Double date mit Laibach au Nova et au Botanique (04-05/03/2019)

Ce qui devait être « simplement » un concert de Laibach un mardi soir au Botanique s’est transformé, grâce à la démarche enthousiaste de certains membres de l’équipe du Nova, en un double évènement bruxellois inauguré ce lundi par la projection du film Laibach : Liberation Day en présence d’un des réalisateurs, Morten Traavik, et du membre fondateur et tête pensante du groupe, Ivan Novak. Un moment tout aussi dingue que fascinant et une contextualisation efficace pour le novice que je suis.

« All art is subject to political manipulation, except for that which speaks the language of this same manipulation. » Avec cette phrase d’introduction suivie d’un générique composé à partir d’images d’icônes pop (Beatles, Queen, Michael Jackson,…) et des mouvements de foules ahurissants provoqués par ces derniers, le tout surexposé à des images de la libération de la RPDC (République Populaire Démocratique de Corée) depuis 1945 à nos jours, Laibach pose immédiatement une base importante de ce que nous allons voir, ainsi qu’un résumé plutôt efficace de la démarche du groupe : en l’absence de totalitarisme ou en rejetant la religion, les êtres humains vont chercher la vénération en masse et la transe collective dans les concerts ou les évènements sportifs. Ce besoin de vénérer serait, selon Ivan Novak, indissociable de l’être humain, et il suffit de voir les réactions sur Facebook à la mort d’une idole pour avoir envie de lui donner raison.

Le film : Morten Traavik, réalisateur Norvégien ayant déjà collaboré avec Laibach pour des clips et avec la RPDC pour différentes collaborations artistiques (vrai de vrai !) propose au groupe Slovène de d’aller jouer à Pyongyang  pour les 70 ans du Liberation Day. Se retrouve donc à jouer sur le territoire totalitaire le plus fermé sur lui-même qui soit un des groupes les plus mal aimé et provocateur de l’histoire, et il y a étrangement quelque chose d’à la fois paradoxal et évident à ce que ça se produise.

Passées les premières complications pour récupérer les disques durs contenant les projections vidéos du groupe, un représentant leur fait un discours d’accueil composé d’un délicieux amalgame chaotique – difficile à retranscrire mais à écouter ici dès 2’03 – de tout ce que la presse occidentale peut penser de négatif à propos de Laibach. Grand moment aussi surréaliste que réellement menaçant pour le groupe. Traavik rassurera les autorités avec un syllogisme génialissime : « C’est l’image que les médias occidentaux donnent de Laibach et vous savez également l’image qu’ont ceux-ci de votre pays. » L’extrait de l’émission de John Oliver à ce sujet (reprise dans le film) est hilarante et sans équivoque.

Morten Traavik à gauche et Ivan Novak à droite

Morten Traavik à gauche et Ivan Novak à droite

Le reste du métrage se concentre ensuite sur l’organisation du concert, Traavik (omniprésent à l’image) se posant comme coordinateur de l’événement avec tout ce que cela implique comme difficultés, entre les besoins techniques du groupe face à un matériel professionnel daté, mais également comme médiateur entre les groupes de censeurs et la relation conflictuelle que Laibach entretient avec celle-ci. Au final, beaucoup de compromis seront fait : que ce soit l’annulation d’une reprise du hit numéro 1 de la RPDC à la gloire du leader suprême car trop différente de l’originale pour que le peuple puisse l’apprécier, certains passages repris et longuement travaillés en Coréen pour l’occasion mais avec, malheureusement, un accent trop sud coréen que pour être toléré, ou encore de nombreux montages vidéos comprenant trop de nudité ou étant simplement trop provocateurs.

Il reste tellement à dire à propos de cette œuvre unique mais je vous laisserai le soin de la découvrir par vous-même, il est temps de passer à mon deuxième rencard avec Laibach.

