Fat White Family à La Madeleine (04/03/2016)

fatwhitefamily_300x666Cette année, les Pias Nites fêteront leur dix années d’existence, et comme à l’accoutumée, elles passeront notamment par Bruxelles. Car les Pias Nites, ce n’est pas un évènement unique à endroit déterminé; c’est six pays et un nombre incalculable de lieux qui ont accueilli pas loin de trois cents artistes en dix ans, que ce soit dans des petites salles ou dans des Tour & Taxis qui contiennent jusqu’à dix mille personnes. Mais en ce vendredi, c’est à La Madeleine que le label belge a posé ses valises le temps d’une soirée, en compagnie de trois groupes plus singuliers les uns que les autres.

Je suis certaine que la plupart d’entre vous se disent « La Madeleine ? C’est où ça ? ». Et bien ce fut également notre cas. Salle située en plein cœur de la capitale (près de la gare Centrale), elle a ré-ouvert il y a peu sous la tutelle de la ville de Bruxelles qui en a ensuite confié les rênes au groupe Brussels Expo, déjà propriétaire du Palais 12. On comprend donc mieux l’accueil (beaucoup de sécurité bien trop habillée), ainsi que la salle en elle-même, véritable copycat d’une salle de cinéma high-tec. Il y a de la moquette au sol (!!!), des barmen/barmaids en chemise et tablier, des escaliers incurvés de chaque côté de la scène dont les marches sont illuminées par des néons rouges, et même des canapés dans les toilettes. Bref, mon côté punk ne se sent pas très à l’aise en ces lieux, et je me demande bien comment Fat White Family va s’y adapter…

Mais pour l’heure, c’est les belges de The Germans qui doivent entamer les hostilités, et ce devant un public épars mais qui prend tout de même la peine de se diriger vers l’avant de la scène, bière à la main. Scène d’ailleurs bien fournie vu qu’on peut y voir tout un tas d’instruments de type batterie, claviers, machines, pads, percus, guitare, basse, tambourins et autres maracas, le tout manipulé par cinq gars. Ils entament leur set par une intro planante tout en montées qui n’est pas sans nous rappeler des ambiances tropicales que l’on vivrait en pleine jungle, du bruissement des feuilles aux cris d’animaux que se plaît à faire le chanteur. Intriguant comme intro, on se demande bien où tout ceci va nous mener, et malheureusement, on va vite se rendre compte que ce sera nulle part… En effet, si le groupe s’amuse à expérimenter, sortir des carcans classiques de la musique avec refrains, couplets et autres ponts parfois inutiles, il en vient vite à tomber dans un truc incompréhensible pour l’auditeur, entre électro, rock et musique tribale. On a donc passé quarante minutes à tenter de comprendre et s’imprégner des deux morceaux que le groupe a joué, mais impossible, d’autant plus que leur attitude était on ne peut plus ridicule, avec notamment un guitariste à la limite de la transe qui nous aura fait rire plus d’un fois. Et oui, je sais, c’est pas bien de se moquer, mais quand on sur-joue son rôle de musicien à fond dans sa musique, il faut s’attendre à ce genre de réaction. Le verdict est donc sans appel : The Germans, recalés.

thegermans_850x300C’est par conséquent légèrement dubitatifs que l’on attend la montée sur scène des anglais de Fat White Family, mais la salle s’étant entre temps bien remplie, on se sent un peu plus à l’aise et aptes à recevoir le rock vénéneux du groupe en pleine poire. Et apparemment il vaut mieux, celui-ci rentrant sur scène sur la bande-originale épico-dramatique de Terminator. Ça pose les bases. Et dès les premières notes de « Tinfoil Deathstar », morceau présent sur on ressent la réceptivité décuplée du public. Un peu moins du groupe, ce dernier semblant complètement défoncé sous l’effet de diverses drogues, mais à la fois, c’est un peu ce que l’on aime avec eux : un côté complètement à l’arrache et un décalage évident qui en fait un groupe à part. Sauf que l’indifférence scénique, ça peut marcher dans une petite salle intimiste, la promiscuité aidant; là on se sent juste complètement en déphasage avec les musiciens, eux-mêmes pas vraiment imprégnés du lieu. Du coup, même si on s’est délectés de certains morceaux comme « Is It Raining In Your Mouth ? », « Touch The Leather » ou encore « I Am Mark E Smith », qu’on a adoré regardé l’attitude plus que je m’en foutiste du chanteur qui tantôt se roulait par terre, tantôt se jetait corps et âme dans le public, le tout une Jupiler et une clope constamment à la main, il y avait comme un goût de trop peu dans ce concert. Pourtant ce n’est pas faute à la musique d’être efficace : qu’elle soit douce comme dans « Auto Neutron », post-punk comme dans « Whitest Boy On The Beach » ou sensuelle comme dans « Satisfied » (d’ailleurs remaniée de manière bien plus rock n’ roll pour le live), on a apprécié l’heure passée en leur compagnie, mais quelque chose clochait. Je pense qu’il leur fallait juste un endroit plus petit et plus sale, un peu à leur image de musiciens à moitié paumés, le regard translucide et le corps marqué de blessures volontaires. Et même s’ils n’ont pas hésité à dégager les mecs de la sécu qui ont tenté d’empêcher le public de monter sur scène, on n’a pas vraiment senti de sincérité ce soir-là. Dommage.

fatwhitefamily_850x300C’est ensuite par une heure et demie de DJing de relativement bonne qualité que cette soirée improbable a continué son déroulement, pour ensuite enchaîner sur Stuff., groupe belge lui aussi. Difficile d’obtenir des informations sur eux, je peux seulement vous dire qu’ils sont cinq et qu’ils s’amusent avec batterie, basse, diverses machines et autres pads, ainsi qu’un clavier et une sorte de saxo électrique. Et afin de donner un sens à leur musique, qui s’apparente à l’électro/jazz que peut faire Jaga Jazzist par exemple, le groupe se rassemble au milieu de la scène, chacun pouvant plus ou moins communiquer avec l’autre d’un simple regard. C’est donc dans une ambiance de communion musicale qu’ils démarrent leur set et ce de manière frontale, avec un morceau assez dur à appréhender, surtout lorsqu’on n’a aucune notion de jazz et que l’on ne connait pas le groupe. En effet, si l’on parvient à capter un rythme de batterie, on est vite déboussolés par celui des autres instruments, pas forcément raccord. C’est donc une fois de plus face à une musique un poil trop expérimentale pour moi que je me retrouve et me perds, perturbée par les nombreux breaks qui ne me permettent pas de me laisser aller. Je décide alors de quitter la salle au bout de quelques morceaux, comprenant rapidement que je ne parviendrai pas à rentrer dans le son.

Bref, je repars de là plus que mitigée, peu encline à remettre les pieds dans un endroit où l’accueil certes cordial n’est qu’une facette (on s’est fait virer comme des malpropres dès le concert terminé) et où le rock n’a vraiment pas sa place. Pias, label indépendant ? Alors dirigez-vous vers des endroits qui en valent la peine et qui recevront vos soirées à leur juste valeur.

Merci tout de même à Amandine pour l’accréditation ainsi que le photopass.

Hélène

Crédit photos : Elodion

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