Festival FrancoFaune (04-14/10/2018)

festivalfrancofaune_300x666Festival FrancoFaune, le festival de la biodiversité musicale, comme ils aiment à se présenter, en est déjà à sa cinquième édition. J’y ai vu onze concerts sur la quinzaine proposée. La biodiversité y a été respectée pour le pire et le meilleur. Commençons par le meilleur.

Le coup de cœur : Fièvre

Une femme, une voix, son marimba et quelques effets. Déjà conquis par les deux premiers titres disponibles, je suis emporté dès les premières secondes. Fièvre porte bien son nom, vous laisse dans un état second. Chaud et froid se mélangent, vous n’êtes plus que sensation, vous êtes ailleurs, loin très loin et c’est tellement bon. Après une demi-heure, ça s’arrête déjà et c’est bien court.

La sorcière : Circé Deslandes

La première écoute de « Ta bite » déstabilise, m’intrigue. Je ne sais pas à quel degré prendre la musique synthétique quasiment jusqu’à la parodie, les textes aux obsessions triviales et ésotériques à la fois. À la fin du concert je ne sais toujours pas exactement qu’en penser mais j’ai encore envie de la voir, de la revoir, de tenter de comprendre, de céder pour de bon aux sortilèges.

La grande prêtresse : Brigitte Fontaine

Celle-ci est fort fatiguée, elle se fait vieillissante. Parfois on se sent un peu voyeur de cette déchéance physique. Mais ça ne dure pas, elle nous ramène à la réalité de sa présence. Dans son fauteuil, elle déclame, éructe, toujours il y a son éternelle impertinence, sa poésie surréaliste. Pamphlets libertaires, laïcards, féministes, elle n’a que peu besoin de l’abrasive guitare de Yan Péchin pour continuer à nous livrer toute l’intensité de sa personne.

La bonne surprise : Mélanie Isaac

Celle qui pour moi n’était qu’un vague nom régulièrement entendu, que je n’avais pas pris le temps de vraiment découvrir, va livrer en ce dernier jour de festival une prestation habitée, classieuse. Entre new-wave et chanson française, Mélanie Isaac a bien raison de ne pas vouloir choisir. Compos impeccables, arrangements puissants et subtils mettant en valeur une vraie voix originale, plusieurs fois je pense étrangement à Jo Lemaire (deux, trois albums à réécouter). Si on rajoute une présence magnétique, un sourire sincère et une belle énergie, ça fait un très beau moment de passé.

melanieisaac_850x300Les sentiments mitigés : Mardaga, François Atlas et Pompéi

Pompéi tente l’expérience à tout prix, qu’elle soit dans l’apparence, dans la configuration scénique, dans la musique. Entre bruitisme et électronique, quelques beaux moments émergent, malheureusement noyés dans une mer de folie trop démonstrative pour être honnête et pas mal de prétention.

Mardaga, on l’a connu sous le nom de Jeronimo. Aujourd’hui il officie sous son nom, comme une façon d’affirmer son identité propre. Bruit, fureur; avec son groupe, il joue très fort. On a envie d’aimer, de se laisser prendre par l’audace de proposer ça dans un festival de chanson française. Mais les morceaux peu efficaces et les projections incessantes sur grand écran font qu’au final on a une impression de gâchis de l’idée de brouillon d’un chouette projet.

François Atlas – Je suis rarement convaincu par l’adaptation de la poésie en mode rock/pop. La mise en musique des Fleurs du mal ne fera certainement pas évoluer mon avis. Textes écrits pour être lus, la relecture, la déclamation, leur mise en musique les étouffe souvent et on ne les entend plus. Malgré l’évidente sincérité du projet, l’ennui me prend et me donne seulement envie de me replonger dans l’œuvre littéraire. Et c’est déjà pas si mal.

Les bof : Karin Clercq et Chance 

Deux concerts qui sous des dehors dissemblables renvoient au même sentiment. Tout y est impeccable, les exécutants sont bons, les chansons ne sont pas les pires jamais entendues, les publics ont l’air content, mais moi je reste en dehors, observateur. Je comprends ce qui ne va pas. Les arrangements aux accents rock souffrent de quasi ringardise, les voix sont poussées (surtout pour Karin Clercq), tout est souligné, la subtilité est absente et n’est même pas remplacée par la puissance. Je n’ai pas envie d’en écrire plus. Je ne remets pas l’honnêteté des projets en cause, ce n’est seulement pas ma came, cela ne l’a jamais été.

Pfff, pourquoi ? : Jakbrol et Fanny Bloom

Jakbrol fait du hip-hop qui hésite constamment entre sale et sensible. Beats qui se ressemblent tous, il semble essayer à plusieurs reprises le passage en force en éructant, comme s’il doutait lui-même. Obsession de la fellation, punchlines démago, faussement engagées et déjà dépassées, Jakbrol cumule tous les clichés. Sa prestation prouve si besoin en était qu’il est bien moins évident qu’il n’y paraît de jouer avec les codes.

Je rate le début de la prestation de Fanny Bloom, je suis depuis une minute dans la salle et j’en suis déjà soulagé. Fanny Bloom est québécoise, de ses origines nord-américaines, elle a le désir de faire le show, mais ça ne le fait pas. Rien n’est à la hauteur sinon son énergie surjouée. Les chansons sonnent comme de la mauvaise variété des années 90, la voix est banale, les arrangements et le son sont lourdauds. Consciencieux, je tiens quand même les quatre derniers morceaux.

Fripouille aka Laurent Godichaux