Des films récents à voir en VOD !

Je n’aime pas la V.O.D. , le cinéma en écran réduit. Quand je m’y sacrifie, ce n’est pour moi qu’un pis aller afin de rattraper des films peu ou pas distribués chez nous. Mais voilà, confinement oblige, j’ai quand même envie de parler de trois films malchanceux et récents visibles de cette façon.

Jumbo de Zoé Wittock

Jumbo devait sortir le 18 mars. Il avait connu une belle petite carrière en festival (remarqué notamment à Sundance et à la Berlinale), la presse était bonne à très bonne. Quand après la vision de presse je le pitchais à des connaissances avec un enthousiasme débordant, je sentais que j’arrivais à leur donner envie. Puis boum patatras.

Alors je vais tâcher ici de vous faire saliver de la même façon. Jeanne (Noémie Merlant), la petite vingtaine, vit avec sa mère (Emmanuelle Bercot) un peu envahissante dans un bled paumé. Parce qu’elle ne sait pas trop quoi faire de sa vie, elle bosse dans le service d’entretien d’un parc d’attractions. Parfois elle boit une bière avec un collègue, parfois elle couche avec lui. Mais tout ça ne semble pas la passionner beaucoup. Puis arrive l’attraction qu’elle surnomme immédiatement Jumbo. C’est le coup de foudre. Non, elle ne trouve pas que c’est une chouette attraction à sensation. Elle est amoureuse et c’est réciproque. C’est pas beau la vie ? Très vite, elle parvient à vivre sa passion avec son nouvel amour. Mais voilà, la société n’apprécie pas qu’on aime qui on veut, quoi on veut.

Le pitch est dingue. Tout semble être fait pour que ça se casse la gueule, qu’on ait envie de rire, de trouver ça ridicule. Mais la magie opère. On est totalement avec Jeanne. On veut se  battre contre les absurdes préjugés avec elle. On veut que son histoire d’amour fonctionne. Nous aussi on trouve Jumbo séduisant, touchant.

Et tout ça est rendu possible par une extraordinaire direction photo, la présence énigmatique et magnétique de Noémie Merlant (déjà vue dans Le portrait de la jeune fille en feu) et une musique toujours cohérente et émouvante.

Ne croyez  surtout pas que je hurle de Frank Beauvais

Film spécial confinement. Oui on peut sortir de la folie de l’enfermement. Pas intact, mais on peut s’en sortir.

Ne croyez surtout pas que je hurle

On pourrait dire quand Marker rencontre Smolders qui rencontre Godard mais ce serait insuffisant. Ne croyez surtout pas que je hurle est plus fort que la somme de tout ce qu’il a additionné.

Entre avril et octobre 2016, Frank Beauvais a visionné plus de 400 films pour tenter de survivre à une sévère dépression au fin fond de l’Alsace. Pour illustrer la voix off cathartique et auto-réflexive de son journal intime, Beauvais sélectionne dans la matière vue durant ces mois ce qui est le plus proche des mots dits. L’exercice pouvait sembler vain, valoir plus par le geste que par le résultat, mais le piège est évité par la sincérité, l’émotion. On se laisse happer par la logorrhée, le débit sans répit, on pense à nos vies, nos lâchetés, nos médiocrités. Les mots, les images sont toujours des miroirs. Paradoxalement, alors que le dispositif ne montre rien de sa vie, de lui, de son appartement, on a l’impression claustrophobe d’être confiné avec lui. Peu à peu se rapproche son retour à Paris, vu comme une respiration possible après l’étouffement d’une province étriquée, et son impatience que tout finisse enfin, qu’il puisse se réinventer, est aussi la nôtre.

Une fille facile de Rebecca Zlotowski

À priori, engager Zahia pour jouer le rôle principal du film semble être un coup marketing. C’est raté, le film n’a même pas été distribué en Belgique et a été un échec en France. Et pourtant il s’agit certainement d’un des plus beaux films français de 2019.

Sofia (Zahia Dehar) vient passer quelques jours dans sa famille cannoise. Elle fascine la jeune Naïma (sensationnelle Mina Farid). Elle lui fait découvrir les plaisirs du luxe, comment il est facile de séduire les hommes riches, l’oisiveté du quotidien. Toute ressemblance avec la réalité du passé de Zahia est entièrement assumée. On est un peu agacé par la superficialité, l’attrait pour les marques. Puis, parce que les personnages sont bien plus complexes qu’on ne l’avait cru, on bascule vers un ailleurs. On arrête de juger. On voit les failles, l’intelligence sous les vernis et autres maquillages. Non, Sofia n’est pas une cruche écervelée qui ne pense qu’à son sac Dior, elle essaie juste de s’en sortir, elle se détache de son corps, elle préserve son âme. Naïma aussi, dans un récit initiatique qui ne dit jamais son nom, grandit, trouve où elle veut aller. Et dans ce film lumineux, le féminisme appelle finalement plus à réfléchir à la société patriarcale qui ridiculise aussi les hommes qu’à une attaque frontale du masculin.

Fripouille

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