BRIFF 2018, seconde partie

briff2018_300x666Un festival c’est une épreuve d’endurance. Il faut parfois se ménager. Après cinq jours intenses, on commence à ressentir un peu la fatigue, à tout voir format grand écran, et à penser que la Chimay est une boisson parfaite pour les grandes chaleurs.

Lundi, déjà le sixième jour du BRIFF avec la venue événementielle de Gérard Depardieu pour présenter la version restaurée des Valseuses. Mais avant ça, Quality Time, un des films les plus étranges d’un festival qui n’en manque pourtant pas. Cinq trentenaires socialement inadaptés en cinq fragments à la narration radicalement différentes. Ça commence très fort avec un film d’animation minimaliste ou de petits ronds de couleur représentent les protagonistes. De l’impossibilité de refuser de manger du jambon et boire du lait quand on l’a toujours fait aux réunions de famille, le pitch aux confins de l’absurde provocant m’amuse follement comme le font les spectateurs quittant la salle, outrés par ces audaces. Les cinq histoires sont tellement dissemblables qu’on ne peut vraiment juger le film dans son ensemble. Au final ça ressemble à un exercice de style pas toujours réussi mais trois fois sur cinq plutôt réjouissant.

Depardieu est la vraie star du festival. Le déploiement de la maréchaussée pour sa venue le prouve. Quand il monte sur scène pour être interviewé par Dayez, il ne semble pas saoul. On ne sait si on doit vraiment s’en réjouir, il y perd certainement une partie de sa truculence, pense-t-on cyniquement. Anecdotes parfois drôles, radotages plus souvent pénibles, regret d’un passé révolu; il le dit lui-même, il fait un peu vieux con. Mais ce n’est pas grave, il y a quand même la satisfaction d’avoir vu le Monstre.

Les valseuses, vu et revu, est le produit de son époque. Ça a parfois un peu vieilli (rythme, misogynie inconsciente), mais ça reste un grand film par sa liberté de ton, ses dialogues et acteurs savoureux (mention spéciale à Miou-Miou). Le voir pour la première fois en salle sur grand écran est un plaisir facile mais diantrement agréable.

Mardi, je retourne voir Les garçons sauvages de Bertand Mandico, déjà évoqué en ces pages. Une deuxième vision me permet de découvrir quelques faiblesses de scénario mais le choc esthétique reste entier et le mystère pas complètement défloré.

Je n’aime pas le loufoque, que ce soit les situations, les gens, les personnages ou les films. Il s’agit de l’adjectif que j’ai envie d’accoler à Witz, le quatrième film de Martine Doyen. Je m’ennuie profondément, jamais je ne souris, je suis encore moins ému, seulement immensément agacé. Et comme je n’ai pas envie d’être méchant, je ne vais pas m’appesantir sur le sujet.

Un couteau dans le cœur

Un couteau dans le cœur

Surtout, ce mercredi, exercice périlleux et sans répit, j’enchaîne immédiatement avec un deuxième film. Un couteau dans le cœur, après Les rencontres de minuit, est le nouveau Yann Gonzales. Vanessa Paradis, plus magnétique que jamais, y incarne une réalisatrice/productrice de films pornos gay dans le Paris interlope de la fin des années 70. Thriller pop, comme dans une bonne chanson du genre, il y a plus de profondeur qu’il n’y paraît de prime abord. Paradis y trouve un rôle de femme forte, fragile, amoureuse, alcoolique, à la dérive, auquel elle donne l’épaisseur de son vécu d’actrice. L’époque y est représentée, excessive, courant après sa propre mort comme mue par un réflexe morbide. Le 1979 fantasmé par Gonzales est fascinant, effrayant et beau à la fois. Chaque image est un instantané rêvé ou cauchemardé d’un temps inconnu (Gonzales est né en 1977). La fin de la fête est inéluctable, l’héroïne est partout, il y a l’annonce anachronique des prémices du SIDA, on sort encore, on baise encore, on danse encore, on se défonce encore, mais c’est déjà trop tard.

Je m’accorde une petite relâche le jeudi pour préparer les deux derniers jours. Tout d’abord je finis le marathon cinématographique avec deux des films les plus attendus du festival Manifesto et Dogman.

Manifesto tout d’abord est aussi un drôle objet filmique. Tiré d’une installation d’art contemporain, Cate Blanchett y incarne treize personnages différents (du clochard à la respectable mère de famille) qui dans des circonstances diverses récitent treize manifestes artistiques qui ont marqué l’histoire. Clairement, ici, on s’éloigne du cinéma : la narration est ténue, la geste artistique est au centre de tout, la réflexion distanciée prend le pas sur le film. Comme devant une installation, l’esprit peut divaguer, prendre les bribes de l’œuvre qui l’interpellent. C’est intéressant, parfois très beau, mais aussi souvent ennuyeux pour ne pas dire plus.

Dogman

Dogman

Je finis enfin cette intense semaine cinéphilique avec Dogman de Matteo Garrone. Si je voulais résumer ironiquement le scénario qui me semble très ténu je dirais « c’est l’histoire d’un mec très gentil qui se fait ennuyer par un mec très méchant alors il devient encore plus méchant que le mec méchant« . Tout dans ce film me semble prétentieux, surligné, fait pour impressionner. Le milieu de la petite délinquance et de la vraie pauvreté italienne aurait pu m’intéresser mais il me semble y voir beaucoup d’esbroufe condescendante. Marcello Fonte a reçu le prix d’interprétation à Cannes pour ce rôle et ça ne m’étonne pas vraiment. Tout est fait pour recevoir des prix, être sélectionné en festival et ce au détriment du film lui-même.

Fin des films pour moi mais pas fin du festival. Dans festival il y a festif, notion qui n’est jamais oubliée par les organisateurs du BSF, et comme ce sont les mêmes pour ce nouveau-né il était logique qu’il en soit ainsi. La soirée du vendredi s’achève donc avec un concert des Blondy Brownie, groupe de Catherine de Biasio et Aurélie Muller, bien connues depuis de nombreuses années par la pop belge. Mélodies faussement naïves, textes bien ficelés, leur album Almanach est une merveille du genre. Et pour l’occasion, celle de jouer sur la terrasse du chapiteau du festival faisant face au piétonnier, elles ont convié une tripotée de garçons amis. Elles s’amusent, il fait chaud, le public boit des Spritz en dodelinant après une sélection aussi pointue de films. Cette anticipation de conclusion permet de donner une vraie touche populaire au festival. Leur DJ set, entre blagues, bonne humeur et sélection de morceaux assez démago mais dansants entraîne le centre jusqu’au bout de la nuit. Vers deux heures du matin, quand je pars, une douce hystérie s’est emparée de la terrasse, les sourires sont présents. Mes espions sur place me diront qu’il était passé trois heures quand elles ont abdiqué leur mission vers la béatitude.

Ayant été sollicité pour être le DJ de la soirée de clôture, je ne peux assister au dernier film. Je ne dirais rien sur les Chimay, la débauche, la nuit qui acheva cette belle première édition. Ce ne serait ni professionnel, ni totalement objectif.

Laurent Godichaux aka Fripouille

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