Girl Band au Botanique (20/10/2015)

Girl-Band2On s’est mis sur la gueule au Bota devant du garage-punk entouré de vieux statiques. Y avait pas trop de smartphones ni de sales types, excepté nous et les Girl Band. En intro, les peys de The K. ont raconté du grunge. Une chose est sûre, le turfu, c’était mieux avant.

Qui va voir un concert le mardi soir ? Sérieux, le lendemain, il faut bosser, faire des photocopies et envoyer ce putain de dossier ultra-urgent. Non, je déconne. Mardi, c’est parfait. Y avait les Girl Band qui criaient des trucs incompréhensibles au travers des enceintes franchement bien calibrées de la Rotonde, précédé par les K., des belgos apparemment. Les K., je leur ai préféré la Westmalle. Leur rock exhalait un parfum de violence qui n’était pas pour me déplaire mais ça manquait de perversité. Les Girl Band, par contre, donnaient envie de se coincer la tête dans une portière de camionnette pour se frapper avec amour.

On ne s’est pas privés.

Pour animer le public moite, incapable de tirer leurs grosses mains pleines de doigts de leurs sales poches pleines de mégots de vieilles clopes, les irlandingues ont braillé. Des incantations macabres et des incitations à la déglingue, il me semble. Rien de politiquement correct. Le public étant figé comme les statues de l’île de Pâques, nous avons entrepris de l’énerver. Après s’être concerté autour d’un white board dans la salle de réu, le conseil d’administration a opté pour le pogo. Les démarches sélectionnées par un parterre de punks aux cheveux bizarres consistaient à exécuter des figures artistiques sous la forme de coups de hanches et d’épaules.

Ça n’a pas plu à tout le monde.

Certains grisonnants, sans doute des auditeurs de Classic 21, étaient venus voir du noise-rock en mode popcorn. Il ne leur manquait qu’une bavette et une nappe à carreaux pour prendre leur pique-nique. L’un deux s’est même aventurer à nous lâcher un « faut chercher ta maman pour nettoyer ta morve ». D’abord, je mets mes doigts où je veux et c’est souvent dans mon nez. Ensuite, c’était très drôle mais je doute que ma mère apprécie la noise. Les guitares gémissent trop, la batterie claque plus fort qu’une ménagère portugaise devant mon tapis, le blondinet raconte des histoires de cadavres sous la maison avec la verve d’un syndicaliste et puis y a la basse de Daniel Fox. Elle sature, elle satire et elle s’attire des sutures sous toutes les coutures.

Girl-band

Quand les Girl Band ont repris l’excellent « Why They Hide Their Bodies Under My Garage », l’esprit du pogo s’est enfin bousculé. La salle a résonné de quelques cris et applaudissements. Faut dire que ce morceau secoue. À la base composé par le technicien Blawan, ce titre mord le temps avec la dangereuse minutie du psychopathe. L’originale nous offre une voix maladive et métallique dans un environnement morbide et glacé. La bande de Dublin ne lui a pas manqué de respect. Elle lui a juste insufflé plus de reverb et a accéléré le processus de décomposition mentale qui nous mène au tombeau. Un vieux pey en a profité pour balancer sa bière sur mon associé.

Le punk nouveau était arrivé.

Pour la suite, mes souvenirs s’étiolent. La musique était stridente, décadente et intense. Intense car chaque morceau était très court. À chaque coup, les riffs ensanglantés de Alan Dugan sonnaient comme le râle mécanique d’un clown en basket et les hurlements de Dara Kiely t’enfonçaient le coton-tige jusqu’au palpitant. Si Adam Faulkner n’a aucun rapport avec l’auteur des Larrons, j’ai trouvé criminel de frapper cette pauvre batterie avec autant de hargne. Même si ça a valu la peine. Nos irlandouilles nous ont récité tout Holding Hands With Jamie, avec des traces boueuses du gabarit de « De Bom Bom ». Le concert était magistral. À l’image du poing que tu reçois dans ta gueule quand tu rentres dans un bar dublinois pour commander une London Pride.

Go20

P.S. : Girl Band, c’est que des mecs.

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