Chvrches à l’Ancienne Belgique (05/11/2018)

capdb1_300Dès la décision prise d’aller ce lundi à l’AB, les choses étaient claires, j’étais bien plus intéressé par la pop aux quelques sonorités oniriques et psyché de Let’s Eat Grandma que par l’eurodance tendance marteau piqueur des Chvrches. Les prestations live ont définitivement confirmé où allaient mes sentiments et ressentiments.

Comme je suis là avant tout pour la première partie, à 19h50 j’ai déjà pris mes quartiers au deuxième rang d’un public encore clairsemé. Je veux voir de près les deux petites teenagers géniales de Norwich, m’assurer par la proximité de ne pas avoir été trompé sur la marchandise, de ne pas m’être laissé embobiner par le storytelling narrant la précocité des deux amies britanniques.

A 20h piles, elles débarquent, enthousiastes, débordantes d’énergie. Elles sont contentes d’être là, n’ont pas envie de le cacher. Nouveauté, une batteuse, certainement pas plus âgée qu’elles, les accompagne pour la tournée. Toute à leur complicité évidente, elles ne lui permettront pas vraiment de sortir de son rôle si bien défini. Ça aurait pu être dommage, mais on ne prendra pas le temps de le regretter.

Il est assez compliqué de définir la musique de Let’s Eat Grandma.  Pop synthétique pourrait être utilisé mais ce serait réducteur, tant par esprit ludique elles font s’échapper les compositions du cadre. Un coup de saxo par là, une guitare par ici, ou encore une flûte à bec (un peu comme au cours de musique à l’école) donnent souvent une couleur plus chaleureuse à leurs chansons. C’est souvent naïf, parfois maladroit, bien plus en concert que sur disque d’ailleurs, mais il y a toujours la belle union des deux jeunes voix de Rosa et Jenny. De temps en temps on pense aux CocoRosie, mais contrairement aux deux sœurs Casady, elles ne semblent jamais vouloir épater par leur originalité. Si leur deuxième disque paraissait avoir déjà perdu de la fraîcheur du premier, sur scène on sent qu’elles ne sont pas encore rattrapées par un trop plein de professionnalisme perfectionniste.

Petites chorés puériles, on se tape dans les mains comme on le faisait il n’y a pas si longtemps dans la cour de récré, on saute dans tous les sens, elles s’amusent d’être là, d’être dans une grande salle, d’être devenues de mini-stars. Elles n’essaient pas de se faire passer pour ce qu’elle ne sont pas. Pas de surféminisation, pas de sophistication, elles assument être de grandes ados échappées de leurs chambres pour nous offrir ces quelques moments de fraîcheur dénués de cynisme.

Absence de cynisme, fraîcheur, ça fait du bien avant la prestation de Chvrches. Chvrches avec un v et pas avec un u pour être plus facilement recensé dans les moteurs de recherche. Dès le début tout a été pensé.

capdb2_850x300Batterie surélevée très en retrait, les machines et autres synthés à gauche et à droite, tout est fait pour donner un immense espace vide au milieu de la scène. Light-show déjà épuisant, tout est prêt pour l’entrée en scène de Lauren Mayberry. Grandiloquent et pompier seront les adjectifs auxquels je penserais dès le début, et ça restera comme une évidence tout au long du spectacle. Toutes les compositions se ressemblent, ça joue fort, ça chante fort, les attitudes sont clichés et ont tout de poses. Musicalement, ça ressemble au mieux a du t.A.T.u au pire à du Pet Shop Boys (non, il n’y a pas eu d’inversion de ma pensée, je trouve quand même les deux russes moins pires). C’est survitaminé et  creux à la fois. Ça ressemble à tout ce que le mauvais goût a pu produire en eurodance ces trente dernières années.

Quand Lauren et son étrange maquillage cède sa place de chanteuse toupie hurlante à un de ses deux comparses, on se rend compte qu’on n’a pas encore assisté au pire. Ils ne savent pas que faire de leurs corps entre deux vocalises alors ils dansent comme des mecs foncedés tout au bout d’une rave au début des années nonante. La torture musicale se double d’un malaise teinté d’incompréhension.

Et ça dure, ça dure. Il n’y a toujours pas la moindre subtilité ou recherche, ça ressemble toujours autant à la musique de la fête foraine d’un village perdu de Flandre. Consciencieusement pourtant je me rapproche des premiers rangs afin d’essayer de percer le dernier mystère de la soirée, le maquillage de Lauren. « Ah oui, elle s’est fait une sorte d’yeux de panda en paillettes rouges« . Si je n’étais pas aussi agacé par tout ce que mes oreilles subissent depuis une heure, ça m’aurait peut-être amusé. J’aurais aussi peut-être évoqué les deux/trois digressions assez drôles de Lauren qui prouvent qu’elle est bien plus intelligente et spirituelle que ses chansons.

Enfin, ça se finit, je peux m’enfuir sans mettre à mal ma conscience de rédacteur. Je passe devant le merch, les posters de la tournée sont vendus à 15€, 35€ s’ils sont signés. Le mercantilisme cynique jusqu’au bout. A coté, les deux Let’s Eat Grandma dédicacent leur disques en papotant avec les spectateurs pour pas un balle, gratos.  Espérons qu’elles ne se laissent jamais contaminer par leurs collègues de tournée.

Fripouille aka Laurent Godichaux

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