Feu! Chatterton aux Nuits Botanique (29/04/2018)

nuitsbota2018_300x666Quel plaisir de retrouver le beau chapiteau des Nuits Botanique ! Mais cette fois-ci, la 25e édition étant programmée plus tôt dans l’année, c’est sous l’orage que nous allons nous retrouver…

Cela fait un an – déjà ! – que j’ai rejoins l’équipe de CAPDB, et l’année passée, j’attendais Thee Oh Sees avec impatience. Changement d’affiche cette fois, c’est pour Feu! Chatterton que je suis venue. Les bons foodtrucks sont revenus, accompagnés des toilettes sèches (écolos, propres, et gratuites), le restaurant a sorti sa terrasse, et tout ça aurait été plaisant si le ciel ne nous était pas tombé sur la tête.

MortalCombat ouvre la soirée. Le tout nouveau duo saint-gillois, composé de Gérard Laloux (ex BRNS) au clavier et Sarah Riguelle (Italian Boyfriend et propriétaire du café littéraire Parade) au chant, semble jouer pour la première fois et surpris du nombre de spectateurs venus les voir. Le son est assez mauvais : ça bourdonne à l’avant, ça résonne à l’arrière. La boîte à rythme s’active, les notes au synthé rétro commencent, trois accords à la guitare se jouent et la voix mièvre de fille qui joue les frêles apparaît. Le Botanique décrit leur musique comme « fraîche et légère, rappelant Metronomy, Air, et Mikado« . Pour moi, c’est juste vouloir revivre les années 80 made in France sans rien apporter de neuf. Mais les gens ont l’air d’apprécier cette musique niaise, alors je vous laisse faire votre propre avis sur eux.

MortalCombatJe veux m’enfuir du chapiteau mais la drache s’abat sur Bruxelles. Je me réfugie sous les serres mais des gouttes me tombent sur la tête, le Botanique fuit ! Les festivités extérieures sont désertées. Certaines personnes ont même pensé au parapluie. Impressionnant… À l’Orangerie et à la Rotonde, d’autres concerts programmés se jouent en parallèle. Beaucoup de gens aux genres différents circulent. Dans le chapiteau, la moyenne d’âge est plutôt élevée, entre 35 ans et 40 ans, même si des jeunes sont aussi de la partie. Le public est éclectique ce soir !

Calypso Valois entre en scène. Fille d’Elli & Jacno, filleule d’Étienne Daho : souvenez-vous du groupe « punk »-rock français Stinky Toys, de ce « Week-end à Rome » ou encore du fameux « Toi mon toit » où la petite – « A Bailar » – Calypso apparaissait déjà dans le clip. Comment ne pas faire de la musique avec cet entourage ? Accompagnée d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur, la musique est un brin plus intéressante que le premier groupe , mais n’en reste pas plus originale (pardon). C’est de nouveau une redite des eighties en France, avec peut-être un son plus psyché/Spock aux lignes de basses sympas, même si elles sont beaucoup trop fortes et qu’elles transforment le son en une bouillie difficilement audible… La jeune femme au rouge à lèvres vif communique beaucoup avec le public. La France semble être à l’assaut ce soir. Serais-je une des rares fois où je m’ennuie vraiment à un concert ? Retournée dans le fond de la salle, j’entends des gens qui sont ravis que la prestation soit terminée. Devant, le public applaudit tout de même.

Vingt minutes de pause et après un peu de retard le feu s’allume. Vraiment. Les gens sont là pour Feu! Chatterton venus présenter leur nouvel album, L’oiseleur, sorti il y a à peine deux mois, et six ans après leurs premiers balbutiements dans le monde de la musique. « Ginger » retentit et le public accueille à bras ouverts les cinq compères parisiens qui ne cachent pas leur plaisir d’être de nouveau au Botanique, mais cette fois-ci dans le chapiteau complet, et pas dans la Rotonde comme leur première fois dans le plat pays en 2015. Les lumières sont belles, pertinentes, et de grands miroirs pivotant sont posés là pour seul décor. Le ton est donné, les alexandrins romantiques vont nous bercer ce soir, tel un poème de Thomas Chatterton, jeune poète anglais s’étant donné la mort, symbole du génie non reconnu, à qui le groupe rend un bel hommage (comme Serge Gainsbourg à l’époque).

Feu! ChattertonLe charismatique chanteur Arthur, poète et dandy, presque comédien, annonce chaque chanson telle une devinette lyrique. De sa voix rauque et hypnotisante, il nous berce, nous balade, nous raconte des histoires, et les lignes de basses marquantes d’Antoine, les deux guitares mélodieuses et rythmées de Clément et Sébastien ainsi que la batterie claquante de Raphaël nous emmènent loin, très loin. Eux qui se sont connus au lycée font une belle route ensemble, et, signés sur Barclay (Alain Bashung, Jacques Brel, Noir Désir, La Femme…), connaissent un succès phénoménal et touchent un public de plus en plus large. Chaque titre a son monde, tantôt tragique (« Côte Concorde »), tantôt nostalgique (« Zone libre »), tantôt gai (« Boeing »), tantôt énergique (« La Malinche »), pour un voyage onirique inoubliable. Il y a un beau mélange de leur discographie, de leur premier album Ici, le jour (a tout enseveli) jusqu’au déjà classique Piégeur d’oiseaux. Les influences ressenties sont nombreuses et créent un melting-pot surréaliste : du jazz au rock psyché, en passant par l’électro ou par le rap… Le groupe rit, prend son pied, tout autant que le public, conquis par la belle alchimie créée ce soir. L’échange est beau, comme « l’amour… physique », plaisante Arthur. Tout le monde est en forme, dansant, sautillant, chantant déjà les nouveaux titres au mot près. Le public, conquis, offre au quintet français une ovation finale à n’en plus finir, qui le lui rendra par deux puissants rappels.

La pluie a cessé avec le Feu! qui est passé et qui a balayé les dernières heures d’un geste. Il est alors temps de redescendre sur le sol humide que nous a laissé l’orage, de se remémorer ces moments délicieux et de recommencer à attendre impatiemment la prochaine fois – à savoir le 19 janvier 2019 à l’Ancienne Belgique.

Article & photos : Claire B. (Shasta Ulrich)

Setlist (non exhaustive et probablement désordonnée) :

Ginger // L’oiseau // Côte Concorde // Zone libre // L’ivresse // Ophélie // Boeing // À l’aube //  La mort dans la Pinède // Boeing // Souvenir // Porte Z // La Malinche // Sari d’Orcino

 

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