Hark et Conan au Magasin 4 (25/03/2017)

00BMi-février, la tournée « Âge Tendre » s’est achevée sans que nul ne s’émeuve au sein de la rédaction. Comme c’est triste ! Fin mars, une tout autre tournée allait prendre fin. Par bonheur, le Magasin 4 y figurait en pénultième position. Je veux, c’est entendu, parler de la tournée « Tête de plomb » de Conan. Pas que ces Britons amateurs de pesanteur aggravée n’éveillent chez moi des masses d’émotion mais leur joyeuse colonie de vacances comportait un acte bien ancré dans mes tripes : Hark. Pour ceux-ci, j’étais prêt à risquer mes capacités auditives tout une soirée durant devant les prestations restantes des stoners de High Fighter et des post-blackeux de Downfall Of Gaïa. Banco ! J’étais engagé dans une chronique pour laquelle je me défendais d’user du passé simple.

Décidé à louper la majeure partie du set de High Fighter après un rapide tour d’horizon sur le web, je me rends à cloche-pied au Magasin 4. Aucune envie d’écouter un énième groupe de stoner obnubilé par Kyuss, affublé qui plus est d’une chanteuse capable d’évoquer John Garcia, s’il était une chèvre et si elle ne s’évertuait à brouiller les pistes, tantôt en poussant des growls, tantôt en démontrant que les nineties et ses chants étiquetés hard/metal alternatif ne sont point révolus. Aussitôt le sanctuaire familial atteint, je ravale amèrement mes médisances.
Le groupe en question présente une épatante front woman qui a tout de la mauvaise fille élevée aux bastons de bar. Pour l’heure, fort mal entourée, puisque ses camarades à l’éducation déficitaire rechignent à baisser les potards en dessous de onze. À scène mal famée public mal avisé, me dis-je, filant vers un tête-à-tête suicidaire avec les amplis. Bêtise impardonnable ! À ce volume, les boules Quiès sont recommandées d’ici à Madagascar.
La basse, la batterie, les deux Gibsons SG et la vocaliste se rient manifestement des lésions auriculaires à la plus grande joie d’une salle archi-comble et proche de l’acouphène. Rien ne peut exprimer la plus-value de ce volume surhumain. Moi qui croyais que j’allais enfin gagner un peu de crédibilité critique en taillant un costard à cette première partie…pauvre fou…

01

Les larmes sèchent vite car nos chouchous de Hark prennent rapidement le relai. En attestent les t-shirts de Rush qui se pressent au devant de la fosse. Actualité cruciale, Jimbob Isaac s’est coupé les cheveux et ressemble à un Ryan Gosling version galloise, c’est-à-dire plus dur…à tétaniser les grizzlis d’un seul coup d’œil (ndr : il n’y a pas de grizzlis au Pays de Galles, cqfd). Rien du minet du showbiz.
L’homme est au four et au moulin, il triomphe de tracas techniques avec une impressionnante facilité avant de lancer sa machine de guerre à l’assaut, sa (très belle) Gibson SG noir mat fermement arrimée à la pogne.

Projection instantanée dans l’œil du cyclone. Une vraie merveille. « Mythopoeia » déferle à travers la matière qu’elle vient de fendre. Bien peu seront épargnés. Quand le duel introductif de « Fortune Favours The Insane » force l’accélérateur, il faudrait être sourd pour ne pas suivre le mouvement. Le son reste excellent, les mouvements exécutés à la perfection. Les architectes charpentent leur syncrétisme avec une précision d’horloger ultra-suisse.
Hark construit un kaléidoscope de musiques directes, éclatées en pièces d’une quarantaine de secondes sans que jamais l’énergie ne se disperse (méthode Lavoisier). Autrement dit : serrez les dents ! Leur dernier passage en ces murs a beau avoir laissé des traces dans les mémoires, on est surpris par les nouvelles compositions. « Desintegrate » et « Nine Fates » par exemple, toujours aussi protéiformes, se parent de solos lyriques flamboyants.
L’ajout d’une seconde guitare (Joe Harvatt) fait donc des étincelles et parvient à placer la barre plus haut que jamais. À tel point qu’on ne saurait trop vous encourager à écouter le dernier album d’une formation qui ne jouit définitivement pas du succès qu’elle mérite.

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Je profite de mon manque d’attrait pour le post-black metal afin de sortir me restaurer. Une halte qui allait devenir mémorable, tombant accidentellement sur un tout autre spectacle. Une performance plutôt. Un homme étrange collé contre le réservoir d’une petite camionnette…peut-être une insémination…la magie du mystère.
Fertilité et pétrole me rappellent au concert éco-responsable de la soirée. Pour le peu que j’ai pu en juger, Downfall Of Gaïa ne dépareille pas de ses camarades de tournée du point de vue strictement qualitatif. Et c’est tout ce que je suis disposé à dire d’un concert qui selon mes critères manque cruellement de folie. Après tout dans éco-responsable, il y a responsable.

03

Dans ma candeur notoire, je nourris quelque espoir que l’imminent plat de résistance rivalise avec la claque encore chaude que fut le set de Hark. Le son des tambours annonce le verdict.. « We’re Conan from the UK. We’ve some good news and some bad news. Actually no, we have not », de quoi détendre l’atmosphère et apporter un peu de la bonne humeur manquant à leurs prédécesseurs germains.
Bon gros larsen de circonstance. S’ensuit un tonnerre de Gibson pataude (Les Paul, on ne fait pas comme tout le monde) accordée si bas qu’on l’eut dit pourvue de cordes à linge. Jon Davis hurle sa colère figée tandis que Rich Lewis débite leur doom/sludge en morceaux grossiers, mettant à mal la résistance de ses fûts. Plus gras que le rire d’un animateur du paf, Conan s’inscrit dans la surenchère.
Si tel étalage de brutalité n’est pas pour me déplaire, la maturité n’ayant pas encore amoindri chez moi les attraits de l’ultra-violence, je ne puis souscrire complètement à ces explorations du lexique du cataclysme.
Cogner dur est une chose. Évoquer les profondeurs infernales en est une autre. Ni transporté, ni insensible, je me promène tout le long du set couvrant leur carrière complète, goûtant à des mets noir ou anthracite. Les lenteurs doom provoquant ici de temps à autre une certaine lassitude, je m’accroche aux remontées sludge qui invectivent le punk qui sommeille en moi et le somment de briser des choses.
C’est donc dans des grondements d’extrême magnitude rapprochant le Magasin 4 de l’univers sonore douillet du ventre maternel que je conclus ma petite virée. Plaisir pris et toujours trois fois moins cher qu’en face.

Renard Surprise.

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