Deafheaven à l’Ancienne Belgique (04/10/2019)

deafheaven_300x666Avant le début du concert de Deafheaven, un des mes potes me disait, sur un ton résolument ironique : « Quand pour une heure de concert de Touché Amoré t’as 20 morceaux, en une heure de concert de Deafheaven t’en as 5″. Le bougre ne pensait pas si bien dire… Retour sur une soirée haute en couleurs.

Je cours depuis la station Bourse comme un dératé, arrive à l’AB, récupère mon accréditation et fonce dans la grande salle que je craignais de voir désespérément vide. Que nenni ! Les ingénieux organisateurs de l’évènement ont fait passer la salle en configuration « Ballroom » pour donner l’illusion d’une salle comble, ce qui permettra de renforcer les liens avec son voisin durant le concert.

À peine suis-je arrivé que Touché Amoré entame son set. Quelle ne fut pas ma surprise de voir Jeremy Bolm hurler comme un possédé sans son micro et de constater qu’on l’entendait assez loin, ce qui donne un sacré aperçu des capacités vocales du bonhomme (qui n’aura d’ailleurs quasiment plus de voix à la fin du concert à force de hurler de la sorte en permanence). Mais soit. Je suis arrivé en ayant entendu seulement un ou deux morceaux de Touché Amoré dans ma vie et j’étais donc très curieux de savoir de quoi il retournait. Autant dire qu’en live il n’y a pas beaucoup de place à la déception : le chanteur est un hyperactif qui semble en permanence sous lourde drogue pour autant péter le feu, il file son micro aux fans pour gueuler à sa place (peut-être même trop souvent), le groupe respire la bonne humeur et bénéficie d’une fanbase ultra fidèle qui fait chaud au cœur. Après, je ne suis pas un die-hard fan de hardcore, et bien qu’enthousiasmé par la bonne ambiance et quelques riffs ravageurs, je ne suis pas spécialement transcendé par le groupe dont les très (trop ?) nombreuses chansons de la setlist semblent parfois un peu trop génériques (même si certains morceaux comme « Flowers and you » ou « Deflector » possèdent une vraie identité et que je m’imagine bien les écouter avec plaisir de temps à autre). Avant de switcher, mention spéciale à Jeremy Bolm (encore) qui, à un « Fuck Donald Trump » anonyme, répond d’un : « Yeah fuck him and fuck our country, have you seen the shithole it is ? We would better stay on the road with you rather than going home« . Polémique mais couillu. Par contre je reste quand même surpris de l’absence d’agent de sécurité devant la scène, ce qui amène plein de punkillons à grimper sur scène et crowdsurfer comme des gros porcs (et à pogoter avec ardeur, of course). Je suis surpris mais, pour ce genre de concerts, il faut bien reconnaitre que ça donne un certain cachet (et force à tous ceux qui se sont ramassés des beaux bébés sur la gueule).

Et pour répondre à la blague de mon pote mentionnée dans l’intro : on a eu droit non pas à 20 mais 23 (!) morceaux ce soir pour, effectivement, une heure de concert !

134726_widescreen1Place maintenant à Deafheaven, probablement le groupe qui a ramené le plus de monde ce soir, dont moi. Je me presse tout à l’avant de la foule et, après avoir bataillé avec une mauvaise paire de bouchons, me retrouve dans les meilleures dispositions, quasiment en tête à tête avec George Clarke (chanteur), qui sera l’attraction du concert. En allant au-delà de la musique, il suffit de voir sa gestuelle sur scène et ses expressions faciales pour comprendre pourquoi Deafheaven dérange auprès des Jean-Mayhem ou Paul-Burzum : le gars fait plus penser à un Freddy Mercury avec une voix de corbeau qu’à Dead ou Varg Vikernes.

Au rayon des bonnes surprises : les guitares avaient un son impeccable et les quelques envolées mélodiques ou autres subtilités comme sur « Honeycomb », « Canary Yellow » ou « Dream House » sonnent (étonnament) bien et soulignent les moments qui, je trouve, font la singularité de leur musique. Par contre, en contrecoup, certains passages de basse furent tout simplement insupportables, notamment sur « Brought to the Water » il me semble, histoire d’équilibrer le bon et le moins bon au niveau technique. Autre bonne surprise : la setlist. Moi qui suis un gros fan de Sunbather et Ordinary Corrupt Human Love (et du single « Black Brick » sorti cette année), j’aurais été servi avec un seul et unique morceau issu de leurs autres sorties (« Brought to the Water »). Mais il y a un revers de la médaille : le public. Un autre ami me disait après le concert qu’avec un groupe aussi hype et « untrue » que Deafheaven, il ne fallait pas s’étonner de voir un public totalement hétérogène et qui ne connait rien (ou presque) au métal. Ce que j’ai pu voir le confirme complètement : le moindre blastbeat accompagné d’un riff avec un brin de distorsion faisait péter un câble chez mes voisins et les faisait partir en mode berserker. Vous êtes déjà allé à un concert affilié black métal les gars ? Ou bien vos connaissances sont tellement infimes que pour vous le moindre groupe métal est sujet à des gros pogos ? Dans ce cas-là, faudra m’expliquer comment mosher sur du Sunn O))), ça m’intéresse. Évidemment, je ne veux pas la jouer gros con de puriste réfractaire mais autant se laisser aller dans le pit sur du Slayer ou du Rise of the Northstar, bien plus appropriés pour casser des gueules que sur « Dream House » qui alterne des passages black métal et shoegaze, non ? En plus, vu la gueule des gens alentours, je pense que je n’étais pas le seul à penser comme ça.

Et pour répondre une dernière fois à la blague de mon pote, on a pas eu droit à 5 mais 6 morceaux de Deafheaven ce soir !

(Désolé pour Portrayal of Guilt que j’étais dans l’impossibilité de voir ce soir).

Maxime S.

Setlist

Honeycomb // Canary Yellow // Brought to the Water // Black Brick // Worthless Animal // Dream House

 

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