Deux fils de Félix Moati (2019)

51679296_2521909021214857_179077454520909824_nDeux fils, premier film de Félix Moati comme réalisateur qu’on a remarqué depuis une dizaine d’années devant la caméra (Lol, Hippocrate, Le grand bain,…), dresse un portrait tendre d’un père à bout de souffle (Poelvoorde) et ses deux fils (Vincent Lacoste et Mathieu Capella) qui essayent de trouver leur place dans ce monde peut-être un peu trop dur pour leurs failles et fragilités.

Un essayage de cercueil sous le regard de ses deux fils comme ouverture nous dirige vers une fausse piste. On pourrait croire qu’on va avoir affaire à une énième comédie d’un Poelvoorde faisant son numéro de clown triste et extraverti à la fois. Ce qui est souvent drôle mais aussi parfois lassant, tant on fait partie des gens qui estiment que ce dernier a bien plus à exprimer que ça comme comédien. Mais rapidement on est rassuré. Le ton devient plus introspectif, parfois jusqu’à l’absurdité.

Joachim (Vincent Lacoste), la petite vingtaine, et Ivan, 13 ans (Mathieu Capella, sidérant de naturel) sont évidemment un peu désarçonnés quand ils découvrent l’ampleur des failles de leur père. Ils ne comprennent pas vraiment sa décision d’abandonner la médecine pour devenir écrivain. Mais ils acceptent, avec résignation d’abord, puis avec l’amour filial qui leur fait souhaiter le bonheur de leur père avant tout. L’amour familial est d’ailleurs le grand thème du premier film de Moati. Même quand on n’a plus aucune certitude, que tout est compliqué, que rien ne paraît pouvoir s’arranger, il semble vouloir dire que l’on peut toujours compter sur la famille, qu’elle seule peut assurer un soutien inconditionnel.

Alors Joachim, qui ne veut pas se remettre d’une histoire d’amour récemment achevée, interprété par un Vincent Lacoste plus éternel romantique que jamais, n’est pas jugé par son frère et son père. Ivan, qui erre entre mysticisme, alcoolisme précoce et premiers émois peut encore s’appuyer quand il en ressent le besoin sur les maladroites béquilles familiales. Cette manière de mettre en avant des hommes dans leurs doutes, dans leurs faiblesses sans jamais les méjuger est réjouissante et peut être vue comme l’affirmation d’une possibilité de masculinité non toxique, plus libre, avec une virilité plus ouverte.

52596018_367083334022049_4214367450096992256_nJe n’ai pas encore relevé la prestation toujours bluffante de naturel rêveur et terre à terre à la fois de la remarquable Anaïs Demoustier (Esther) en substitue de l’absente auprès de Joachim. Post « me too » aussi par un caractère affirmé sans jamais être dans la caricature, elle trouve ici un second rôle à la hauteur de son épatante palette de jeu.

S’il est attachant par sa tendresse et sa justesse, le film de Moati a aussi les défauts de ses qualités. Parfois, malgré une mise en scène maîtrisée, il y a un aspect ronronnant, comme si, à la façon de ses personnages, le réalisateur était aussi un peu trop fragile pour se confronter aux rugosités de l’existence. L’univers bourgeois parisien protégé dépeint, même s’il est parfois en contact avec la pauvreté, n’est pas vraiment perméable à ces réalités. À cette époque, on peut penser qu’il y a un décalage presque gênant de faire un film ancré dans une ville comme Paris sans sembler avoir d’avis sur les réalités d’une urbanité au XXIe siècle, donc les discussions toujours à la limite de la réflexion philosophique apparaissent parfois comme agaçantes. Mais hormis cette réserve, ce premier film au charme discret, véritable ode à la fragilité, mérite toute notre attention, ne serait-ce que par l’écriture subtile de ces personnages et son casting simplement parfait.

Laurent Godichaux

Deux fils de Félix Moati avec Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier,… en salle dès maintenant.

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