreur, chouette ! Changement de lieu, de manière de tourner, d’histoire presque ; on se retrouve dans un hôpital pour un film d’horreur comme on en a beaucoup vu. L’originalité de celui-ci, c’est tout de même qu’à force de vouloir plaire aux amateurs, on se retrouve dans un copier-coller de tout ce qui fait une épouvante – des créatures bizarres qui se reproduisent via le corps humain, une secte vorace, un hôpital de petite ville où couloirs mènent à des souterrains glauques, un savant fou… On y est, on y creuse, c’est de la bouillie bien mélangée. Tellement bigarrée, qu’on perd le fil de l’histoire.

Des bourreaux, des bestioles, une famille d’un personnage tuée, des flash-backs, etcetera : est-ce dû à la présence de deux réalisateurs (Jeremy Gillespie et Steven Kostanski) ? On se demande, jusqu’à la fin où le plan final flirte avec du fantastique de grand renom avec un gigantesque triangle noir en horizon qui serait l’ébauche d’une nouvelle dimension… FIN ! Film qui se cherche encore dans le style et devrait plus s’approfondir.

Vendredi soir, nous sommes de retour dans cette ambiance chevaleresque avec quelques créatures humaines en apparat fantasque. Dans le fumoir nous nous préparons à une œuvre un peu moins poétique, un film avec l’ancien Harry Potter (Daniel Radcliffe) dans le rôle d’un pétomane invétéré. Difficile de pas être dubitatif mais nous nous jetons tout de même, foule dedans, dans la grande salle.  Les premiers moments de ce duo de réalisateurs (Dan Kwan en Daniel Scheinert)  laissent penser à un duo d’acteurs dramatique, où les cabrioles intestinales sont d’un surplus de mauvais… mais c’est là le tour de  main de ce qui va suivre : toute l’intrigue se construit sur les périples de deux humains crus qui tentent de survivre à leur échouage.

Swiss Army Man est un petit bijou de l’humour lourd et gras, non pas tant pour sa profondeur (on peut m’incriminer de ne pas être très sensible aux phrases philosophiques de toilettes et de besoins primaires) mais pour son fignolage de séquences et de scènes. C’est absurde. Tellement absurde que même dans l’absurdité, la fin paraît sortir de nulle part et justifie la fantastique épopée qui ne sert à rien, mais dans tout l’art d’à quoi servirait la vie si de toute manière nous ne servions à rien. Pour ceux qui n’ont pas supporté l’humour trop décalé, tant pis, pour les autres… on apprend que même dans le dégoût il y a moyen de faire de l’art. En tout cas, Daniel Radcliffe a réussi son testament du rôle qui lui collait au …

Samedi soir approche. La petite salle ouvre ses portes, bondée à craquer.

Dennis Bartok n’est pas un compositeur, c’est plutôt le réalisateur d’un film qui force quelques frissons. Son Nails superbement introduit par le présentateur, le réalisateur et un de ses acteurs principaux à l’aide de son ukulélé humoristique nous a mis l’eau à la bouche. On se dit : on va se marrer et sentir l’adrénaline venir à nous.

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Le début est assez ridicule en effet, du comique de situation avec l’actrice principale ( Charlotte Bradley ) qui s’enfourche une voiture en faisant son jogging et se retrouve déformée à l’hôpital avec un mari qui la trompe de plein sang-froid mais vient tout de même la rassurer et la visiter. Le comique de ridicule (même le maquillage laisse parfois à se tordre sur certains plans) et l’horreur (certains coups de théâtre avec le fantôme qui veut sortir de son placard) finit vite par retomber au vu de la lenteur du scénario… c’est lent, très lent…

De retour après un petit verre et une séance maquillage (beaucoup se préparent au Bal des Vampires), vers le ciné 2 pour Strangled. Un thriller hongrois signé Árpád Sopsits qui ne laisse pas de marbre. Une œuvre obscure où on plonge dans la psychose d’un homme marié, lassé de sa femme, qui s’excite en donnant la mort à de jeunes femmes.

Acteurs crédibles et interpellants qui nous plongent dans une ambiance guerre froide dans ce pays bridé. Un homme qui n’est pas assassin purge la peine d’un autre. L’intrigue paraît réelle, et il y a un penchant esthétique très travaillé. Cependant, certains plans paraissent interminables et le silence… le vide qu’ils entrainent décroche quelques-uns. Très beau thriller.

Dimanche, fin de week-end, un dernier m’appelle : The Bride de Svyatoslav Podgaevskiy. Peut-être mes racines de l’Est et cette langue familière que le russe m’y ont amenée, fatiguée d’un long week-end à courir. Un film dont l’intrigue fait référence aux huis-clos avec une famille étrange qui porte un lourd passé et cherche à se maintenir en vie par le sacrifice d’une nouvelle venue : la fiancée. On y retrouve pas mal de références aux rites anciens slaves, d’où on sent le réalisateur vouloir prendre une certaine cohérence.

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Mais les plans noirs et autres scènes répétitives qui scandent les scènes en font vite quelque chose de rébarbatif. Les scènes d’horreur sont trop prévisibles pour engager les peurs. Par contre le jeu de lumière est très réussi, créant une atmosphère étrange et mystérieuse pour chaque plan. On sent que l’Est investi un réel désir esthétique, notamment avec le film hongrois de la veille.

Ainsi, dans ce panel de films divers, chacun peut se lancer à trouver son frisson personnel. Le BIFFF, c’est une réunion qui n’attend que nous pour faire vivre le cinéma comme on ne le vit plus, c’est-à-dire en interaction constante avec le spectateur, et surtout : en communion !

Béatrice De Bock

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