Emma Ruth Rundle au Botanique (02/10/2019)

emmaruthrundlebota_300x666Grosse affluence ce mercredi soir pour le concert de l’américaine Emma Ruth Rundle à la Rotonde du Botanique. Retour sur une prestation froidement habitée (on n’est pas loin de l’oxymore) avec une mise à l’honneur quasi exclusive du dernier né On Dark Horses ici brillamment chroniqué.

Mais avant ça, il y avait Fvnerals. Le nom donne une petite indication, et dès l’entrée, avec une scène plongée dans la pénombre, un son lourd, une voix sépulcrale, on entendra peu ou prou de pop youplaboum durant la demi-heure de leur set. Mélancolique et désenchantée, leur musique prend pourtant aux tripes, rend la déprime attirante. On pense évidemment aux grands noms du genre de The Cure aux Cocteau Twins, mais la présence magnétique sans affect de séduction de Tiffany donne pourtant une véritable originalité au projet des britanniques installés depuis longtemps à Bruxelles.

L’album On Dark Horses, par lequel, je le confesse, j’ai découvert avec un peu de retard Emma Ruth Rundle, est une sorte d’obsession/balise depuis un an. Je l’écoute, je le réécoute et y découvre à chaque fois une nouvelle richesse, une matière sonore bien plus dense qu’originellement entendue. La chronique de Maxime évoquant aussi le métal, genre que je ne connais que peu, m’avait étonnée. Le concert bien moins folkeux que l’album va confirmer qu’il n’avait pourtant pas tort.

Ça joue fort, au début le son est un peu brouillon, la voix de Emma est un peu noyée dans le déluge sonore. Les chansons s’enchaînent à toute vitesse, avec seulement quelques explications succinctes sur le thème des chansons. La folk que j’entendais sur disque est loin. La batterie prend trop de place, empêche les mélodies de prendre leur ampleur.

emmaruthrundlebota_850x300Progressivement, la souffrance et la puissance de la voix prennent néanmoins le dessus, on se laisse emporter, on retrouve enfin l’émotion de l’album. Ressort aussi une distance dans l’attitude de Emma, une présence un peu en retrait par rapport à ses propres chansons. Le public par réaction est certainement moins enthousiaste qu’il ne l’espérait, comme s’il était laissé en dehors de l’intimité pourtant délivrée par la musique et les textes de l’angelena (ou gentilé féminin de L.A.).

Les musiciens (basse, batterie, guitare) exécutent avec maestria leur boulot, mais eux non plus ne rajoutent pas de supplément d’âme à leur prestation. On ne sent pas de véritable unisson, de cohésion. Alors je m’ennuie un peu, je me disperse. Et je suis de plus en plus fasciné par le bassiste qui, jouant penché, arrive à se faire mélanger ses longs cheveux et sa longue barbe dans une unité stupéfiante, comme s’ils ne faisaient plus qu’un.

Mais je me reprends pour le rappel. Emma Ruth revient seule nous chanter une dernière chanson, et là tout devient magnifique, grandiose. Et je songe à ce vieux proverbe ridicule qui dit qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. Mais cette pensée ne rachète néanmoins pas la déception de ce concert mitigé.

Le lendemain, je réécoute le dernier album, et cela confirme que je ne me suis pas trompé. Le disque est grandiose.

Fripouille

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