Girl et L’amour flou (2018)

Cette semaine deux films pour le prix d’un. Pas de tentative désespérée de les lier, même mon esprit tordu n’y est pas arrivé. Le fait de songer à un futur à réinventer étant certainement leur seule direction commune.

girl_300x666Abordons d’abord Girl, premier long métrage du réalisateur belge Lukas Dhont. Ultra récompensé à Cannes, buzz de la rentrée en Belgique mais aussi en France, c’est un euphémisme de dire que le film était plus qu’attendu.

Lara (extraordinaire et magnétique Victor Polster), quinze ans, bientôt seize, est née d’un genre biologique qu’elle ne ressent pas comme étant le sien. Son entourage la soutient entièrement dans son désir de changement. Elle est acceptée dans une école de danse de haut niveau. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais, l’adolescence, âge compliqué s’il en est, constitue également un des points d’ancrage du film de Dhont. Progressivement, Lara, toute à son impatience, perd pied. Son entourage familial, médical, amical essaie de la soutenir mais rien n’y fait : toujours elle s’échappe vers un ailleurs anticipé, fantasmé. Au plus près d’elle, de ses souffrances, des supplices qu’elle inflige à son corps, on est avec elle. On partage son malaise de plus en plus visible, de plus en plus effrayant. Parfois, on se sent même enfermé dans un rôle de voyeur. Mais, on ne peut, on ne veut pas s’en échapper.

Réflexion sur le genre, mais avant tout portrait d’une adolescente, Girl ne déçoit pas et est surement moins simple à digérer que prévu.

lamourflou_300x666Bien plus léger, L’amour flou, premier film de Romane Bohringer et Philippe Rebbot, est une des très agréables surprises de cette rentrée cinématographique. Entre documentaire et fiction, le film ne semble jamais vouloir choisir son camp. Ça aurait pu être dommageable, mais porté par une énergie et une sincérité à toute épreuve il s’agit tout au contraire d’une force.

Chronique d’une rupture entre Romane Bohringer et Philippe Rebbot, qui, comme la plupart des protagonistes, jouent leurs propres rôles, soit tous les ingrédients réunis pour faire un film nombriliste, parisianniste (par principe, je n’utilise jamais le mot bobo).

Drôle, touchant mais aussi piquant le portrait d’un certain milieu d’artistes de gauche de l’entre-deux (ni stars, ni inconnus) est parmi les plus justes qu’il nous ait été donné de voir. Les contradictions des personnages entre utopies et réalités sont aperçues sans aucune complaisance mais avec une grande tendresse.

L’utopie est souvent une vision trop avant-gardiste de l’avenir. Une séquence hilarante avec Clémentine Autain, députée Insoumise, est l’occasion de faire passer la solution individuelle trouvée par le couple pour résoudre un problème familial vers une perspective de devenir pour les crises du logement des grandes villes. Réflexion aussi sur la famille, le couple et sa réinvention, L’amour flou est aussi un réjouissant pied de nez aux courants réactionnaires (Manif pour tous notamment) qui ont agité la France de ces dernières années.

En élargissant en touches subtiles et humoristiques le couple flou Rebbot/Bohringer évite tous les pièges de l’entre-soi pour donner un film finalement assez engagé sociologiquement et politiquement.

Laurent Godichaux

Girl de Lukas Dhont avec Viktor Polster, Arieh Worthalter,…

L’amour flou de Romane Bohringer et Phlippe Rebbot avec Philippe Rebbot, Romane Bohringer et toutes leurs familles et leurs potes.