Hubert Lenoir aux Nuits Botanique (26/04/2019)

hubertlenoir_300x666Retour sur une soirée où l’épique se disputait à l’extraversion, où le queer comme réflexion sur les prisons des normes était un mot d’ordre donné avec amour et violence à la fois. Avant même de voir l’extraordinaire Mathilde Fernandez et le trublion des genres Hubert Lenoir, j’eus la chance de capter une nouvelle étape de la route vers les sommets entreprise par Judith Kiddo.

Judith Williquet, remarquée à de nombreuses reprises comme comédienne, notamment par sa flippante prestation dans Ennemi Public saison 2, se fait un nouveau nom dans le monde de la pop/rock belge depuis quelques mois sous le patronyme de Judith Kiddo. En français et en anglais, elle livre des chansons qui sous leurs dehors sages dévoilent une part de mystère et d’angoisse. Entourée par un super groupe de musicos, elle bénéficie de son expérience d’actrice pour dégager une présence rare, une maîtrise de la scène. Ce vendredi, devant rejoindre la Rotonde assez rapidement, je n’ai pu assister qu’à 4/5 morceaux dans le Grand Salon, mais une nouvelle fois s’est confirmé tout le potentiel de la chanteuse bruxelloise. Entre humour et émotion, glamour et étrangeté, les compos sont efficaces et donnent envie de fredonner des refrains sans même y penser.

Comme il n’y a pas encore de trottinette électrique prévue pour traverser le Botanique, c’est en me prenant pour Usain Bolt que je rejoins la Rotonde juste à temps pour ne pas rater l’entrée de Mathilde Fernandez. Comme d’habitude pour elle, parce qu’il faut commencer par là, parce que ça fait partie intégrante de la proposition artistique, il est utile de décrire sa tenue. Longue jupe à carreaux, corset, soutien à la Jean-Paul Gaultier et petite veste rouge à cornes, tout est parfaitement pensé et désaccordé, comme toujours avec Mathilde. Notre diva électro préférée est toujours aussi diablesse, enchanteresse, et la voix s’envole très vite vers ses hauteurs coutumières. La Rotonde déjà bien remplie se trémousse, on sent qu’une partie du public est là pour elle, qu’ils connaissent Égérie par cœur et sont contents de retrouver ses aventures rocambolesques dans le monde de la pornographie. Sans rien renier de ce qui fait son originalité, sa personnalité unique, Mathilde Fernandez paraît avoir trouvé comment quitter les sentiers parfois trop confidentiels de l’underground trop pur et trop dur. Les nouveaux titres aux refrains accrocheurs et cruels semblent vouloir creuser ce sillon, et ce pour notre plus grande joie.

J’ai à peine l’occasion d’écouter quelques minutes de Lomboy et sa  dreamy pop aux accents tellement aériens que je ne peux m’empêcher de penser à Air. Jolie voix, utilisation sans complexe des effets, je suis très content de la découverte, j’ai envie de revoir cette belle promesse, mais je dois filer pour aller retrouver Hubert Lenoir, la sensation québécoise de ces derniers mois.

hubertlenoir_850x300Il y a quelques temps, un ami aux goûts souvent sûrs me parlait avec un enthousiasme sans mesure de Darlène, premier album de Hubert Lenoir. J’écoutais ça. J’y entendais la qualité d’écriture, de composition, la musicalité, une personnalité hors-norme qui cherchait à s’affirmer dans toute son exubérance. Les cuivres omniprésents, les guitares homériques, la voix qui changeait de registre plusieurs fois par morceaux, les styles qui s’entremêlaient, j’étais épuisé de cette première écoute. Ce côté « il y en a un peu trop mais je vous le laisse pour le même prix » me faisait penser au Robert Charlebois des années 70. Pourtant, quelques jours après, j’étais pris par le désir pressant de réécoute; moins débordé par le trop plein, j’y voyais plus de finesse, quelque chose de plus sensible. Et, depuis notamment porté par le single « Fille de personne », j’ai succombé à cette addiction qui n’est certainement pas sans danger.

Hubert Lenoir, lutin aux lunettes noires, monte sur scène en laissant son groupe jouer une intro aux accents de musique de film. Il toise le public, joue avec lui, les premiers cris de joie retentissent alors qu’il n’a pas encore prononcé la moindre parole. Il prend la pose, il aime faire le show, et c’est parti. On commence en force, le son est lourd, le saxo sonne, la batterie percute, les guitares et la basse déchirent et Hubert saute comme un possédé dans tous les sens avec une énergie dingue pour directement attaquer « Fille de personne » dans une version survitaminée. Pendant une quarantaine de minutes, aucun répit ne nous est offert. Dans la foule, ça pogote gentiment, ça sniffe du poppers, ça s’aime. Sur scène aussi ça bouge dans tous les sens, Hubert roule des pelles à son guitariste, à sa guitariste, à un spectateur, sorte de délire hippie version 2.0, on est ici pour se libérer de toutes les règles freins à nos expressions personnelles. Ceci apparaît comme le message principal de l’artiste.

Évidemment, cette volonté de liberté a son revers. Et après ces quarante minutes initiales de pur hédonisme musical, on a droit à une dizaine de minutes de free jazz rock dans tout ce qu’il peut avoir de pompeux, de pénible. Heureusement, dix minutes c’est court, ça permet de reprendre son souffle et ça repart de plus belle dans le grand bordel. Hubert descend dans la foule, balance la bière d’une spectatrice, harangue, en fait des tonnes et son groupe le suit. Les bouteilles d’alcool sur scène passent de main en main, les soupes de langues se multiplient, et la joie d’être encore ensemble pour cette dernière date de la tournée autant que la sueur sort par tous les pores de leurs corps. Le public affiche des sourires béats, hébétés. Une discussion sur les paroles exactes de l’hymne national québécois plus tard et le concert se conclue par une sorte de noise rock épique, boursouflé sans que ce soit un défaut.

Repus, nous sortons un peu sous le choc. Il faudra quelques minutes pour redescendre, comprendre qu’il ne faut parfois pas trop analyser ce qui est vécu, ressenti.

Fripouille

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