Grand entretien avec The Young Gods

dataNeuf ans entre deux albums, et pourtant vous n’avez pas chômé. Vous pouvez nous dire rapidement quels ont été vos projets avant de travailler sur Data Mirage Tangram ?

Franz Treichler (voix, guitare, samplers) : C’est en 2012 qu’on a contacté Cesare, parce qu’à cette époque Al Comet revenait d’Inde et il n’était pas absolument sûr de vouloir continuer. C’était une bonne excuse parce qu’on avait accepté de faire le vernissage d’un livre sur les années 80, un gros ouvrage qui sortait en Suisse, pour lequel l’éditeur avait préparé trois événements dans trois grandes villes suisses, et quand on lui a annoncé qu’on n’était pas capable de le faire parce qu’on n’était plus que deux, il nous a dit un truc très drôle : « Vous êtes le seul groupe qui est encore vivant de cette époque, c’est pas possible !« . On était toujours en contact avec Cesare, on lui a dit : « Écoute Cesare, on aimerait bien faire ça avec toi, vu que c’est les années 80, c’est le répertoire des albums que tu as co-composés, est-ce que tu serais d’accord ?« . Nous l’avons donc rapatrié dans le groupe pour une expérience qui devait être temporaire, six concerts fin 2012. Nous avons aussi réédité le premier album pour l’occasion. Quelques mois plus tard, Cesare nous a recontacté, nous proposant de remettre ça fin 2013. L’expérience avec lui a donc continué et c’était clair qu’avec Al Comet, ça s’arrêtait.

C’est une suite d’événements un peu chanceuse. À partir de 2015, nous nous sommes dit que pour que le groupe continue, il fallait faire de la nouvelle musique. Nous avons alors accepté un projet de résidence dans un tout petit club où nous avons fait un laboratoire de nouvelles idées sur scène pendant cinq soirées devant quatre-vingt personnes. Nous n’avons pas appelé ça Young Gods, pour éviter les attentes du public par rapport à notre répertoire, et compte tenu du fait qu’on jammait devant eux, en gros. C’est là qu’a commencé le processus pour le nouvel album. En 2016, nous avons fait une incartade en collaborant avec un groupe brésilien, Naçao Zumbi – nation de zombies – pour jouer au Brésil et en Suisse. Nous avons réalisé une fusion des deux groupes, une amitié suisso-brésilienne en quelque sorte.

Nous n’avons pas chômé, mais nous avons aussi pris le temps de développer cet album, parce que nous ne savions pas trop où nous allions. Ça a quand même pris trois ans avant d’arriver à terme. Il n’y a jamais eu un aussi grand laps de temps mais c’est vrai qu’à un moment donné on ne savait pas trop si le groupe allait continuer ou pas. C’est donc plutôt une bonne nouvelle.

Bernard (batterie, samplers) : Il y a eu cet enchaînement de circonstances, qui a fait que la manière dont on a travaillé sur l’album était nouvelle pour nous, ce qui nous a pris du temps à apprivoiser.

Déjà vous étiez en quatuor pour Everybody Knows avec Vincent Hanni, puis vous êtes retournés en trio avec Cesare Pizzi qui remplace Al Comet. Cesare, comment ça c’est passé pour vous pour retourner dans le travail ? Est-ce que pour rejouer le premier album éponyme et L’eau rouge vous avez repris une partie du travail fait à l’époque ? Et comment s’est déroulé le travail pour l’album actuel, avec les moyens actuels ?

Cesare Pizzi (claviers, sampler) : Déjà pour la tournée de L’eau rouge j’ai créé un nouveau système. Ce sont des choses que j’aime beaucoup, je n’ai pas beaucoup de mérite, étant informaticien ! Dès le départ, je me suis dit qu’il fallait que j’arrive à créer quelque chose avec un seul ordinateur et un clavier, sans machine externe, sans rien, que ça soit super mobile. C’est lors de la résidence au Cully Jazz que je me suis posé la question de l’improvisation avec l’électronique. Ça paraît simple mais quand tu improvises avec des samplers selon la méthode des Young Gods, on choisit des sons, c’est pas un Rhodes logiciel, ce sont des palettes sonores qui vont permettre une improvisation entre nous. Et là j’ai créé un autre système qu’on utilise maintenant.

