Havoc (Mobb Deep) à la Manufacture 111 (20/09/2018)

havoc_300x666Dans les années 90, Mobb Deep a sorti quelques uns des albums les plus pertinents de l’époque. L’année passée, Prodigy, autre moitié du duo new-yorkais, est mort; Havoc a alors décidé de relancer la machine pour le pire. Retour sur une soirée consternante.

Pour des raisons indépendantes de ma volonté, j’arrive alors que Lil G est déjà derrière les platines vinyles. La salle est petite, la scène aussi (2 mètres sur 3 maximum). Le lieu est étonnamment cosy, avec des tables installées sur le côté pour siroter sa bière peinard. Cette configuration un peu étrange ne me semble pas du tout appropriée à la programmation. Une petite dizaine de personnes enthousiastes danse, les tubes de Mobb Deep s’enchaînent dans leur version originelle, sans aucun travail technique du DJ qui semble avoir 17 ans à tout casser. Il porte un tee-shirt Mobb Deep; au moins on sait où on est.

Il est 20h30, c’est fini. Lil G, avec l’aide de l’ingénieur du son, range précipitamment ses affaires. Aussi vite sont installées les classiques CDJ de Pionneer sur lesquelles tout le monde semble mixer depuis plus de 20 ans. Tout semble prêt pour que ça commence, mais ce n’est qu’illusion et je ne m’en apercevrai pas si rapidement que cela.

Pendant une heure, il ne se passe rien. Il n’y a même pas un fond sonore. La petite salle est loin d’être remplie, on entend le silence, on a le temps de cogiter. Alors une fois que j’ai fini de consulter mes notifications Facebook, de vérifier les derniers post Instagram, je regarde mieux la scène. Deux enceintes de salon sont chargées du son de façade. Collées à elles, simplement disposées dans l’autre sens, leurs sœurs jumelles assureront les retours; je comprends mieux le son crachotant de Lil G. Les lights sont à l’avenant, deux spots indignes de la moindre fancy fair se font face à gauche et à droite de la scène pour éclairer les artistes toujours aux abonnés absents. Je me dis que c’est ça, on attend bien patiemment que le set-up soit installé. Je ne pense pas que ce soit possible qu’un concert à 29 euros puisse avoir une installation aussi amateur. Ce n’est qu’illusion, je m’en apercevrais bientôt.

Le beatmaker monte enfin sur scène. « Jump Around » ou « Da Sound Of Da Police » parmi d’autres tubes hip-hop des années 90 mettent l’ambiance. Ce sont de grosses ficelles, mais pourquoi pas puisque ça marche.

havoc_850x300Enfin est lancé un instru de Mobb Deep et Big Noyd fait son apparition. Le son sature déjà. Pour qu’on puisse quand même profiter de son flow assez efficace, le volume des instrus est réduit à sa plus simple expression. Le public est assez enthousiaste, du moins les trente personnes agglutinées dans les premiers rangs, les autres paraissent aussi dubitatifs que moi, juste dans l’attente de voir Havoc.

Voilà, il est là. Son flow est plus brouillon que celui de son comparse. Les deux voix se mélangent assez mal, desservies aussi qu’elles sont par les conditions techniques déplorables. Le beatmaker n’essaie plus de faire illusion. Son rôle unique est de pousser sur play et de balancer  fréquemment des bruits de fusillade pour accentuer le côté mauvais garçon en carton. Alors comme il n’a vraiment pas grand chose à faire, il s’allume un joint et tapote sur son téléphone. Dans la salle, il ne reste plus que les trente fans indécrottables. Tout à ma conscience professionnelle, je prends sur moi et je continue à faire souffrir mes ouïes. Tous les morceaux se ressemblent, je n’arrive plus du tout à reconnaître ce que j’ai aimé chez Mobb Deep. Au total, ça ne durera qu’une heure, ça m’a paru bien plus long.

Je ressors enfin. Je suis colère. Comment en 2018, peut-on proposer un spectacle d’une telle indigence pour quasi trente balles ? Au nom d’une gloire passée ? Je n’ai que deux mots en guise de réponse : indécence et vénalité.

Fripouille

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