C’est ça l’amour de Claire Burger (2019)

cestcalamour_300x666Claire Burger, co-autrice du sensationnel Party Girl, revient avec un très beau C’est ça l’amour. Plus beau rôle de Bouli Lanners, elle le révèle comme le spectateur le fantasmait depuis longtemps, s’abandonnant totalement, ne jouant plus. Elle donne à voir ce que l’on ne voit quasi jamais au cinéma, de ces gens qui n’ont pas de grande histoire, qui doivent simplement se débrouiller avec leur existence, les aléas du quotidien, se réinventer perpétuellement pour s’adapter à ce qu’ils n’ont pas voulu.

C’est ça l’amour. Comme une injonction, une assertion. Le film pourtant semble ne pas savoir exactement ce que peut être l’amour. Mais est-ce qu’on le sait jamais ? Est-ce accepter de laisser partir l’être aimé vers un ailleurs ? Est-ce accepter tout parce qu’on n’a pas le choix ? Est-ce la dernière illusion à laquelle se raccrocher dans un monde auquel on ne croit plus vraiment ? C’est certainement tout ça. Mais c’est aussi l’amour d’un père pour ses enfants. Le seul qui est intangible, dont on ne peut jamais douter.

Quand la femme de Mario (Bouli Lanners) part, il se retrouve avec ses deux filles adolescentes, désemparées. Il essaie quelques instants de donner le change, de leur faire croire que leur mère va revenir, que tout va redevenir comme avant, mais elles n’ont déjà plus l’innocence pour y croire. Alors, avant lui, elles sont conscientes qu’elles vont devoir trouver comment redéfinir l’univers familial même si aucun membre de la famille ne semble avoir les armes pour ça.

Entre la grande Niki (Sarah Henochsberg), 17 ans, bientôt 18 qui y voit l’occasion de devenir adulte un peu en avance, et Frida (Justine Lacroix) 14 ans qui sent qu’elle n’est plus une gosse mais ne se pense pas prête à grandir trop vite, Mario essaie de garder sa place de père, de ne pas se noyer dans le chagrin de la perte d’une famille unie qui était sa raison d’être. Alors chacun.e va devoir accepter les remises en question. Chacun.e va devoir comprendre que la seule façon de s’en sortir ce sera de s’entraider, admettre que l’autre est toujours un peu moins parfait.e qu’on l’aurait souhaité. Et aussi accepter que l’amour pour exister doit être inconditionnel, capable de surmonter tout ce qui n’a jamais été envisagé.

cestcalamour_850x300Claire Burger est au plus près de ses personnages, il n’y a jamais de jugement. Elle semble vouloir dire au spectateur que le point d’équilibre n’est toujours qu’illusion, que tout peut toujours être chamboulé, que ce n’est pas grave, qu’au contraire, c’est l’occasion à chaque fois d’aller vers un ailleurs qui sera parfois mieux encore que le territoire connu. Dans son cinéma, à chaque fois on est ému, on est touché par ce que l’on voit à l’écran. Chaque personnage pèse des tonnes d’humanité, les acteurs sont tous d’une justesse sidérante. On a envie comme ils le font à quelques reprises de les prendre dans les bras, leur dire que tout ça n’est pas si grave, que même si on s’est engueulé, si on a été agacé, à la fin on pourra rire et s’aimer. Puis le film fait son chemin. On y repense. On y voit que l’émotion n’est pas simplement celle d’un moment, qu’elle amène ailleurs à la réflexion sur ce qui nous constitue, nos vies, nos genres, nos ambitions, nos illusions jamais perdues.

Laurent Godichaux

C’est ça l’amour de Claire Burger avec Bouli Lanners, Sara Henochsberg, Justine Lacroix,… en salles dès maintenant.

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