Votre discographie est à la fois parsemée de ruptures mais aussi de continuité. Les sources d’inspiration se renouvellent, mais l’esthétique sonore aussi, notamment dans l’utilisation que vous faites de l’échantillonnage, où vous allez chercher de la matière non musicale pour la rapatrier dans le travail de composition d’une chanson, ou alors une matière musicale étrangère aux canons du rock, que vous détournez (par exemple, les samples d’orchestre). Ici, vu que vous êtes partis d’improvisations jouées, quelle est la relation entre ce travail sur le son et celui de la composition ?

Franz : Les deux s’entremêlent. C’est la matière proprement dite, le son qui déclenche chez moi le truc créatif. Ça part toujours de ça, même si c’est une nappe sonore, c’est elle qui va créer cette atmosphère, me donner l’envie de chanter d’une telle manière. Quand on parle d’improvisation, ça ne veut pas dire qu’on part de zéro. Nous avions tous dans nos sacoches des trucs que nous avions préparés. Nous avions anticipé des sessions numérotées : par exemple on prenait la voix du quatre avec le son du trois, nous prenions des notes à la réécoute, pour associer tel groove à tel son de basse qui était super. Vu que nous avions fait cela sur cinq soirées de trois sets d’une heure, nous avons rapidement vu une évolution. Nous n’étions pas dans la démarche de prendre une guitare et voir ce que ça donne. Parfois je prenais la guitare mais Bernard et Cesare avaient peut-être une rythmique en tête, c’était variable.

C’est après-coup, avec un peu de distance, qu’en réécoutant nous repérions les parties intéressantes et que nous avons commencé à recadrer. Mais c’est toujours un élément sonore qui a donné la première impulsion.

Bernard : Jamais personne n’est venu avec une suite d’accord ou une mélodie en disant « Hey j’ai une idée !« . C’est plutôt « Écoutez ce son !« .

Ou la rythmique ?

Bernard : Ou la rythmique contenue dans le son, qui allait devenir par extension la rythmique du morceau.

Franz : Même un loop, si tu veux, peut te suggérer, tu peux le découper dans le temps, qui va te donner une idée de rythmique. C’est même arrivé que Bernard et Cesare jouent à des tempi différents, dans des subdivisions, sans s’en rendre compte. Cesare avait une espèce de boucle qui tournait sur six temps, Bernard la prenait à quatre, ce qui créait de la polyrythmie.

Bernard : Ce sont des choses qui se pratiquent couramment mais en improvisation peut-être un peu moins. C’était assez étrange.

Cesare : On ne s’en est aperçu pour Entre en matière qu’au moment de l’enregistrement, lorsque Bernard m’a demandé de lui mettre le métronome. Sur ce morceau, c’est moi qui tiens la rythmique même s’il commence avant, et nous nous sommes rendus compte que nous jouions sur des tempi différents.

Bernard : On parlait de la même chose, mais pas dans le même langage, c’était vraiment étrange. C’est ce qui arrive en improvisation, il n’y a pas de concertation, il n’y a pas d’intellectualisation sur la grille rythmique etc. C’est juste arrivé ! (rires)

theyounggodss_850x300C’est cela qui est intéressant, Data Mirage Tangram a quelque chose de beaucoup plus délié que les précédents, au sens où l’on sent que des instruments ont été joués sans repasser par l’échantillonnage ou les manipulations diverses. Cela m’a frappé dans le concert de dimanche, notamment pour « All My Skin Standing », où la polyrythmie était très nette entre le jeu de la batterie et l’électronique qui se met dedans. Le jeu de guitare appuyait également cette dimension, toujours dans un écrin sonore qui vient mettre les instruments et leurs relations ailleurs que dans le spectacle d’un groupe qui joue sur scène.

Franz : Moi je n’avais jamais joué autant de guitare avant. C’était plutôt anecdotique ou dans des moments précis, mais c’est vrai qu’on était auparavant dans une formation moins organique, plus tranchante, à savoir où on va exactement. Ici, avec les circonstances, on a eu envie de se faire un peu peur, de changer. Quand le sampler est arrivé, j’ai posé la guitare parce que ça m’a permis de sortir des formules et du cadre d’un manche de guitare où tu te retrouves finalement toujours avec la nécessité d’un La à 440Hz, tu fais des accords de Mi etc.

