Grandmaster Flash au VK/Recyclart (30/11/2019)

grandmasterflash_300x666Aller voir Grandmaster Flash en 2019 comportait une part de risques d’être déçu, j’en étais conscient, et, pourtant les sentiments sont finalement plus mélangés. Grandmaster fait partie des inventeurs du hip-hop et de la moitié de ses techniques originelles, et à ce titre il se place fort haut dans mon panthéon personnel. Mais je sais aussi que The Message, le seul album essentiel de sa discographie, date de 1982, alors j’y vais essentiellement parce que je suis curieux. Pour l’occasion, le Recyclart est prêté au VK (squatteur pendant ses travaux) et il est bondé comme un œuf. C’est assez logique : voir une légende pour 8€, c’est rare.

Comme le but est d’admirer sa technique de mix je suis là avant même 21h et je me tape au premier rang. Le collectif Supafly assure un des sets de hip-hop bien balançant, bien foutu dont il a l’habitude. Je shazame plusieurs découvertes, comme chaque fois avec elles.

Très rapidement après leur fin de prestation, Blu Samu est là. Ça fait deux ans que j’ai l’impression qu’on parle énormément d’elle au sein des scènes belgo-bruxelloises. Moi, j’avais écouté ses tout premiers titres et n’avait pas été vraiment convaincu. Entre r’n’b et hip-hop, je trouvais que ça manquait de force, d’authenticité. Et bien ce soir, je vais totalement revoir mon jugement qui avait été bien trop hâtif. Salomé alias Blu Samu assure, c’est certain. Sa réputation n’est pas du tout usurpée. Le flow est impressionnant, puissant, aussi à l’aise dans la rythmique que sur la mélodie. La présence recèle un mélange de malice et de badasserie tout à fait réjouissante. Les invités souvent issus du 77 (ses colocataires), à l’exception d’un que je ne dénoncerai pas, sont presque à la hauteur de son talent. Les prods pourraient peut-être un peu s’affiner, mais c’est vraiment ergoter que de le signaler. Et donc j’admets sans problème que c’est moi qui passais à côté du truc urbain belge du moment depuis bien trop longtemps. Le public ne s’y trompe pas et lui réserve un accueil chaleureux.

Quand Grandmaster Flash, quasi à l’heure, apparaît, le public, entre 20 ans et 50 ans mais avec essentiellement des vingtenaires et toujours les réjouissantes mixités (genres, sociales, géographiques) propres au hip-hop, est immédiatement hystérique. J’ai rarement vu une salle de petite jauge avoir autant d’adhésion a priori.

grandmasterflash_850x300J’étais intrigué par les visuals shows inscrits sur les survets de l’équipe de Flash. Tout devient vite clair. Le new-yorkais, pendant une demi-heure, retrace l’histoire de sa ville hip-hop à travers ses borhougs. Image des bâtiments où tout a commencé, où ont grandi ses collègues, et ses propres archives se mélangent dans un chouette visuel. Si on connait un peu l’histoire du mouvement, on n’apprend pas grand chose de neuf, mais c’est quand même rafraîchissant, cette histoire par la géographie ayant toujours tout son sens en hip-hop. Grandmaster Flash, hormis quelques moments de prechi-precha didactique et sympathique à la fois, illustre les images en passant en revue quelques uns des morceaux les plus emblématiques des artistes cités par ces dernières. Il a deux platines vinyles mais qui servent surtout au show et à habiller les morceaux joués en MP3 de quelques breaks efficaces.

S’en suit dans une ambiance bizarrement de plus en plus surchauffée un mix assez classique allant de Kris Kross à Lauryn Hill en passant par Bowie ou Run DMC, le tout toujours revisité dans un esprit hip-hop old school. Quelques plans sur ses mains scratchant sont diffusés sur les écrans, tout le monde les photographie, fasciné. Ce sont quand même les mains les plus rapides du hip-hop des 70’s. À la fin, il vient vers le public et les tend. Je lui serre la pogne. Je n’ai jamais ce genre de fétichisme.

À plusieurs reprises, je me dis qu’on apprendrait mieux nos leçons ou qu’on irait plus souvent à la messe si les prêtres ou les profs avaient la bonhomie et les talents de DJ du Grand Maître Éclair.

Fripouille

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