BRIFF 2018, première partie

briff2018_300x666Bruxelles compte un nombre important de festival de cinéma. Ils ont chacun leurs spécificités. Mais il n’y avait plus de festival international généraliste. Le BRIFF, première édition, se veut prendre ce créneau. Au travers de trois compétitions, de nombreuses rétrospectives, des invités prestigieux et populaires (Depardieu, Claudia Cardinale, Terry Gilliam,…), des séances en plein air, l’ambition est de réconcilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, de pouvoir passer d’un premier film norvégien au Gendarme de Saint-Tropez. À mi-parcours, malgré un début poussif, j’ai envie de dire que le pari risqué est réussi, même si quelques petites choses seront certainement à revoir.

Mercredi 20h, UGC de Brouckère, 4 sur 32, le collectif Elles font des films accueille les spectateurs en rappelant cette déplorable réalité : 4 films sur les 32 présentés dans les différentes compétitions du BRIFF sont réalisés par des femmes. Pour une première édition d’un festival qui se veut inclusif et ancré dans son temps, c’est trop peu, ça fait tâche. Comme les films ont essentiellement été pêchés dans différents festivals étrangers, les programmateur.rices de celui-ci ne sont pas les seul.es responsables de ce triste constat qu’il faut poser une fois de plus. Mais il fallait le faire, pas encore le passer sous silence.

L’opportunité de recevoir Terry Gilliam ne se refuse apparemment pas. Malheureusement serais-je tenté de dire. Ça fait vingt-neuf ans que l’ex membre des Monty Pythons a commencé à travailler à une adaptation de Don Quichotte. Tellement de contretemps, de péripéties plus dingues les unes que les autres ont failli faire échouer mille fois le projet. Lost in la Mancha, making of de l’acharnement du sort, d’un film auquel Gilliam lui-même semblait avoir renoncé, est sorti il y a quelques années. Alors les attentes quand le film sort enfin sont certainement trop grandes, elles ne peuvent êtres que déçues. Et c’est le cas. Personnellement, je n’ai jamais réellement accroché au cinéma de Gilliam, mais j’admets que Brazil, Fisher King ou L’armée des douze singes sont des réussites. Ici, fans ou pas, les opinions de travée convergent. Le meilleur moment de la soirée, bien plus que les 132 minutes du film, était bien la présentation dudit film par Terry, son actrice et son acteur.

Mise en abyme d’un film d’aventures, Adam Driver joue le rôle d’un réalisateur incompris, obligé aux compromis qui finiront par flétrir le rêve qu’il avait fait de son film. Le récit éclaté et déstructuré, revendication de liberté absolue, finit par perdre le spectateur. Uchronie constante et baroque boursouflé achèvent de rendre le tout plus indigeste encore. Quelques belles idées de cinéma trop éparses ne suffisent pas à faire avaler toutes les couleuvres du scénario.

Diamantino

Diamantino

Jeudi, deuxième ouverture, la compétition européenne. Programmée par l’ARRF (association des réalisateurs et réalisatrices de films), elle a la volonté affichée de présenter des films d’auteurs assumant un vrai travail sur la grammaire cinématographique. Mise en évidence d’un film aux formes novatrices, le film choisi pour lancer cette compétition est Diamantino, un long métrage portugais de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. Narrant la potentielle renaissance d’un footballeur après un penalty raté en finale de Coupe du Monde, le film, sans jamais s’égarer, vagabonde de la satire féroce à la science-fiction en passant par la comédie romantique et le film d’initiation. Il y a aussi des chiens soyeux, des hommes à seins (une idée fixe de la sélection semble-t-il) et nombre de plans magnifiques de Madère. À la sortie on est un peu comme si on avait trop mangé et on se réjouit des Chimay Triple du cocktail qui suit pour faire descendre tout ça.

Parce que jamais deux ouvertures sans trois, on débute la nationale avec La grand-messe de Valery Rosier et Méryl Fortunat-Rossi. Le film documente l’attente des fanatiques du Tour de France qui parfois dix jours à l’avance campent déjà au bord des routes. Personnages truculents et touchants se succèdent, pourtant il manque quelque chose. Ça aurait pu raconter des choses, ça aurait pu dépasser le sarcasme. Mais pour cela il aurait fallu laisser plus de temps aux personnages de s’exprimer, être moins à la recherche perpétuelle du bon mot, et avoir aussi un peu moins d’inconsciente condescendance pour son sujet.

Dimanche, confrontation avec les deux premiers chocs du festival. Tout d’abord Sheherazade, premier film de Jean-Bernard Marlin. Classique histoire de potentielle rédemption d’une petite frappe par la grâce de la découverte de l’amour, le film est la révélation magistrale de quelques acteurs amateurs (qui ne devraient pas le rester longtemps). Si la trame est peut-être déjà vue, il me semble que peu de réalisateurs français ont poussé le réalisme et la vraisemblance aussi loin. On ne peut s’empêcher de commencer à raisonner avec la même morale sécante que les protagonistes, c’est cru, c’est dérangeant, haletant, étouffant parfois. Et on est soulagés quand la fin ouvre quand même vers un ailleurs.

Good Manners

Good Manners

Deuxième choc de la journée quelques heures plus tard devant Good Manners, film brésilien de Marco Dutra et Juliana Rojas. Une façon de  décrire le film serait de dire qu’il s’agit d’une comédie romantico-sociale lesbienne avec des loups-garous. Ça ferait cocktail amusant, détonnant, fun, et ce ne serait pas faux, mais tellement réducteur. Il s’agit aussi d’un film parmi les plus sensibles vus depuis longtemps, évoquant le grand Amour au-delà de toutes les convenances, et les relations mère/fils. Mais là encore ce serait ne parler que de scénario et ce serait négliger la réflexion sur l’image, sur la musique (oui c’est aussi parfois une comédie musicale), les plans à couper le souffle de Sao Paulo. Et je ne parle même pas ici des sensationnelles actrices afin de pouvoir les évoquer lors de la critique pour la sortie en salles (le 11 juillet).

Laurent Godichaux

BRIFF jusqu’au 30 juin un peu partout dans Bruxelles

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