DJ Shadow au Théâtre National, pour le Festival des Libertés (28/10/2016)

1c7f5816b6704e0c748333dcad582047da39a3ee5e6b4b0d3255bfef95601890afd80709Dû à la conjonction d’un retard de plus de quarante cinq minutes dû lui-même à « un caprice de l’artiste » d’une part (source : la sympathique demoiselle du vestiaire du théâtre national) et de la contrainte horaire de la SNCB – le dernier train pour Namur, le vendredi soir, c’est 22h40 à la gare du nord- je n’ai pu profiter que de la moitié de la performance de DJ Shadow. Je vais donc vous en proposer une demi-critique.

Contextualisons l’affaire. DJ Shadow – Joshua Paul Davis de son patronyme initial – a marqué d’une pierre blanche l’histoire de la musique il y a vingt ans, avec un premier album, Endtroducing. Ce disque, complètement innovant à l’époque, a incroyablement bien vieilli, et reste encore à ce jour l’œuvre d’abstract hip-hop 100 % samplelisée la plus reconnue par la critique et le public.

Joshua a aujourd’hui bientôt quarante-cinq ans, n’a jamais réitéré son exploit mais a toutefois sorti une poignée d’albums à la qualité variable mais avec toujours le souci d’explorer un univers musical qui lui est propre; légèrement décalé et sensiblement novateur. The Mountain Will Fall, son dernier en date, est à mes oreilles – non-expertes dans les musiques urbaines – une réussite complète. Preuve que l’artiste apprécie toujours autant les grands écarts musicaux. On trouve ici plusieurs collaborations, qui vont de Run The Jewels -le super duo (El-P et Killer Mike) qui produit le « Gros Hip Hop » du moment, à… Nils Frahm, compositeur allemand qui mélange musique classique contemporaine et electronica downtempo.

C’était donc une tête d’affiche susceptible de rendre la programmation (musicale du moins) du Festival des Libertés version 2016 un peu plus attrayante, le concert se jouant d’ailleurs à guichets fermés. Arrivés quelques minutes avant l’heure de début du show, nous constatons qu’il y a encore une foule importante à l’extérieur de la salle. Renseignements pris autour d’un gobelet en plastique rempli de pils, il semblerait que l’artiste ait « au moins quarante minutes de retard » à cause d’un « caprice de star. » Bon, bon.

Quelques allers-retours avec le bar plus tard ([trollencolère] on ne peut pas entrer dans la salle avec des boissons, même achetées sur place. Festival des libertés, mes fesses [/trollencolère]), on nous annonce la venue de la diva – qui prendra encore un petit quart d’heure à se montrer, sans compter l’itération annuelle de la vidéo façon trailer hollywoodien que le festival a pour habitude de diffuser sur écran géant avant les spectacles. « Wouaaah, la liberté, ça envoie du pâté. »

pitchforkLe bonhomme fait son apparition sobrement, sans mise en scène, éternelle casquette vissée sur le crâne. Il se présente et nous averti : vu le cadre, ce sera un spectacle relativement intimiste, loin des grandes fiesses dans lesquelles on a pu le retrouver ces dernières années. Et c’est tant mieux. Le gugusse précise également que ce que l’on entendra ce soir, c’est « sa propre musique », comme pour dire qu’il n’est plus seulement le talentueux « sample finder » d’il y a vingt ans. S’il garde encore sûrement une centaine de caisses de vinyles dans sa cave, Josh a également un ordinateur sur lequel il compose avec Ableton. Sans renier ses origines – celles du hip hop principalement – il veut nous montrer qu’il ne veut pas d’une étiquette « old school », aussi gratifiante et prestigieuse puisse-t-elle être.

D’ailleurs, sur les quelques titres que j’ai quand même pu apprécier avant de devoir courrir vers mon train sans me retourner, il y avait beaucoup de nouveaux titres issus de The Mountain Will Fall. Mais ce qui a frappé les oreilles en premier lieu, c’est simplement le son; sa qualité. Incroyable. Alors que, dans mes souvenirs, le théâtre national n’était pas un temple de mélomanie sonore, cette performance restera gravée dans mon « journal des concerts pour lesquels on va se souvenir d’un truc en particulier » à la page « son qui déboite tellement il semble pas sortir des enceintes mais d’une sorte d’artefact magique, ou alors quelqu’un a mis quelque chose dans mon verre. » Les fréquences s’épousent sans se chevaucher, les aiguës claquent sans agresser les oreilles, les basses font vrombir les intestins sans baver sur le reste. Tout est clair, tout est puissant, tout est beau.

the-skinnyLa seconde gifle à la figure, ce sont les visuels. C’est difficile d’expliquer à quel point nous étions soufflés par les images qui défilaient sur trois écrans géants situés derrière les platines. Cela partait dans toutes les directions esthétiques possibles, mais toujours avec bon gout et sens de l’à-propos. Jamais, sur ce (demi) concert les explosions visuelles n’ont fait mine de vouloir nous écraser ou de nous bombarder jusqu’à l’indigestion. Et pourtant, les effets différents se superposaient sur de multiples couches. Graphiques, photographies, dessins, couleurs, lumières, psychédélismes, fractales… Plutôt qu’un concert, nous pouvons parler d’une performance audiovisuelle; les exploits de synchronisation du mapping égalant certainement ceux du mixage musical, et surtout les deux fusionnant ensemble pour raconter quelque chose, pour immerger le public dans un univers maitrisé et entièrement sous contrôle. Un vrai travail d’orfèvre.

Une fois parti, mon agent sur place m’informera de l’évolution du spectacle. Un rideau transparent se serait apparemment glissé entre Shadow et son public pour accueillir une nouvelle couche d’effets visuels lors d’une deuxième partie de set du même acabit que la première, si ce n’est quelques tubes issus d’Endtroducing. Vu la qualité de ce à quoi j’ai pu assister, je ne peux consentir à blâmer DJ Shadow pour son retard. Du coup, si quelqu’un a quelques contacts bien placés dans l’organisation horaire de la SNCB, ça serait chouette qu’il puisse toucher un mot à la prochaine réunion à propos de la ligne Bruxelles – Namur.

Parce que, franchement, 22h40, un vendredi soir,… Voilà.

Maxime Verbesselt

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