Quand tu travailles sur le son, tu balaies, tu fais table rase, tu t’en fous de savoir dans quelle tonalité tu es. Au final, c’est la qualité même du son qui va te donner la tonalité. On s’est parfois retrouvé à complètement dépasser le cadre occidental du La 440Hz, si je voulais jouer de l’harmonica dessus, ça ne marchait pas ! C’est passionnant, tu oublies tout ça… Moi j’ai une formation de guitare à la base, et maintenant j’y reviens, ça me donne d’autres possibilités et j’ai toujours aimé cet instrument.

Bernard : C’est aussi la formule de l’improvisation qui fait que Franz ne se sentait pas d’être « chanteur-improvisateur » toute la soirée. Il est revenu à la guitare aussi pour proposer du son, et pas que des paroles et du vocal. Vu que du coup la guitare s’était intégrée dans le son d’origine, c’est resté dans l’univers sonore de l’album. Quant à la fluidité, c’est sans doute aussi parce que nous avons voulu garder quelque chose de l’esprit de ces cessions, sans trop en faire des formatages, parce que la magie venait du fait que les morceaux se déployaient, ce que nous n’avons pas voulu couper.

Le titre de l’album Data Mirage Tangram m’évoque beaucoup de choses. Le mirage des données suggère un flou, un questionnement de ce qui est réel ou ne l’est pas. Quant au Tangram, ce jeu oriental où avec des pièces de forme donnée on crée des centaines de figures différentes, il m’a évoqué des concepts comme le corps sans organes chez Antonin Artaud, les devenirs chez Deleuze et Guattari ou le point d’assemblage chez Carlos Castaneda. À chaque fois, une idée similaire de la réorganisation des parties pour créer une réalité ou une perception différente, une déstructuration, une déformation… Cela rejoint une idée que je trouve sous-jacente dans toute votre discographie, selon laquelle la stabilité compte moins que le mouvement, les détours sont plus intéressants que les lignes droites.

Cesare : (rires) Bravo, c’est bien ça, oui !

Franz : (rires) En fait, la stabilité c’est un état qui n’existe pas, finalement. On pense qu’on ne bouge pas, mais on est encore en mouvement, il y a le sang qui circule etc. Ce qui est intéressant avec le Tangram, c’est que c’est un jeu à la base, tu peux être créatif, mais c’est aussi un casse-tête. Quand tu dois remettre les pièces en carré, ça ne marche pas toujours.

Quant à ta comparaison, la référence à Castaneda me touche, le point d’assemblage etc. L’association des trois mots, c’est aussi pour rappeler que c’est finalement un jeu. C’est comment toi tu vois la chose qui fais que tu vas y trouver quelque chose de créatif, ou un casse-tête. On est dans une période où tout est recensé, archivé, data-ifié, et effectivement, il y a beaucoup de gens dans la communauté scientifique qui mettent en garde sur le fait que nous n’avons pas des références exactes : il y a tellement de données que les algorithmes sont en train d’entrer en collision entre eux, ce qui donne un chaos dont personne n’ose trop parler. Beaucoup de nos décisions journalières reposent sur ces algorithmes, dans la recherche d’un appartement etc. Tout le monde les utilise comme si c’étaient des références ultimes, nos personnalités électroniques sont identifiables et fournissent les informations pour valider l’ouverture d’un compte en banque ou l’octroi d’une location. En Suisse, tout le monde google tout le monde, c’est en train de partir en sucette et personne n’ose en parler. Tout ça c’est le Data Mirage, et le mot Tangram vient un peu le compléter ! (rires)

Bernard : Le mettre en perspective !

Franz : Et finalement notre musique est aussi digitalisée, elle finit en 0 et en 1. Tu passes des heures à tout enregistrer et puis tu envoies le tout dans le cyberspace en Italie, ça part en particules pour être masterisé, puis ça revient !

