Cherubs au Magasin 4 (15/03/2017)

00BBTout le monde se souvient de ce 15 mars au temps radieux. Des enfants rivalisant d’innocence s’ébattaient dans les parcs sous les regards complices de parents bienveillants. Pour gommer ce souvenir aussi récalcitrant qu’irritant de visages poupins déformés par le bonheur, il fallut gagner le Magasin 4 et ses traditionnelles soirées noise rock de milieu de semaine, éternel refuge de l’agoraphobe et du misanthrope. Belle manière de boucler la boucle sur une féerie bien viciée, celle professée par les chérubins texans : Cherubs. La seule prérogative fut que ces angelots de malheur nous comblent de leurs mauvaises grâces.

Ce soir-là, les agoraphobes n’étaient pas déçus. L’auditoire ne comptait qu’une vingtaine de têtes lorsque le chroniqueur et sa suite déboulèrent hâtivement au beau milieu du set d’Anaconda. Le duo guitare/batterie préférant œuvrer à même la fosse, ces rangs épars s’en trouvaient modestement grossis. Une bière plus tard, nous nous sentîmes à la maison et après tout nous n’attendions guère d’avantage de nos compatriotes. Notons que les intitulés des morceaux figurant sur le bandcamp du groupe (« Chaleur 1 », « Chaleur 2 », etc) ne reflétaient que modérément l’honnête versatilité de ses compositions.

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Ensuite, ce fut au tour de Cani Sciorri (Lâche les chiens ?) de pousser la chansonnette. Si les Italiens, auteurs d’une excellente reprise du « Zip-Up Boots » de Cherubs, accompagnaient ces derniers en tournée, leur répertoire s’avérait bien plus alambiqué et précis. On ne leur fera pas l’affront de parler de math rock mais leur performance ne nous réjouit pas plus que ça. Au moins c’eut le mérite de nous empêcher d’emmagasiner les bières à la vitesse d’un écureuil névropathe. Ce qui aurait pu nuire aux activités du chroniqueur.

Si la couverture des deux groupes précédents vous parait laconique, c’est surtout que la tête d’affiche s’est montrée si excellente qu’elle éclipsa le début de soirée comme le début de soirée avait éclipsé les horreurs de l’après-midi. À vrai dire, nous n’avons découvert Cherubs qu’en 2014, alors qu’un peu partout dans le monde, des poignées de quadras bondissaient de joie à l’idée du retour du line-up original (Kevin Whitley à la guitare, Owen McMahon à la basse et Brent Prager à la batterie). Vingt ans d’absence et seulement trois années d’existence au préalable. À ce régime, il était curieux que cette formation ait à ce point marqué les esprits. Au vu de la performance qui fut livrée on le comprend mieux. Le Magasin 4 en a pourtant vu passer des groupes bruyants. Mais ce festival de crasse sonore…ah…quel pied ! Une chance que les amplis n’aient pas de muqueuses ! Le son produit faisait l’effet d’une laine de verre compacte régurgitée comme une proie pas encore digérée.

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Tout est dans le glaçage, me dit un jour le célèbre inventeur du cake aux ordures. Dès l’inaugural, « Donkey Suite » issu du dernier EP en date (Fist In The Air), c’était plié. Tellement noyé dans la distorsion qu’on ne distinguait plus la guitare de la basse, le batteur luttant pour se faire entendre par-dessus l’assourdissant vacarme. Les lignes de chant morveuses peinaient à nous parvenir mais marquaient le point. Comme si elles cherchaient le peu d’espace encore disponible. Un miracle d’alchimie. On eut encore droit à un crescendo de pépites de rouille abrasive post-reformation, le cycle finissant sur un « Monkey Chew Mine » faisant office…euh…de slow…euh…éthéré. Côté chant, la traditionnelle alternance entre aigre décontraction juvénile blasée et courroux bien franc était de rigueur.

Puis, vinrent les morceaux de gloire passée. Nouvelle salve de titres mensongers évoquant les réjouissances et le glucose. Étonnamment, la liesse belliciste fut surpassée par le slow « Dave Of The Moon » qui vit atterrir en évidence le spectre grunge planant depuis un certain temps. On pensa immédiatement à celui qui jadis chantait : « Daddy’s little girl ain’t a girl no more ». Celui-là, qu’on ne cite plus, en aurait taché sa belle robe de princesse du fruit de son contentement. Après un tel étalage de sensibilité, la descente fut brutale, « Carjack Fairy » cognant sur les têtes comme un marteau sur les clous (qui pleuvent parfois…bergère rentre tes blancs moutons). Le groupe quitta la scène sur un joyeux loop -machine à laver avant de revenir pour le rappel au cours duquel on crut reconnaître « Baby Huey » mais le niveau de chaos ne permit aucune certitude.

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Il était temps de rentrer sans quoi la neige parasite façon bande AM d’un poste de radio en piteux état allait ensevelir nos tympans pour l’éternité. On espère revoir les flocons décoratifs de la Mosrite Univox de Kevin Whitley très bientôt. En masochistes exemplaires, nous brûlons d’impatience à l’idée d’encaisser ces coups portés par un gant de boxe farci de métaux lourds et de verre pillé.

Renard Surprise…(vomisseur de paillettes à ses heures perdues)

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