FCKN BSTRDS aux Ateliers Claus (14/11/2015)

amt_300x666Les Ateliers Claus, glorieux théâtre du Grand n’importe quoi, se paient sa formule prestige criminel apocalyptique avec les FCKN BSTRDS en apothéose d’une intéressante soirée bruitiste organisée en collaboration avec Radio Panik et durant laquelle Bruital Orgasme, Wieman et Kapotte Muziek n’auront pas manqués de charme. Égarement et observations d’un chroniqueur irresponsable dans ce lieu haut en couleur où art trash conceptuel et pictural ne sont pas de vains mots et partouzent allègrement. Faites preuve d’indulgence, c’est la soirée musique cassée.

Soupçonnant malgré l’expérience que nos tympans ont des limites, on sabre dans le programme et loupe Kapotte Muziek qui résumait pourtant le thème de la soirée dans son intitulé. Initiative inutile puisqu’on nous confiera qu’il s’agissait d’un acte peu agressif et même délicat aux sons variés et inattendus. Rien de grave, nos tympans ne sont pas des inconditionnels de la délicatesse et le cadre prévu pour la soirée mérite un petit tour du propriétaire. Passé l’imposante porte rouge on se régale les mirettes tant le maître (ou la maîtresse) de maison a mis du cœur à l’ouvrage pour nous recevoir. Bien sûr, l’encombrant attirail des FCKN BSTRDS repose sur l’estrade comme un tas d’ordures bigarrées ou la promesse d’un ravissement futur mais surtout, il y a des mots et des images partout. Les toilettes, qui sont habituellement l’espace où la spontanéité du public le conduit à s’exprimer lui-même sur les murs, sont éclairées au néon rose afin d’encourager son inspiration (où il y a néon rose, il y a immanquablement volonté d’encourager l’inspiration). Au centre de la salle, la multitude d’effets destinés à l’usage pour le prochain set de Bruital Orgasme est disposée sur une simple table, de fait plutôt large. Dans ce fatras de bidules, câbles, diodes et boutons, on compte deux tourne-disques portatifs Sound Burger et un fabuleux Kaoss Pad (je t’en supplie, papa Noël). À l’étage, mis en sons et lumières, se terrent des étals de disques, de sérigraphies et de bédés plus curieux les uns que les autres. On met à profit les retards accumulés par l’organisation pour enrichir notre inconscient déjà bien tordu en feuilletant quelques recueils de poésie sexuellement glauque et de misanthropie plus que larvée.

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Le vacarme débute enfin dans la salle du bas alors que Bruital Orgasme s’échauffe les doigts sur les boutons de leurs machines malfaisantes. Crissements de métaux rouillés et avalanche de bruit blanc sont au programme, sans oublier les précipitations anarchiques qui évoquent une grêle lapidaire dans les fréquences basses. Des vagues de feedback provenant d’un grand nombre de sources font trembler le sol. Le duo hétérogène pousse le volume graduellement jusqu’à inquiéter les moins coutumiers d’entre nous et maintient ce niveau pour la majeure partie d’un set habilement désordonné.

Ceux que le concert précédent avait malmenés peuvent respirer car après une longue pause, Wieman occupe l’espace sonore. Le duo étale des textures nettement plus lisses et plus fluides et ajoute même un semblant de rythme mais on n’en prend pas ombrage. On peut même se réjouir de cette aération avant l’outrage final qui ne ménagera sûrement personne.

Il est déjà tard quand les bataves FCKN BSTRDS enfilent mollement leurs oripeaux. Les cartons et les emballages divers peints en couleurs criardes sont réellement fascinants et sont observés avec insistance par une audience épatée tandis qu’ils se meuvent sous les stroboscopes.

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La performance se déroule avec pour fond sonore une sorte de machine-à-laver hardcore à un volume propre à faire fuir quiconque possède des oreilles saines ou de ses pleines capacités. Heureusement que sans savoir pourquoi on avait accepté les bouchons mis à notre disposition. Le groupe quant à lui grogne et hurle triomphalement de façon totalement informe son auto-satisfaction amplifiée d’avoir saccagé l’idée de musique et quelques millénaires de relative civilisation. Ces cris hachurent la nuit avec la sauvagerie d’une bande de hooligans au beau milieu d’une montée anormale d’hormones. Le langage corporel des « interprètes » rend le tout très lisible, les bras en équerre levés vers le ciel se suivent, indiquant bien le défi qu’ils lancent à la musique, incapable de se relever après l’affront. Les incessantes projections de déchets plastiques qui envahissent les premiers rangs semblent rendre un hommage vibrant à la décadence d’un monde souillé et périssable. De notre côté, nous sommes comblés au-delà de nos attentes. Proches de l’illumination d’une Helen Keller découvrant le verbe ou plus vraisemblablement de celle de Neron découvrant une ingénieuse manière d’éclairer son jardin tout en réduisant l’effectif de ses esclaves, nous connaissons finalement la résolution de tout ce qui se devait d’être résolu. Gavés de notes savamment agencées depuis nos premières incursions dans les antres à mélomanes, nous appelons de plus en plus de nos vœux le saccage et le débordement. Comme un couple qui a trop duré nous finissons par prendre plaisir à la friction (attention à l’euphémisme) avec nos muses éternelles.

Renard Surprise.