Dans les salles de ciné cet été à Bruxelles

Traditionnellement, l’été est une période creuse au niveau des sorties cinématographiques. Pourtant à Bruxelles, et ce depuis quelques années, quelques lieux essaient de combattre ce triste constat en offrant une programmation audacieuse. Petit tour non exhaustif de ce qui nous apparaît le plus alléchant au sein de cette réjouissante tendance.

Les Sun Screens du Palace

sunscreens_300x666Quatre classiques ressortis en version 4K. Je pense que la 4K est une sorte de gadget pour faire croire que c’est tellement vachement mieux, mais ça reste une super occase de voir sur grand écran quatre chefs d’œuvre, de Some Like it Hot de Billy Wilder à Suddenly Last Summer de Joseph Mankievicz en passant par Easy Rider de Dennis Hopper et Solaris de Andrei Tarkovski. J’ai envie de mettre en évidence ce dernier. Le cinéaste russe, dans ce film de 1971, atteint l’épure parfaite de son style grâce à un film de science-fiction philosophique avec plus de mystère que de dialogues. Chaque image reste en tête longtemps après sa vision, imprime un imaginaire, et permet de reconstruire encore et encore sa propre interprétation d’un ailleurs à la fois fantasmé et craint.

Une mini rétrospective Varda : au-delà de l’émouvantissime Cléo de 5 à 7, il est à noter la possibilité rare de voir le très beau Le bonheur qui envisage le polyamour une cinquantaine d’années avant que ça ne devienne un sujet d’actualité.

Et surtout quatre inédits : Mate me por favor de Anita Rocha. Il y fait chaud, tellement chaud que les adolescentes n’ont pas l’énergie d’avoir peur du serial killer qui sévit dans leur quartier. Alors elles déambulent comme des âmes sans peine, enquêtant mollement dans une sorte d’attrait pour le danger qui est une des caractéristiques de cet âge. Et même s’il y a quelques faiblesses dans le scénario, ce film confirme la très bonne forme du cinéma brésilien. God Exists and her name is Petrunya de Teona Strugar Matevska narre comment une fille sans ambition et sans passion devient soudainement le réceptacle de toutes les haines et les passions d’une petite ville russe. On a tout le temps envie d’accrocher au film par le propos, par la présence de l’actrice, mais quelque chose d’indéfinissable ne se passe pas. L’heure de la sortie de Sébastien Marnier suit le parcours de quelques adolescents surdoués parfaitement prétentieux, collapsologues en herbe et pourtant attachants. Leur prof remplaçant semble penser comme moi et se laisse totalement embobiner dans leur délire nihiliste. En plus d’une réalisation et d’une interprétation impeccables, une atmosphère délicieusement malsaine règne sur tout le film et lui donne finalement un goût plus long qu’attendu en bouche. Enfin Sauvage de Camille Vidal Naquet, choc absolu. Un jeune prostitué accroc au crack et à la déchéance parce que c’est encore ce qu’on peut espérer de mieux dans l’existence nous entraîne avec lui dans un univers glauque et beau à la fois. Il hurle silencieusement son besoin d’être aimé et surtout de liberté. On ne sait rien de ce qui l’a amené à ces comportements extrêmes, aucune psychologisation de ses actes n’est faite et on reste totalement scotché. On souffre avec lui peut-être aussi par la performance crépusculaire et fraîche à la fois de Félix Maritaud.


Summer Stoemp au Nova

summerstoemp_300x666Encore un week-end de Summer Stoemp. Comme d’hab’ au Nova, quelques objets cinématographies parmi les plus étranges entourés par de la musique joyeusement underground et parfois esthétiquement dissonante. J’ai envie de relever l’absurde défi du bouffage intégral de chaussure par Werner Herzog dans Werner Herzog Eats His Shoe suite à un pari perdu, ce qui ajouterait à sa légende du cinéaste le plus dingue de l’histoire (avoir engagé un tueur à gages pour buter Klaus Kinski y participe aussi). Il est évidemment également impossible de passer à côté de L’attaque de la moussaka géante de Panos H. Koutras qui, au-delà de son titre merveilleux, est aussi un classique de la série Z garantie sans navet (malheureux, une moussaka avec des navets !). À noter enfin un petit bijou tchécoslovaque, Les petites marguerites de Vera Chytilova datant de 1966 et qui s’inscrit à la fois parfaitement dans la mouvance des nouvelles vagues du cinéma européen ainsi que dans l’annonce du dramatique Printemps de Prague.





L’heure d’été aux Galeries

lheuredeteseoul_300x666Trente et un films coréens à découvrir cet été aux Galeries pour célébrer les cent ans du ciné coréen. Je n’ai pas encore assez étudié la programmation pour de véritables conseils, mais il est certain que vous trouverez votre bonheur.














Aussi, plein de séances de cinoche en plein air avec personne qui regarde le film et des bagnoles qui passent à côté. Je n’en fais pas la liste exhaustive parce que j’en ai encore moins à faire et que ça ressemble à un barbecue à l’intérieur (je sais, ça existe, et ça s’appelle une pierrade).

Puis quelques films en sortie classique qu’on a quand même envie de mettre en évidence.

La femme de mon frère de Mona Chokri (sortie le 17 juillet). Un drôle d’objet hybride. Comme une comédie romantique irrésolue entre un frère et une sœur. Il y a à peu près 259 changements de choix esthétiques de réalisation. On ne comprend pas tous les dialogues parce que l’accent québécois. Et pourtant on ne décroche à aucun moment, par une sorte de miracle qui ne s’explique pas.

Haut les filles de François Armanet (déjà sorti). Chouette petit docu sans prétention sur les filles et le rock entendu au sens large. Rien de remarquable dans la réalisation et la structure mais comme les intervenantes, de Brigitte Fontaine à Jenny Beth, ainsi que les extraits musicaux nous sont plutôt sympatoches, on passe quand même un bon moment.

So long my son de Wang Xiaoshuai, mais j’en parle déjà ici : https://www.capdb.be/dix-jours-de-brussels-international-film-festival-briff/

La flor de Mariano Llinas (une partie par semaine pendant quatre semaines). Il est assez rare de pouvoir voir au cinéma un film d’un peu plus de quatorze heures. Film fleuve divisé en six parties indépendantes (mais avec les mêmes actrices) sorti en quatre parties. J’ai vu le premier des quatre et c’était totalement ébouriffant. Ça commence comme un film fantastique et ça finit en bluette romantique a la limite de la comédie musicale. J’ai vu le deuxième et c’était un film d’espionnage totalement alambiqué auquel je n’ai rien compris. Je verrai les troisième et quatrième parties, parce que je suis encore plus curieux maintenant qu’à l’annonce du projet.

Puis sorti avant même l’été et toujours à l’affiche Zombi Child de Bertrand Bonello et Dolor et Gloria de Almodovar, mais on na va pas revenir dessus car vous savez à quel point c’est bien.

Laurent Godichaux

Plus d’infos :

https://cinema-palace.be/fr/evenements/sun-screens

https://www.nova-cinema.org/prog/2019/173-summer-stoemp/

https://www.galeries.be/lheure-dete-seoul/