Church Of Misery au Magasin 4 (23/06/2018)

churchofmisery_300x666Le Magasin 4 nous réservait une belle brochette toute grasse pour ce samedi 23 juin, estival à souhait : Sons Of Otis, Dopethrone et Church Of Misery. Une soirée stoner/doom sauce sludge en perspective.

Sauf que je pensais que le concert était la semaine suivante, du coup, me voilà embarrassée, car je n’ai même pas pris le temps de lancer un oreille sur les groupes qui accompagnaient Dopethrone… En plus, j’arrive pile à la première note du premier groupe…  Et quelle première note !

Je suis instantanément charmée par ce rythme doomy/sludgy, à la fois puissant et relaxant, mais terriblement grave. Formé en 1992, Sons Of Otis (dont le nom a directement été inspiré par le film Henry : portrait d’un serial killer (je vous laisse aller apprécier la bande-annonce) donne le ton de la soirée. Les riffs qui nous viennent de Toronto sont bien trouvés et efficaces. Le Magasin 4 est déjà bien rempli par des coupes de cheveux mixtes qui se balancent dès l’écoute du deuxième titre. Le chanteur/guitariste installe une atmosphère cosmique en déclamant des paroles de sa voix rauque de trappeur d’ours, appuyé par un bassiste bouillonnant sous sa casquette à l’envers et d’un batteur qui, derrière le brouillard, caresse ou tabasse ses fûts selon les moments. Le public, directement mis dans l’ambiance, a déjà du répondant. Entre les chansons, un long silence… problème technique ou effet volontaire, en tous cas, c’est un peu gênant. Ils enchaînent les titres aux rythmes répétitifs mais finalement bien prenants. Le trio a trouvé l’équilibre, la tension entre la puissance et le calme. Une entrée au rythme lent mais laissant une hargne démangeante parfaite pour une bon début de soirée. On file (ré-)écouter !

DopethroneJ’entends un subtil « ostie d’calice! » devant la salle et je me dis que ça y est, les copains Québécois sont arrivés à bon port. La salle se remplit, des gens arrivent encore sous la lueur des jours les plus longs de l’année. Pas le temps de traîner : les timings sont respectés au Magasin 4 et c’est tant mieux ! Dès les premières notes, Dopethrone s’impose. Leur son caractéristique est reproduit à l’identique et c’est un plaisir de l’entendre, tout comme leur délicieux accent au goût de sirop d’érable. Les Montréalais fans d’Electric Wizard et d’Acid King sont devenus une référence dans le genre doom/sludge en dix ans de bonnes et loyales déf. Les dreads s’embobinant sur le manche de sa guitare n’empêchent pas le chanteur de faire des mimiques pleines d’enthousiaste et d’humour. Joueurs, les Québecois blaguent avec un public bienheureux de partager ce moment. Tandis que Marie-Jeanne se fait sentir, la masse de gens devient une espèce de vague de cheveux ondulants remplaçant le public. Une sorte de chimère brûlante se crée. Les slammers s’en donnent à cœur joie et les pogos vont bon train ! Forcément, ça claque sur les fûts, la basse est salement bonne, et la guitare miaule autant que son tentaculaire chanteur charismatique. Le public est convaincu, ils sont convaincants. Les chansons des sept albums – dont les trois premiers en autoproduction – s’enchaînent, le public beugle les paroles aux thèmes… variés, comme « drink, smoke, die ! » du morceau « Scum Fuck Blues ». Et, summum de la jouissance auditive crasseuse : « Dark Foil », au riff gluant, répétitif, lent, qui colle dans le cerveau à tout jamais. Les trois compères choisissent de clôturer cette ode à la crasse par une belle reprise de « Tush » des ZZ Top. De quoi mettre bien en joie !

Church_Of_MiseryLe calme revenu, on peut croiser dans le public francophones, néerlandophones, anglophones (québécophones ?). Des dates comme celles-ci ramènent du beau monde ! La température est montée d’un cran avec cette chaleur humaine moite. Le dernier groupe s’élance ! Quatre musiciens s’installent devant leur backdrop : on dirait le logo de Black Sabbath, mais c’est Church Of Misery qui entre en scène. Derrière l’ingé-son, la première chanson est plutôt étrangement bruyante. Ceci dit, la salle est bondée et le public a l’air d’apprécier la prestation des Japonais aux pattes d’éph’ en jean. Ils semblent venir en direct des années 70 mais c’est en 1995 que le groupe a vu le jour. Avec un historique tumultueux (un album sorti sans leur permission, changements de line-up à n’en plus finir, des arrêts et des reprises,…), le groupe passionné par les histoires de tueurs en séries attaque avec des riffs stoner/doom efficaces et remplis de références… mais qui ne cassent pas trois pattes à un canard. La voix du chanteur au bandana, lunettes teintées, moustache à la Lemmy, participe à chauffer le public, vomissant ses couplets à l’aide de grands gestes théâtraux, tandis que la basse, frôlant le sol, se fait frapper sur le manche avec entrain, que la guitare grogne dans son coin, et que la batterie fait son travail. Le public semble adhérer. Pour ma part, je m’endormirais presque devant cette bouillie auditive sans goût. Pardon aux fans.

C’est avec les oreilles bien huileuses que je m’enfuie du Magasin 4, un peu agacée par la tête d’affiche, mais soit, les Canadiens ont assuré ce soir. Un bon vent qu’on aimerait sentir plus souvent.

Rédac & photos : Claire Brg


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