Chinese Man au Théâtre National, pour le Festival des Libertés (26/10/2017)

chinese manFoule au Festival des Libertés, on s’empresse à l’entrée pour assister au concert déchaîné de Chinese Man, ce collectif du sud de la France, porteur d’un mélange varié de boîtes à rythmes et de samples exotiques, le tout avec un peu de hip hop old school et une vague électro. Ils débarquent ce soir-là avec leurs invités aux mics : A.S.M. (A State Of Mind) et Youthstar. Ils nous présentent leur dernier opus : Shikantaza.

 La grande salle du Théâtre National se remplit peu à peu d’une masse dont la majorité porte la vingtaine ou la trentaine. On sent la tension monter à vouloir se déchaîner corporellement. Ce groupe apporte avec lui un public joyeux, optimiste. L’attente est longue, un sold out qui peuple à son aise la piste de la fosse, et les gradins qui s’installent fermement. Comme à un festival plein air, le sol y devient un terrain de jeux, une aire de plaisance. Après une courte introduction du festival, lieu où passe chaque année une multitude invétérée de toute sorte d’artistes et de gens, la toile de scène s’évade pour laisser place à la scénographie laboratoire : tubes colorés, caisses empilées, ambiance usine rafistolée pour le plaisir des yeux. L’ambiance commence à s’échauffer à l’annonce du spectacle, et peu à peu la foule excitée se tend vers la scène.

Capuchons en emblème, le trio de Chinese Man escalade à son aise son estrade afin de se placer entre l’avant-scène et la toile de projections au loin qui étale leur ciel. Les hauteurs s’agitent en sons de tempêtes, projecteurs hystériques pour annoncer le début du mix. Le bidouillage commence, avec un lourd et un peu trop fort, beat qui allume l’animation folklorique et psychédélique de leurs clips. Ils nous propulsent en entrée leur vidéo trippante de Shikantaza, nouveau bébé dont l’étymologie vient du bouddhisme zen sōtō : être assis sans rien faire. Décidément, du new age dans l’air que ces mélismes culturels, ce qui n’est pourtant pas pour teinter un peu la fusion musicale de ce groupe. Machines, lancements de pistes, on plonge dans un visuel illustré où déjà des corps se déhanchent un peu. Le groupe nous ouvre leurs portes en lançant leur coiffe à l’arrière.

chinese man festival

Galopent les élucubrations électroniques où la musique s’enfile des sons, des thèmes, des séquences à tue-tête. La balance du baffle est par contre un peu trop rivée sur le bas… Cela percute parfois les oreilles sans porter une écoute distincte sur les détails de ces ornements orchestraux.

Et d’un coup jaillit la trilogie des épées sonores. L’arbre de deux feuilles d’A.S.M. avec Youthstar au centre, armes en main, flow à la bouche. L’ensemble se déballe et s’associe, se salue et se distancie vers les deux épiques socles des versants de la scène. Une chorégraphie bien orchestrée où le jeu avec le public reste primordial. Paroles à l’appui, l’énergie des swings verbaux est en effet tournée vers la salle, griffes saillantes. Un jeu de mots scandé, à l’américaine, façonne le circuit du plateau. Haut regard vers le ciel, bas dans des pas salutaires, sur des fils de mélodies assaillies par des mots qui se balancent sur la toile, se chevauchent et s’accordent, se répondent et se questionnent. Plein la vue, même s’il y a peu de subtilités dans le son, mais pas de quoi s’ennuyer une seconde sous la cascade de scènes animées. Les rappeurs se soutiennent, se reprennent, s’élancent sur leur estrade et nous fixent, jetant des piques pour que les spectateurs s’agitent.

L’ambiance monte nous disent-ils, elle doit atteindre peu à peu son climax final. La foule se sent prise dans la danse, et par des appels répétés finie par suivre les mouvements incités. Aux alentours, tout le monde se décomplexe et se jette de toute part. Le groupe a su conquérir, encore une fois, sa foule. Le trio a en effet bien su mélanger ses styles, passant des rythmes hindous à la street music, la grande salle du Festival des Libertés s’est bien agitée ce soir-là. De la fosse aux balcons, la furie a touché sa cible.

Rendez-vous dans le hall du festival pour laisser décanter cette ambiance qui a laissé le sourire aux lèvres de plus d’un et où chacun déballe ses impressions dans la mouvance de la ruée vers le bar. Chinese Man nous a décoiffé !

B-Astre

Petit extrait de leur live sessions entre « mecs »

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