Dr Dre – Compton (2015)

Sans titreDifficile de passer à côté de cette information : monsieur hip-op est de retour avec un nouvel album studio. Dr Dre revient seize ans après 2001 avec un disque qui tient plus de la relique musicale que du simple opus d’un artiste. Dire que cet album était attendu est un euphémisme et en tout juste une semaine, le voile tombe : Ice Cube annonce être sur le prochain opus du maître et le lendemain c’est Dr Dre lui-même qui nous informe de sa sortie pour la semaine suivante. Juste le temps de reprendre ses esprits et l’album est là. Docteur est-il de retour ?

Exit le Dretox, ou le projet d’album tant attendu qui devait voir le jour depuis au moins dix ans et qui finalement ne sortira jamais. Place à Compton, un pamphlet made in 2015 de l’état du hip-hop et de la ville natale de Dr Dre. Dans un contexte américain difficile, entre bavures policières et autres actes de violences, il dresse sa vision de la situation et plutôt que d’écrire un communiqué, il enregistre un album. On peut déjà dire que cette musique aura son importance.

Cet album n’est donc pas le fait du nouvel associé d’Apple ou d’une quelconque influence de ces derniers pour que la star redevienne banquable. Non, c’est bien Dr Dre made in N.W.A. qui est là. Il dédie d’ailleurs l’ensemble des revenus de l’album à sa ville natale de Compton pour relancer des programmes culturels et de sensibilisation (information à prendre avec des pincettes mais qui reste noble idéologiquement).

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Trêve d’explication, venons-en à l’album en lui-même. En regardant la tracklist, on retrouve toute l’alchimie qui a fait marcher les deux précédents albums, des featuring à tout va avec ses petits protégés qu’il chapeaute depuis le début comme Eminem , Snoop Dogg ou très récemment Kendrick Lamar. Son statut de super-producteur de machine de guerre n’étant plus à faire, il lui suffit de demander un petit coup de main pour ses propres chansons et voilà de gros tubes. Attention, un gros tube made in Compton, c’est pas du Rihanna qui va fouetter gratuitement de la « bitch » comme elle le dit si bien avec la noisette qui lui sert à se mouvoir. Là on touche à un sujet social complexe où c’est la colère qui s’exprime. Cette même colère qui l’animait à ses débuts avec N.W.A. : un portrait grave des médias et de la politique américaine autour de la communauté afro-américaine. Trente ans après, c’est les mêmes mots et la même bataille que Dr Dre livre en exprimant le fait que rien ne change et qu’il est important de garder l’esprit éveillé.

Et musicalement, on en est où Docteur ? Et bien très loin de 2001, tout comme celui-ci était très loin de The Chronic. Un album qui suit la musique de son temps : fini les grosses instrus grasses et lourdes, les samples 70’s et les flows rapides et fluants. Place à 2015, au trap et sa caisse claire rapide, au vocodeur surexploité, aux voix complétement dénaturées et au rythme totalement brut et violent (voir Snoop Dogg crier dans le micro pour « One Shot One Kill » est assez révélateur).

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Et les tubes, vous allez m’en donner Docteur ? À la première analyse, il m’a fait très peur. Dérouté d’entendre Dr Dre sur des terrains inconnus (comme le trap), il aura fallu plusieurs écoutes pour trouver les pépites et assimiler ce nouvel opus. Cependant on ne retrouve pas les machines à tubes des précédents albums. Compton : A soundtrack oscille en dents de scie sur des sons plus ou moins inspirés, finissant même par moment sur des rythmes jazz étrangement mal placés, notamment sur le morceau « Deep Water ». Dire qu’on écoute du hip-hop est difficile, à l’inverse d’un « Next Episode » sur 2001 capable de faire lever grand-mère pour quelques pas de breakdance bien sentis. L’album se termine et « repeat mod » n’est même pas activé. Pas trouvé le bouton ? Non, pas forcément l’envie.

Un sentiment brouillon s’élève alors sur cet album : Dr Dre, se devait de sortir son coup de gueule par la musique dans l’actualité sociale actuelle aux États-Unis et pour cela Compton est la réponse parfaite d’une voix importante qui tombe à pic. Musicalement, c’est autre chose : on fonce pour faire l’album et dans le trajet on oublie le Dre Power Tube, qui est capable de remettre tout le monde à sa place. À cinquante ans, c’est Andre Romelle Young (son vrai nom) qui signe un album engagé, hors des sentiers du vrai docteurs du hip-hop.

Paul

Tracklist

01. Intro // 02. Talk About It (ft. King Mez & Justus) // 03. Genocide (ft. Kendrick Lamar, Marsha Ambrosius & Candice Pillay) // 04. It’s All On Me (ft. Justus & BJ the Chicago Kid) // 05. All In a Day’s Work (ft. Anderson .Paak & Marsha Ambrosius) // 06. Darkside_Gone (ft. King Mez, Marsha Ambrosius & Kendrick Lamar) // 07. Loose Cannons (ft. Xzibit, COLD 187um & Sly Pyper) // 08. Issues (ft. Ice Cube, Anderson .Paak & Dem Jointz) // 09. Deep Water (ft. Kendrick Lamar, Justus & Anderson .Paak) // 10. One Shot One Kill (ft. Snoop Dogg) // 11. Just Another Day (ft. Asia Bryant) // 12. For the Love of Money (ft. Jill Scott, Jon Connor & Anderson .Paak) // 13. Satisfiction (ft. Snoop Dogg, Marsha Ambrosius & King Mez) // 14. Animals (ft. Anderson .Paak) // 15. Medicine Man (ft. Eminem, Candice Pillay & Anderson .Paak) // 16. Talking To My Diary

 

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