Cette notion de jeu est intéressante. Vous avez souvent été associés au rock industriel, une enveloppe un peu fourre-tout qui a ses limites, et la différence d’approche est flagrante par rapport à un groupe comme Nine Inch Nails, qui parle beaucoup de l’angoisse d’aliénation face au capitalisme et aux machines déshumanisantes. Au-delà de la violence sonore, il y a chez vous quelque chose d’apaisé, dans votre rapport à tout cela : il y a cette notion de jeu, il y a de l’humour,…

Franz : Oui, de notre côté, on croit qu’on peut faire un deal avec la machine. On est plutôt des utopistes que des dystopistes, dans le sens où on peut faire quelque chose d’organique ensemble. On ne va pas y couper, on n’a pas le choix, on doit arriver à ça. Vu la tournure de ce qu’on est en train de faire… Nous avons une vision positive : la musique a un aspect violent, on est d’accord, mais elle n’est pas agressive. Une violence, ça peut te donner une énergie positive, te botter les fesses, là où l’agressivité va t’assommer. Il y a un peu l’envie de passer non pas ce message, mais cette énergie, c’est très présent sur le dernier album. Il a beaucoup plus de douceur, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de la colère, mais nous la faisons passer d’une autre manière.

Je voulais aborder le rapport aux mots, c’est le domaine réservé de Franz. En lisant les crédits de Data Mirage Tangram, j’ai vu que Jeremy Narby et Martin Jacklin étaient désignés comme « word synergists », et vous aviez déjà travaillé avec Jeremy Narby, l’auteur du Serpent sosmique auparavant.

Franz : Nous avons fait l’Amazonia Ambient Project avec Jeremy Narby, où il était au micro et parlait de ses aventures anthropologiques, et nous faisions l’environnement sonore. On appelait ça les conférences soniques. Sur l’album, Jeremy m’aide par rapport à mon anglais, vu qu’il est parfaitement bilingue. Quand j’écris un texte en anglais, j’ai besoin de l’avis d’un anglophone, et Jeremy et Martin sont mes deux consultants. Par exemple, dans le morceau « À ciel ouvert » du premier album, tu ne peux pas traduire littéralement « casse le vent » par « break the wind », on va se dire que le mec est en train de péter ! (rires) Je présente mes textes en anglais à Jeremy depuis que je le connais et il me guide pour trouver les meilleures formulations. Les doubles sens sont beaucoup plus faciles pour moi en français, vu que c’est ma langue maternelle.

theyounggodsss_850x300Bernard disait tout à l’heure que dans vos sessions d’improvisations, c’était bénéfique pour vous Franz d’avoir la guitare en plus du chant. Ce que je trouve assez unique dans votre travail, c’est que les mots sont parfois placés comme des samples, lancés comme des flèches dans une musique très construite, ce qui m’évoque une approche plus poétique que narrative du texte.

Franz : Je suis tout à fait d’accord. Pour moi, trouver le bon placement d’une voix dans une musique est ce qu’il y a de plus difficile, ça prend vite le devant. Un mot, si tu le déclames ou le susurres, il prend une importance différente. J’avais besoin d’un instrument aussi, pour éviter de trop s’arrêter sur scène et de devoir chercher trop loin, ce n’est pas possible de faire cela pendant des séances d’impro de trois heures. Personnellement, je trouve ça chiant aussi quand tu as le chanteur qui prend toujours le micro et ne laisse plus de place pour la musique (rires) ! Avoir la guitare et un sampler me mettait beaucoup plus à l’aise. Let the music do the talking !

Et le passage de l’anglais au français relève-t-il d’un choix ou est-il influencé par la matière sonore ?

Franz : C’est un peu les deux. Le français est plus lourd, en tant que francophone on comprend les mots, il y a aussi cette tradition de sens. Alors qu’avec l’anglais, on évite cela, on a écouté des centaines de musiques sans prendre les textes et ça passait très bien, on n’avait pas besoin de les comprendre. À la limite quand on les comprenait, c’était moins bien, la chanson était moins intéressante ! L’anglais a une sonorité beaucoup plus libre. J’ai une méthode très simple : les idées me viennent souvent dans des états de réceptivité où je prends beaucoup de notes dans mes petits carnets que je trimballe avec moi. Parfois c’est en anglais parce que c’est inspiré d’un film, ça peut venir d’un bouquin, d’un dialogue,… Je prends des bribes. Au moment du travail d’écriture pour le groupe, je reprends les carnets et parfois je ne comprends plus ce que j’ai écrit, c’est sorti de son contexte, mais il y a un aspect collage et c’est comme ça que j’arrive à créer quelque chose de plus poétique.

