FIFF de Namur 2018

fiff2018_300x666Indécrottable bruxellois, il me faut un événement pour me faire quitter la capitale. Le FIFF (Festival International du Film Francophone) parvient à cet exploit depuis des années. Pour cette édition il a été décidé qu’en plus je vous ferais un petit compte-rendu de ce picorage à travers le cinéma francophone.

En ouverture était présenté l’attendu Nos batailles deuxième long métrage après Keeper du réalisateur franco-belge Guillaume Senez. Celui-ci continue comme il le faisait déjà dans ses précédents films (courts et longs confondus) à explorer la paternité sous toutes ses coutures. Quand sa femme Laura (Lucie Debay) disparaît sans crier gare en le laissant seul avec ses deux enfants, Olivier (Romain Duris) se trouve dans l’obligation de reconsidérer son rôle, d’adapter sa vie pour, tant bien que mal, combler les vides laissés par l’absente. S’il est d’abord complètement dépassé et qu’en filigrane on comprend à quel point il avait abandonné la plupart des tâches ménagères à sa femme, petit à petit, il va apprendre à se remettre en question. Bien plus fouillé que dans Keeper, la plupart des personnages de Nos batailles ont une véritable existence. Le jeu des acteurs est parfait, on rentre dans les batailles d’Olivier et on se laisse porter par l’énergie de l’ensemble.

Le jeu de Fred Cavayé narre l’histoire de quelques amis qui laissent leur téléphone portable en mode public pendant un souper on ne peut plus parisien. De petites trahisons en grands secrets, toutes les amitiés, chaque couple, vont voler en éclat. On ne s’ennuie pas, [attention spoiler] mais à la fin on se rend compte que tout ça est un rêve, ultime supercherie du scénario. Et comme la plupart des rêves, on a vite fait de les oublier [fin du spoiler]. Entre-soi, parisianniste jusqu’au bout de la distribution et des décors, ce film semble être l’exemple type que les détracteurs du cinéma français aiment à moquer.

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Braquer Poitiers de Claude Schmitz

Braquer Poitiers de Claude Schmitz est pour moi le véritable objet filmique non identifié. J’y vais sans savoir grand-chose. Deux braqueurs bras cassés sont rencardés pour séquestrer un patron de car-wash de la région de Poitiers afin de lui voler ses recettes quotidiennes. On comprend rapidement que ça se fait sans trop de peines tant l’otage est coopératif. Enfin, quelque chose le sort de son train train quotidien. Puis ça lui permet aussi de donner des leçons de vie ou de potager, ce qui est presque la même chose. La frontière entre le docu et la fiction est floue, il ne se passe pas grand chose. Et pourtant, cinématographiquement, de beaux moments surgissent, on ne sait même pas trop comment. Peut-être par la grâce d’une vraie liberté de ton, par l’idée d’un scénario ténu qui laisse tout l’été s’engouffrer dans le film.

On continue le marathon avec Escapada, le premier long métrage de Sarah Hirtt, jeune réalisatrice belge dont le court métrage En attendant le dégel avait été à juste titre fort remarqué. Comme dans ce court métrage, Sarah Hirtt questionne la tradition de l’héritage, qu’il soit pécuniaire ou sentimental. Deux frères et une sœur, en héritant d’une maison familiale en Espagne, se trouvent confrontés à eux-mêmes mais aussi à l’interrogation presque politique de la légitimité de la pratique. Si le film pêche quelquefois par maladresse, une belle osmose se dégage, et une chance est donnée à chaque personnage d’exister dans ses contradictions.

Sofia de Meryem Benm'Barek

Sofia de Meryem Benm’Barek

On enchaîne avec Sofia, l’histoire d’une jeune marocaine qui, suite à un déni de grossesse, va être entraînée dans un parcours de combattante pour essayer de retrouver dignité et avenir. Si quelques faiblesses dans le jeu sont à regretter, le film de Meryem Benm’Barek est néanmoins essentiel parce qu’avec un scénario très solide, il donne à voir un état actuel et nuancé de la condition de la femme au Maroc. La réalisation magnifie le pays et ses habitants sans tomber dans un exotisme de cliché destiné à un public occidental.

Pupille, deuxième long métrage de Jeanne Herry, est un autre parcours de combattante de femme. Alice (Élodie Bouchez), 41 ans, veut devenir mère plus que tout au monde. Comme son corps le lui refuse, elle a depuis des années entrepris des démarches en vue d’une adoption. Mais de déconvenues en déceptions, ses espérances ont dû être revues à la baisse. Encadrantes des services sociaux, femme désirant accoucher sous x, homme dévoué dans l’accueil, aucun personnage n’est méjugé. Et malgré la difficulté des sujets abordés et des situations vécues, une vraie fraîcheur et un optimisme final confèrent au film une véritable originalité.

Je finis cette avant dernière journée avec The Mercy Of The Jungle, film belgo rwandais de Joel Karekezi. Deux soldats sont perdus dans la jungle du Kivu. Moi, je suis perdu dans le film. Fatigue de trop de séances ou film trop confus, trop touffu, j’hésite. Je ne parviens pas en tout cas à en retirer grand chose.

Reposé, je peux aborder le dernier jour du festival.

Et ça ne commence pas très bien. Seule à mon mariage de Marta Bergman narre les aventures de Pamela, une jeune rom venue chercher un avenir meilleur en Belgique auprès d’un homme plus âgé rencontré via Internet. Il est certainement de bonne volonté mais rapidement (enfin, pas tant que ça, rien n’est rapide dans ce film), elle déchante pourtant. Elle se rend compte qu’elle ne pourra jamais être heureuse avec lui. Alors pendant deux heures, deux longues heures, le film se traîne presque sans aucune péripétie. L’intéressante problématique n’est finalement abordée que très superficiellement, aucun personnage ne suscite de véritable empathie et l’ennui nous gagne.

Charlotte a du fun de Sophie Lorain

Charlotte a du fun de Sophie Lorain

Dans l’incapacité d’assister à la clôture, mon dernier film sera Charlotte a du fun. Le FIFF est souvent l’occasion de voir le meilleur du cinéma québécois. Certainement parce que la langue est différente et identique à la fois, j’aime les comédies du pays des caribous que je trouve souvent très réussies. Le film de Sophie Lorain ne va pas vraiment démentir mon préjugé favorable. Charlotte, 17 ans, est engagée avec deux amies au Jouets Dépôts pour « une » job d’étudiante. Afin de se remettre d’une peine de cœur, elle va tenter de se libérer de sa dépendance affective par une grande liberté sexuelle. Mais naïve et fraîche, elle n’est pas prête à assumer les conséquences de ses revendications de liberté égale à celle des garçons avec qui elle couche. D’initiatives loufoques en jeux de séduction typiquement adolescents, le film aborde les difficultés de cet âge avec légèreté et tendresse malgré la trivialité revendiquée de nombre de situations. Dans un final entre Hollywood et Bollywood, la crise passée, le chemin initiatique parcouru, Charlotte et ses ami.e.s vont peut-être pouvoir entrer dans l’âge adulte. Reste un regret de spectateur à voir comme la fin rentre déjà chacun des protagonistes dans des cases et que la seule façon envisagée d’être heureux paraît être le couple le plus traditionnel voire réactionnaire qui soit.

En conclusion, comme pour chaque festival, il faut picorer au gré des sections, se laisser emporter par la surprise, éviter les plus gros films qui sortiront de toute façon dans le réseau classique et essayer de voir quelques cinématographies différentes.

Laurent Godichaux

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