Escapada, Mon bébé et Leto (2019)

Une fois ne sera pas coutume, trois films conseillés cette semaine. Entre du rock pré-perestroïka avec LetoMon bébé, sympathique surprise bourgeoise parisienne, il y a le lumineux Escapada de la belge Sarah Hirtt (récemment interviewée ici-même) par lequel nous allons d’ailleurs commencer.

53539948_2087111358035296_2632073628207808512_nDans Escapada, son premier long métrage, Sarah Hirtt, avec indulgence et bienveillance, suit le cheminement d’une fratrie – deux frères, une sœur, il est légitime que le masculin l’emporte – qui va se déchirer encore plus qu’elle ne l’était déjà à cause de l’héritage empoisonné d’une maison presque en ruine en Catalogne. Chacun.e a son point de vue sur le devenir de cet encombrant vestige du passé.

Aujourd’hui occupée par un des frères militants anarchistes et ses camarades de lutte, la maison semblait avoir trouvé sa vocation. Mais la mort de la grand-mère change la donne. Entre rancœurs et règlements de compte, cet héritage est aussi l’occasion pour chacun.e de se poser la question de la pertinence des choix de vie. Le regard extérieur mais pas neutre est apporté par les occupants de la maison qui risquent à tout moment d’en être chassé. À la fin, tou.te.s auront repensé leurs certitudes, auront appris à moins juger, aussi à avoir peut-être un peu moins peur de l’avenir, rassuré par l’amour malgré les inconciliables différences de la fratrie.

 


53577965_263348754540945_5886794493587357696_nMon bébé de Lisa Azuelos a sur papier tous les ingrédients pour être une comédie parisienne bourgeoise de plus. Héloïse (Sandrine Kiberlain) craint le départ de Jade (Thaïs Allessandrin), sa cadette. Elle aimerait que son grand « bébé » de 17 ans ne quitte jamais le foyer familial, surtout pour le lointain Canada. Le pitch de départ n’est pas le plus original qui soit.

Mais le film est sauvé de sa potentielle banalité par l’humilité de ne pas vouloir montrer autre chose qu’une observation de la seule jeunesse côtoyée par Azuelos, celle des beaux quartiers parisiens. Comme elle la connaît, elle l’aime, la comprend, la chérit. Et le coup de génie de Azuelos est ici d’avoir coécrit le scénario avec sa fille qui interprète Jade. Alors comme avec LOL, elle réussit un petit film certes mais qui sonne parfaitement juste et moins superficiel qu’il pouvait paraître de prime abord. Une nouvelle fois, elle scrute, certainement avec l’apport déterminant de sa jeune co-scénariste, la langue et la psyché d’une certaine jeunesse.





53761128_2300520710161138_4483041113573163008_nBien plus déstabilisant est Leto du russe Kirill Serebrennikov. On imagine l’URSS de la fin des années 70/début des années 80 comme un territoire fermé, imperméable à l’extérieur. Au travers d’un portrait d’un groupe de passionnés par Bowie, Iggy Pop, T-Rex,… le film donne à voir une jeunesse libre, utopique, prête comme ses idoles à se brûler les ailes aux illusions du rock.

Alors il y a la musique qui irradie, transcende chaque scène mais il y a aussi l’amour incandescent, déchirant. Natalia (extraordinaire Irina Starchenbaum), tiraillée entre Mike  (Roma Zver), son mari et père de son enfant, et le jeune Viktor (Teo Yoo), son amant quasi platonique, n’arrive pas à choisir. Alors la mélancolie, la tristesse entraîne déjà la fin de leurs insouciances de jeunesse dans un triangle amoureux qui n’est pas sans rappeler celui du Jules et Jim de Truffaut.

La bande son à la hauteur des ambitions, le noir et blanc merveilleux et la réalisation inventive, extravertie finissent de nous emporter vers un Leningrad qu’on n’avait jamais fantasmé, notamment au travers d’une fantastique reprise chorale du « Psycho-Killer » des Talking Heads que je ne vous spoilerai pas plus.

Et à la fin de tout ça, je ne sais plus si je rêve plus d’être anarchiste espagnol dans une maison délabrée, petite bourgeoise parisienne ou rocker russe en 1980 à Leningrad.

Escapada de Sarah Hirtt avec Raphaëlle Corbisier, François Neycken, Yohan Manca, Maria Leon.

Mon bébé de Lisa Azuelos avec Thaïs Allessandrin, Sandrine Kiberlain.

Leto de Kirill Sebrennikov avec Irina Starchenbaum, Roma Zver, Teo Yoo.

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