Ex-Cult au Magasin4 (30/04/2017)

excult2J’avais failli m’étrangler en lisant cette vieille interview de Palma Violet dans feu-Riff Raff où ils expliquaient que «il y a aujourd’hui des bons groupes de garage-rock aux États-Unis, mais aucun vrai groupe de punk-rock. » Ce n’est pas tellement ce constat qui était difficile à avaler, plutôt le fait qu’à les écouter, on croirait qu’ils se considèrent comme des vrais punks. Alors qu’en comparaison à un groupe comme Ex-Cult, Samuel Fryer et sa bande s’apparentent plutôt à une bande de tocards. Voilà, c’était la minute « insulte gratuite. »

Eh bien oui, il y a encore aujourd’hui des très bons groupes de punks amerloques, nous avons pu le constater ce dimanche soir au Magasin 4 (« where else ? » pour parapeuprephraser Georges le clown.) Punk en premier lieu, certes, mais aux influences variées et assumées, allant de la noise psychédélique des années 60/70 (des groupes comme Chrome ) au post-punk et hardcore du début des années 80 (des trucs comme Minor Threat ) Ex-Cult est un groupe originaire de Memphis fondé par le chanteur Chris Shaw et son pote batteur Michael Peery.

Chris est à la base un fan de Ty Segall, ce qui lui fait déjà un premier point commun avec moi. Le second, c’est qu’il a été amené par la suite à travailler avec lui (yep, j’ai envoyé à Ty une ou deux démos, il ne devrait pas trop tarder à me répondre.) Il y a GOGGS, ce groupe qu’ils ont fondés à deux avec Charles Moutarde… pardon Moothart, guitariste de Fuzz (un autre side-project de Ty, orienté proto-heavy-metal) mais avant cela, c’était déjà le grand Ty qui s’est occupé de l’enregistrement des albums d’Ex-Cult. Sa patte est facilement reconnaissable, puisque ça dégouline de fuzz un peu partout (l’effet de distorsion, pas le groupe… Ça va, vous suivez ?) Les albums d’Ex-Cult, du premier éponyme en 2012  à « Negative Growth », le troisième sorti l’an dernier, sont d’ailleurs sortis soit sur Goner Records, soit sur In The Red Records, deux maisons de disques réputées pour abriter des créations des groupes garages les plus à suivre de ces dernières années. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai pu découvrir le groupe dont il est question aujourd’hui – comme quoi, la recommandation culturelle n’est pas (encore) uniquement une affaire d’algorithmes et de big data.

Ex-Cult

Ex-Cult

Nous voilà donc à 21h au Magasin 4. Le groupe se branche et je vois avec une certaine inquiétude qu’il n’y a pratiquement personne en face de la scène. Angoisse dissipée au premier accord de guitare distorsionné qui, tel un clairon matinal, rameute le public qui profitait simplement des derniers rayons de l’astre printanier se couchant délicatement sur les crêtes urbaines esquissant  l’horizon bruxellois. Et c’est parti pour un lattage de gueule à coups de gros décibels.

Le set est à l’image de leurs albums : débordant d’énergie, compact, sans temps mort et sans commentaire entre les titres. La voix de Chris émerge du lot avec panache et conviction, malgré les deux guitares assourdissantes qui surpassent largement en volume le reste, batterie incluse. Attardons-nous quelques lignes sur ces guitares justement : elles sonnent étonnamment moins crades sur scène que sur album. En cause : un traitement complètement différent du son puisque la configuration « classique » en live (deux instruments et deux amplis) répond au dispositif studio « segallien » consistant à brancher directement les guitares sur la table de mixage et ne laissant pratiquement aucun contrôle aux musiciens sur le son lors de l’enregistrement. Lors du concert, on peut entendre sans avoir fait un doctorat en rock garage que la guitare lead a nettement plus de corps que sur album, quand la guitare rythmique sature les fréquences aiguës. La sur-puissance des grattes ressort donc davantage, surtout lorsque les deux lignes se superposent à grands coups de power-chords harmoniques. Fin de la parenthèse pour les amoureux des guitares et de ceux qui en tordent le son.

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21h35, le groupe revient scène  pour un rappel d’une seule chanson (une reprise punk de Ace of Base.) Si le set était convainquant, il n’était pas bien long. Sur le moment, je me montrais bienveillant envers eux, n’ayant pas encore fait mes devoirs et ignorant que le groupe avait déjà trois albums à son actif. La salle n’était visiblement pas rassasiée, et une énergie débordante en continu ne justifie pas qu’on fasse juste le minimum syndical. Pour reprendre l’expression d’Adrien ‘Phal’, célèbre mélomane du punk rock : « c’est un peu comme si on m’avait mis devant un bon gros gâteau, que je ne m’étais servi qu’un tout petit morceau pour pouvoir à nouveau en profiter plus tard, et qu’à mon retour il n’en restait plus une miette.»

Maxime Verbesselt

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