Doctor Sleep et Mon chien stupide à l’affiche cette semaine

Au menu de cette semaine, une adaptation de Stephen King qui est aussi une réflexion citationnelle post-moderne sur le Shining de Kubrick, et l’étrange idée d’adapter Mon chien stupide, roman culte de John Fante en France.

doctorsleep_300x666En 1980, sortait le Shining de Kubrick, et comme souvent, il faisait la parfaite trahison du matériau littéraire de départ. King, l’auteur du roman original, s’il a toujours reconnu les qualités intrinsèques du film, en avait aussi retiré une certaine frustration tant il ne reconnaissait pas son œuvre. Une vingtaine d’années après, il alla jusqu’à scénariser une dispensable série dans le but de rendre enfin justice à son livre. En 2013, il publiait Doctor Sleep, suite officielle de son Shining l’enfant lumière, aujourd’hui adapté pour le cinéma par Mike Flanagan. Voilà pour l’utile genèse du film qui sort en cette fin octobre sur nos écrans.

Le film commence par une rapide remise en contexte : on tente de nous faire comprendre qui est Danny Torrance, fils du Jack Torrance du Shining original. On voyage alors aux USA, à la rencontre des nouveaux protagonistes, on tente maladroitement de faire les liens entre passé et présent. C’était nécessaire, mais c’est brouillon et fastidieux. Cette mise en place dure une bonne demi-heure avant que le film ne commence vraiment et trouve enfin son propre chemin. En 2019, Danny se fait appeler Dan (Ewan Mc Gregor). Alcoolique abstinent, il a laissé de côté une grande partie de ses pouvoirs, de son shining. Mais on ne peut pas toujours enfouir son passé, et les démons et autres traumas vont resurgir quand Abra (Kyliegh Curran), une jeune adolescente, rentre en contact avec son esprit, menacée qu’elle est par le groupement Nœud Vrai dont les membres se nourrissent des pouvoirs psychiques des enfants ayant le shining pour leur propre immortalité.

On le constate à la lecture de ce bref résumé non exhaustif, on a tous les clichés des films de genre des années 80/90, aussi bien dans l’histoire que dans la réalisation. La willing suspension of disbelief, nécessaire à l’épouvante, jamais ne fonctionne, et pourtant presque malgré nous on passe quand même un bon moment. Peu à peu, notre esprit oublie de relever les incohérences scénaristiques et autres absurdités métaphoriques pour s’amuser des milles et une références à l’univers du grand Stanley. Comme pour quelques productions audiovisuelles actuelles, Stranger Things en tête, la nostalgie sera dès lors le principal moteur du plaisir.

monchienstupide_300x666John Fante, écrivain précurseur de la beat generation est certainement un des auteurs les plus américains qui soit. L’idée de Yvan Attal d’adapter son livre et de le transposer dans la campagne française est à la fois incongrue et un peu mégalomaniaque, et donnait lieu à quelques craintes. Craintes entièrement justifiées on va le voir.

Henri (Yvan Attal himself), écrivain à la cinquantaine fatiguée, a connu le succès avec son premier roman. Depuis, dans sa grande maison isolée, il cherche vainement l’inspiration qui pourrait le faire sortir de sa torpeur. Grognon, dépressif, il remet l’échec de son œuvre, de sa vie, sur les épaules de sa femme (Charlotte Gainsbourg) et de ses gosses. Il se plait à penser qu’iels lui bouffent son espace vital de création, qu’iels sont responsables de sa médiocrité. Alors quand un gros chien un peu moche qu’il rebaptise immédiatement Stupide s’incruste dans son univers, il l’accepte autant pour emmerder sa famille que parce qu’il se lie d’amitié avec cet animal qui lui au moins ne le juge pas. Petit à petit, le prétexte animalier décide enfin tous les membres de la famille à quitter cet environnement oppressant, morbide, le laissant enfin à sa solitude tant désirée. Mais voilà, s’il se persuadait que ce serait la solution à tous ses problèmes, rapidement, il se rend compte qu’il n’est toujours pas plus heureux.

Énième comédie sur les affres de la dépression d’un quinqua bourgeois blanc réac, le film d’Yvan Attal se vautre dans tous les clichés du genre. Les dialogues sensés être drôles et percutants semblent tout droit sortis des fonds de tiroir du tandem Bacri/Jaoui. D’ailleurs Henri aurait certainement pu être joué sans qu’on ne remarque de vraie différence par le ronchon le plus célèbre du cinéma franchouillard. Et comme il n’y a à peu près aucune idée de mise en scène, la seule présence de Charlotte Gainsbourg ne parvient pas a sauver le film du prévisible naufrage.

Doctor Sleep de Mike Flanagan avec Ewan Mc Gregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran.

Mon chien stupide de Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg,…