Fat White Family à l’Ancienne Belgique (09/12/2019)

Je n’avais jamais vu Fat White Family sur scène et je savais que c’était ressenti comme inacceptable pour tout amateur de rock indé qui se respecte. Voilà, c’est fait, c’est rattrapé. Compte rendu de drôles de sensations en montagnes russes, pendant quasi une heure et demie.

Mais avant ça, tout commence avec les jeunes flamands de Shht. La salle est réduite par un rideau. La soirée est loin d’être sold-out, le lancement d’un concours hâtif par l’AB le matin même le laissait deviner. Je recule le moment où il faut évoquer la prestation de Shht, tellement je ne sais qu’en dire. Ils avaient tous de belles combinaisons beiges. Sauf un membre qui en avait une fuchsia. Mais comme il était bâillonné par du tape, qu’il n’avait pas d’instrument de musique et qu’il était avachi sur une chaise, ça ne compte pas vraiment. On pouvait penser à Bez des Happy Mondays mais lui au moins bougeait comme un possédé en plus de fournir la drogue au groupe. Le chanteur, tel un gnome hyperkinétique qui aurait oublié sa Rilatine, était très énergique, je me dois aussi de signaler. Et musicalement ? Tous les morceaux veulent ressembler à des hymnes de stade, mais en vain, ils manquent pour ça d’efficacité. Un mélange de genres, cuivres, percus africanisantes, synthés new-wave qui se veut très ouvert mais en fait tout paraît calculé, un peu faussement généreux. Et au final, on a une impression de beaucoup de moyens déployés pour pas grand chose.

À 21h débarque la Fat White Family au grand complet. Certains ont leur bouteille de pinard à la main, d’autres leur Jupiler. Le bassiste boit du Coca de façon un peu honteuse. Ça attaque avec le « Auto-Neutron » tiré du premier album. Très vite Lias Kaci Saoudi se retrouve dans le public. Après moins de cinq minutes, il justifie déjà sa réputation de showman hors-pair. Il remonte sur scène, il pose, il arpente son territoire en équilibre instable. Le groupe, lui, fonctionne, comme on le dit pour des fonctionnaires. Pas d’interactions, chacun joue sa partition, le spectacle est pour Lias. Mais, pour un moment au moins, ce n’est pas grave.

Dès le troisième morceau, ‘Tinfoil Death Stars’, il enlève son tee-shirt. Et le revoilà parti dans la foule. Les mecs de la sécu ont déjà l’air d’en avoir marre de devoir assurer le port du fil de micro de la star. Le roadie présupposé à la réparation régulière du pied de micro semble encore s’en amuser. Le public, globalement, a déjà l’air de s’en foutre un peu. C’est surjoué, artificiel. Dans le fond, Lias n’a pas l’air vraiment plus concerné que nous dès qu’il enlève ses lunettes de soleil. Le bassiste semble même s’emmerder comme un rat mort (quand il aura un morceau de repos, il ira boire son Coca en arrière scène en pouvant enfin lire ses textos). Vocalement, c’est très faible. S’agiter ou chanter, Lias Kaci Saoudi devra certainement choisir à l’avenir.

Puis vient le moment Keith Richards où Saul Adamczewski, le lead guitariste, a droit à son petit moment de gloire, à chanter ses propres chansons. C’est interminable, c’est pathétique. Il est seul, la plupart de ses comparses sont en bord de scène, se penchent sur un truc et se relèvent en se frottant le nez. Vu la mollesse de la demi-heure suivant, il est difficile de croire que c’était de la coke.

Les titres nombreux s’enchaînent (plus d’une vingtaine au total). Quelques fans essaient de reprendre les tubes, mais sans conviction. Maintenant, Lias himself à l’air de bien s’emmerder et sagement reste sur scène.

Puis le miracle se produit sans qu’on ne s’y attende plus. « Feet », issu du récent Serfs Up, réveille tout le monde. Notre bête de scène endormie en redescend. Il veut surfer sur le public mais pas grand monde se présente pour le porter. Première fois que j’assiste au spectacle d’un chanteur assis sur une barrière se penchant en arrière sans susciter de réaction de solidarité immédiate de la part de son public. Et enfin ça marche. Étrangement, sa voix sort mieux quand il a la tête à l’envers.

Ça devient enfin un peu chaotique, un peu rock’n’roll. Ça claque, ça suinte, ça sue. Ça joue plus fort, la Fat White Family assume pendant un petit quart d’heure sa réputation.

Ça se finit sans rappel. En sortant, je me demande si je ne viens pas d’assister à une des plus belles arnaques cyniques vues depuis longtemps. La pose, l’enfilade de clichés remplaçant toute forme de sincérité, d’honnêteté.

Fripouille

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