Camélia Jordana au Botanique (15/11/2019)

cameliajordana_300x666Ce vendredi, dans une Orangerie à l’assistance assez clairsemée, Camélia Jordana, une fois de plus, a offert un concert d’une très haute qualité. Nous reviendrons sur le malentendu de son parcours artistique qui fait qu’en n’étant jamais exactement où on l’attendait, ce qu’elle a gagné en intégrité elle l’a perdu en succès populaire et en soutien de sa maison artistique.

Mais penchons nous d’abord sur la prestation très réussie de Flèche Love en première partie. Amina s’est d’abord fait connaître en tant que chanteuse, compositrice et autrice du collectif suisse Kadebostany qu’elle a quitté en 2015. Divergences de vues, sexisme à son encontre, attribution de tous les mérites par le créateur du groupe étant à l’origine de la houleuse séparation. Aujourd’hui, c’est donc sous le nom de Flèche Love que nous assistons à sa renaissance, à son émancipation. Cette expérience douloureuse naturellement a aussi nourri le propos de son premier album Naga Part 1.

Mise en scène, théâtralité assumée et danse se mettent au service d’un pertinent mélange de musique orientale et électro tendance R’n’B sans oublier son amour du hip-hop. La voix claire et puissante impose une forme de respect spirituel que les beats hédonistes viennent contrebalancer. Le public enthousiaste ne s’y trompe pas et c’est sous des vivats rares pour une première partie que la suisso-algérienne quitte la scène après une trop courte demie heure.

Une trentaine de minutes plus tard, Camélia Jordana arrive seule sur scène et a cappella entonne son extraordinaire « Ena ». La voix cassée et puissante à la fois est toujours unique dans le paysage musical français. Rapidement, ses deux choristes la rejoignent. Le ton est donné, les quelques spectateurs qui venaient voir un concert de chanson française ou de variété sont prévenus, la langue de Macron servira surtout aux interventions entre les morceaux, les compositions font la part belle aux voix et aux rythmiques.

Lost, l’album  qu’elle voulait comme le plus personnel et qu’Universal, sa maison de disques, a sacrifié, sera au centre du concert de ce soir. Elle expliquera même qu’elle a dû se battre pour pouvoir faire une tournée afin de défendre ce projet. Mais tout passe avec le sourire, parce qu’elle est contente que ça se fasse enfin, qu’elle a enfin le plaisir de chanter ses chansons sur scène. cameliajordanaa_850x300

« Dhaouw », avec cet étrange mélange de gnawa et d’électro contemporaine, et « Gangster », où toute la puissance rock et sa rage peuvent s’exprimer, sont les deux moments les plus marquants d’une première partie qui n’en manque pourtant pas. Puis vient le moment émotion. Le beatmaker délaisse ses machines et rejoint Camélia au devant de la scène, un magnifique « J’aime l’orage » et une version à chialer de « Non non non » encadrent un morceau inédit de l’album à venir. Acoustique, fragile et assurée, Camélia prouve sans difficulté qu’elle aurait pu endosser le rôle de la défenderesse de la chanson française de qualité raffinée, personnage qui aurait certainement pu être facilement identifiable par les majors et le grand public.

Mais personnalité multiple et complexe, elle ne pouvait se contenter de ça, et les brûlots politiques que sont « Freddie Gray » (évoquant les violences policières) et « Empire » (ode à sa génération) sont là pour nous le rappeler. « Fi3lemi », qui nous rapproche de la clôture du concert, enfonce le clou. En arabe, elle rappelle que la France est son pays, que son drapeau est bleu, blanc, rouge, et que si on a fait venir ses parents, il est grand temps d’accepter que le pays ne sera plus jamais composer exclusivement de gaulois.

Quand elle revient pour un final a cappella avec son groupe, le public est en totale communion, le sourire sur les visages est large. On a la certitude qu’un quelque chose en elle ne lui permettra jamais d’accepter toutes les compromissions et qu’elle continuera à tracer son chemin avec liberté, audace et honnêteté, quel que soit le prix à payer.

Fripouille

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