Death Grips à l’Ancienne Belgique (31/10/2016)

1461114741-2784_death-gripsUne heure trente de cris telluriques, de rythmes chaotiques, d’hectolitres de sueur et de gros flashs dans la gueule. Tout ça sans aucune interruption. C’était bien Death Grips à l’AB ? Oui, évidemment.

Entre les têtes de mort, les capes de Cendrillon, les sugar skulls et les clodos à Cara-Pills, le piétonnier de Bruxelles était joyeusement animé pour ce soir d’Halloween. Au milieu de ce truc foutraque, une immense file s’étirait de l’entrée de l’Ancienne Belgique jusqu’aux marches de la Bourse. Des centaines d’adeptes du larsen étaient sagement réunis pour se faire violemment sodomiser les oreilles.

Je ne vais pas souvent à l’AB, donc cette remarque vaudra ce qu’elle vaudra, mais je n’avais jamais vu cette salle de concert aussi remplie. Death Grips, malgré son absence totale de mélodie, de gentillesse ou de volonté musicale, attire plus de gueux qu’un groupe comme Funkadelic. À croire que notre génération aime l’autoflagellation.

Si l’on fait confiance aux épigraphes virtuels qui ornent les foyers de l’indécence où sont stockées leurs bandes-sons, Death Grips fait dans le hip-hop d’avant garde mâtiné de punk. Mais une fois largué en plein concert, on réalise que Death Grips ne fait pas dans la musique. Sur scène, ces trois psychopathes pratiquent le sacrifice épileptique et le stroboscope à outrance.

Impossible d’apercevoir leur face, impossible de demander une pause, pas le temps de les applaudir. Les Grips débarquent dans la salle et nous envoient une bouillie de noise sur laquelle un immense black torse nu, baraqué comme un droïde scande des litanies perverses sans interruption. Le batteur a l’air d’être branché sur un générateur de chantier beaucoup trop puissant et sa nervosité me rappelle le singe d’Aphex Twin. Le troisième chevalier de l’apocalypse enchaîne des nappes découpées à la disqueuse, des cris d’enfants torturés passés par des flangers saturés et d’autres filtres démoniaques et le tout, nous plonge dans un chaos cosmique ultra-agressif.

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On a d’abord découvert ça de loin, perché au deuxième balcon, l’oeil étonné, posé sur cette foule magmatique. De là-haut, le son était trop confus et on avait l’impression que cette mixture d’hispters délicats, de barbus rockeurs et de gamins en slim avait découvert le concept de musique en scotchant leur hypothalamus à des marteaux-piqueurs. Mais en se frayant une place dans la fosse, on a réalisé qu’il n’y avait plus qu’un immense troupeau d’animaux préhistoriques. Le pied total.

N’importe qui, glissant – par erreur ou volontairement – dans ce pogo, finissait en moins d’une minute trempé par des liquides moites, comme si Death Grips s’était armé de canons à sueur. Faut dire que ce mosh ne ressemblait pas à grand-chose : plutôt une vague de zombies attendant/redoutant le moment où le groupe bruitiste de Sacramento marquerait une pause. Ce qu’ils n’ont pas fait, bien évidemment.

Pendant facilement 90 minutes, Stefan Burnett a gueulé des trucs incompréhensibles et maintenu son public dans une espèce de transe jusqu’au-boutiste. Sans jamais laisser à son public le temps de respirer entre chaque coup d’épaule, le rappeur a réussi à essouffler les pogoteurs qui hésitaient entre mourir de chaud sur place, se foutre à poil pour continuer à lever le poing ou tuer leur voisin. Il n’y a eu aucun meurtre mais au fond de tous ces mignons petits subconscients pantouflards, quelque chose a été entamé. Le sentiment, peut-être, qu’aujourd’hui, pour ressentir quelque chose en musique, il faut parfois se faire piétiner au milieu d’une mare de sueur. En tout cass, en sortant de la salle, tout le monde avait le sourire au lèvre., comme après une séance humide de Yoga Bikram. Et une question flottait dans l’air : bordel, mais c’était quoi ce truc qu’on vient d’écouter ?

Go20

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