Justement, il y a quelque chose qui m’a frappé il y a deux jours : les premières paroles d’ »Everythem » « Those two monkies on the land » m’ont rappelé les paroles d’ »Everythere » « Those monkies getting high« . Les singes sont revenus ! Les morceaux sont très différents, l’un clôture l’album et est très doux, l’autre a été écrit il y a douze ans pour l’album Super Ready Fragmenté et est très électrique. Quel est le lien ?

Franz : En ce qui me concerne, c’est plutôt par rapport au couple. C’est l’apaisement, dix ans plus tard dans une relation, quand tu commences à accepter… Même un couple doit évoluer, les personnalités changent et on apprend comment gérer cela. Donc pour moi, l’explication des deux singes, c’est par rapport au couple, sans être aussi explicite dans le morceau. C’est personnel, par exemple Bernard a vu dans les deux singes qui marchent des choses que j’ai trouvées très belles.

Bernard : Quand j’ai reçu le mix final, ça m’a fait un flash, il faudrait que je me renseigne plus pour préciser les périodes, mais j’ai vu dans un musée d’histoire à Genève les traces conservées de deux hominidés qui marchaient côte à côte à proximité d’un volcan qui était entré en éruption. Un artiste avait fait dans le musée une représentation de ce que ça aurait pu donner, et l’on pouvait voir les deux singes avec le volcan au loin. « Those two monkies on the land, those two monkies hand in hand« , cela m’a évoqué cette image.

La structure du morceau « Everythem » se désagrège peu à peu, d’une façon très belle, avec ces sons percussifs et inharmoniques…

Franz : C’est un peu comme un volcan à un moment donné !

Bernard : Il y a de ça, oui, ce ne sont pas juste les paroles, c’est aussi la musique qui m’a replongé dans cette image.

L’image est touchante. Castaneda parle du chemin qui a du cœur, il y a cela dans votre musique, avec l’apaisement dont nous avons parlé tout à l’heure. La façon dont ce morceau se termine, avec un travail sonore qui mène à un ailleurs de la musique, un élargissement de la perception, les sons qui se désagrègent : il reste des grains de sable, à l’auditeur de prendre la suite…

Mais revenons au concret du disque. J’ai été agréablement surpris de constater que cette fois c’était Alan Moulder qui avait mixé l’album. Il est assez connu pour travailler sur la densité et l’espace (Nine Inch Nails, My Bloody Valentine, The Smashing Pumpkins), qu’est-ce qui vous a poussé à travailler avec lui ?

Franz : Justement, c’est ça, la densité et l’espace ! (rires) C’est un coup de cœur aussi. Moi je le connais depuis le début des années 90. J’étais déjà à New York, lui il y débarquait en tant que jeune ingénieur, et depuis il a fait toute cette carrière que l’on connaît, mais nous n’avions jamais travaillé ensemble. Nous avons une relation très forte avec Roli Mosimann aussi, qui a fait le son des Young Gods du début, mais là nous voulions définir notre nouveau son et tenter de casser une formule et prendre des risques, ce qui est beaucoup dire vu qu’avec Moulder on ne prend pas vraiment des risques. Mais il fallait voir si ça lui parlait… Nous avions été au bout de ce que nous pouvions faire en produisant une démo très élaborée, nous n’étions pas capables d’aller plus loin dans une dimension plus professionnelle du mixage. Nous la lui avons envoyée et il a été très enthousiaste !

Le concert d’hier au Botanique était formidable ! (NDLR : live report à lire ici même)

Franz : Merci ! La grande question, c’était : « Comment faire pour tourner cet album ? » Parce qu’avec les morceaux plus anciens joués en rappel, on retombe un peu sur terre, c’était difficile de les inclure, on voulait jouer un maximum du nouvel album. C’était un peu aussi un Tangram (rires) ! Comment mettre toutes ces pièces ensemble ?

Benjamin Vandenbroucke

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