Liberation Day

Et quel rencard ! Un concert de pas loin de deux heures séparé par quinze minutes de pause pour distinguer la première partie dédiée à leur dernier album et une seconde, plus violente, axée sur leurs compositions d’avantage indus, martiales, voir même jazz. Le dernier album en question fut composé spécialement pour leur date à Pyongyang et n’est ni plus ni moins qu’une réinterprétation de The Sound of Music (La mélodie du bonheur), une des rares œuvres autorisées en RPDC et donc, forcément, un film culte connu de toutes et tous.

Je dis bien réinterprétation car Laibach arrive à apporter à cette œuvre, certes universelle et culte mais kitsch à souhait (je parle de la musique, je n’ai jamais vu le film), une dimension tout à la fois lyrique, grandiose et absolument hilarante, qu’en tant que béophile au goût – souvent douteux – pour la démesure grandiloquente, je ne pouvais que vénérer !

Une première partie donc plus posée et lyrique, un voyage à travers les montagnes Autrichiennes et la Corée du Nord où se côtoient l’absurde et le sublime. Le génie absolu au service d’un mélange délirant de satire, d’autodérision et de trolling niveau championnat du monde !

Sur scène, Marina Mårtensson et ses impressionnantes performances vocales remplacent la légendaire Mina Špiler sans atteindre le charisme martial de cette dernière. Ayant poussé la chansonnette sur le dernier album, elle reste toutefois parfaite dans sa ré-interprétation  de Julie Andrews. Petite frustration liée à l’absence du chanteur à la voix claire, Boris Benko, ainsi que de la troupe de jeunes choristes, mais ceux-ci seront systématiquement présent dans les projections. Des projections d’une maîtrise ahurissante, aussi drôles que provocatrices. Bref, un mélange détonnant d’humour et d’émotions maintenues ensemble par un équilibre dont seul Laibach a le secret. Je ne peux que vous conseiller l’écoute et le visionnage des morceaux « The Sound of Music », « My Favorite Things » et ses arrangements ahurissants, et le détournement véritablement dérangeant de « The Lonely Goatherd »; et vu que je suis sympa, je vais tout vous déposer en bas.

Après une pause de quinze minutes, le live reprend de façon beaucoup plus indus avec six morceaux concentrés sur la partie années 80 du groupe et en particulier l’album Nova Akropola. Quarante minutes de brutalité mécanique sombre avec des explosions jazz inattendues.

Le concert se conclue sur un rappel constitué de leur mythique reprise de « Sympathy for the Devil », leur thème – très James Bond – composé pour la bande originale de Iron Sky 2 : The Coming Race et, enfin, le morceau très certainement le plus bizarre du concert : « Surfing Through the Galaxy »Délire country que Marina Mårtensson accompagne à la guitare acoustique tandis que Milan Fras revient sur scène portant un stetson blanc et qu’une vidéo en fond le montre version jeu rétro, chevauchant une fusée et récoltant des cœurs à travers l’espace…

Alors, certes, ils n’y a pas eu « Geburt Einer Nation » ou « Opus Dei », mais si cette fin n’est pas une conclusion parfaite à cette soirée, je ne sais pas ce qu’il vous faut !

C’est lorsque j’achète, en sortant, le Blu-Ray de Laibach : Liberation Day – alors que je n’ai pas de lecteur Blu-Ray – que je réalise l’influence réellement impressionnante que le groupe exerce sur ses fans. Fan que je suis devenu en seulement deux jours…

Satiriques bisous,

Major Fail

 

Setlist

The Sound of Music // Climb Ev’ry Mountain // Do-Re-Mi // Edelweiss // My Favorite Things // The Lonely Goatherd // Sixteen Going on Seventeen // So Long, Farewell // Maria/Korea // Arirang

Mi Kujemo Bodoknost // Smrt za Smrt // Nova Akropola // Vier Personen // Krvava Gruda-Plodna Zlemja // Ti, Ki Izzivas

Sympathy for the Devil // The Coming Race // Surfing Through the Galaxy

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