Brownswood presents « We Out Here » feat. Moses Boyd Solo X et Maisha à l’Ancienne Belgique (08/05/2018)

weouthere_300x666Le jazz londonien connaît un nouveau souffle et le club de l’AB a eu la chance de recevoir quelques un de ces nouveaux talents mardi soir. La soirée fût organisée par le label Brownswood Recordings (Anushka, Daymé Arocena, Yussef Kamaal,…) fondé par Gilles Peterson. En plus de la production d’albums le label crée des compilations Brownswood Bubbler Twelve permettant le regroupement et la découverte d’un certain nombre d’artistes. La dernière en date est sortie sous le nom de We Out Here et rassemble neuf morceaux de Kokoroko, Ezra Collective, Tri Force, Moses Boyd, Maisha, Theon Cross, Nubya Garcia, Joe Armon Jones et Shabaka Hutchings  (Sons Of Kemet, The Comet Is Coming, Shabaka And The Ancestor). Cette initiative a été porté par ce dernier et il a eu pour mission de rassembler la crème de la crème de la scène jazz londonienne émergente.

L’occasion nous a été donné de voir un aperçu des trois jours d’enregistrement de la compilation grâce à la projection du documentaire réalisé par Fabrice Bourgelle. On y découvre alors une jeunesse motivée à jouer « son jazz », qu’elle jouait il y a encore peu dans sa chambre pour son propre plaisir, alors que d’autres sont issus du label Jazz Re:freshed (Nubya Garcia et Tri Force). Aujourd’hui ils se retrouvent pour la plupart sur des scènes nationales et internationales rendant par là même visible une génération de jazzmen/women avant-gardiste qui mêle le groove, le jazz, le hip-hop et l’électro.

C’est donc galvanisé par cette projection que l’on se dirige vers le club de l’AB. Le set commence à 20h avec le sixtet Maisha du label Jazz Re:freshed mené par le batteur Jake Long. On reconnaît Nubya Garcia au saxophone. La scène est un vrai musée de l’instrument. En plus du clavier, contre-basse, batterie, percussions, guitare, saxo et flûte, on peut apercevoir des tissus ornés de petites clochettes, un triangle, des mini-maracas… ce qui promet un show inspiré. Les influences de Coltrane et Sanders se mêlent aux rythmes afro-beat et d’Afrique de l’ouest. Les deux premiers morceaux mettent au centre de l’attention Nubya Garcia qui en impose de charisme et de maîtrise du rythme et des sonorités. Elle entraîne avec elle la jeune guitariste pour des parties de ping-pong sonores des plus efficaces. Chaque morceau suivant est l’occasion d’une improvisation de chaque membre. Cet exercice difficile dépend fortement de ce que le public apporte, de son encouragement et le club de l’AB étant totalement réceptif il pousse ces jeunes prodiges à aller encore plus loin dans leur créativité, nous offrant de vrais beaux moments jazz.  Les plus remarquables seront ceux du contre-bassiste entré comme en transe et de la guitariste qui, porté par les encouragements oculaires de Nubya Garcia de continuer à gratter ses cordes, a produit un solo des plus rock n’roll.

weouthere_850x300Le set se termine sur des touches plus afro finissant de mettre d’accord et de faire danser tout le public du club de l’AB. Le talent des jeunes artistes est sans conteste. Leur complicité et écoute mutuelle ont permis de belles compositions qui nous rendent d’autant plus impatients de voir la deuxième partie avec Moses Boyd en projet solo, sous le nom de Moses Boyd Solo X.

De retour dans le club la scène impose une ambiance diamétralement opposée à la chaleur que dégageait le fouillis d’instruments du projet Maisha. Pour Moses Boyd, l’ambiance sera plus futuriste : il n’y aura qu’une batterie reliée par des câbles à des mélangeurs rendant une image science-fiction musicale. Le jazz classique laisse place à l’avant-gardisme prôné par le projet We Out Here. On découvre alors les créations électro sur lesquelles Moses ajoute la batterie en live. Les sonorités électro font tout de suite penser à Bonobo. Les deux premiers morceaux sont maîtrisés mais l’originalité n’est peut-être pas de mise. Laissons le bénéfice du doute à la suite qui se révèle de plus en plus techno avec une batterie qui nous fait dandiner la tête mais est loin de nous faire occuper toute la piste de danse. Au bout de quatre titres on s’ennuie et on a presque hâte que ça se termine. Le public se vide et les acclamations se font plus discrètes, et le show se termine comme si Moses avait décidé de ne pas finir son morceau, telle une coupure nette.

L’enchaînement ne m’a pas semblé judicieux car passer d’un ensemble de musiciens qui apportent chacun leur identité et leur style à la construction du show rend d’office un live solo bien plus creux et difficile à gérer. La jeunesse de Moses Boyd ne peut pas lui permettre d’assurer un tel enjeu.

En tout cas, pour faire face à ce dimanche gris et pluvieux, écoutez ce petit bijou We Out Here et retenez ces noms, que l’on risque de voir et entendre encore longtemps.

Anaïs

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