Interview avec Sïan Able

sianable_300x666Quelques jours avant la release (le 22 mai à Flagey) de son deuxième EP, nous avons rencontré Sïan Able. On y a découvert une artiste perfectionniste, désireuse de toujours s’améliorer, d’aller encore plus loin dans la recherche sonore. Pianiste virtuose, audiophile, un peu freak control, elle réalise aussi ses clips, fait parfois le graphisme de ses pochettes, tout ça pour notre plus grand plaisir.

À l’écoute des deux premiers titres de Healing Waves, ton nouvel EP, j’ai ressenti une évolution dans le son par rapport à Hekla vers quelque chose de plus rythmique, parfois presque même dansant. Était-ce une volonté?

S : Qui bouge plus, ça c’est sûr. Je n’ai pas spécialement besoin que les gens dansent, ce n’est pas le but recherché. Après c’est toujours un plaisir si les personnes dansent. Le but est de faire évoluer mes chansons et mon style. Je pense qu’il n’était pas encore défini dans le premier EP. Je commence à entrevoir avec le deuxième ce que je veux. J’ai ouvert la porte, je sais maintenant dans quelle pièce je veux aller. S’il y a plus de rythmes, c’est aussi parce que contrairement au premier EP où j’étais entourée d’un groupe j’ai décidé de tout faire seule avec des logiciels, des bandes de son et j’ai pu passer le temps que je voulais à chercher comment mettre plus de rythmes. Toute la production artistique je fais seule.

Malgré tout il y a toujours quelque chose de très organique qui se dégage, je voulais savoir quel était le travail sur les matières sonores. J’ai eu quelquefois l’impression d’avoir des bruits de nature, d’eau,… Est-ce que tu les enregistres puis tu les retravailles ou est-ce créé de façon informatique ?

S : Ce sont de vraies bandes de son. Comme je travaille aussi comme sound designer j’ai accès à d’importantes banques de son prises en extérieur. Il y a de l’eau, des bruits de feu de camp,… Mais par dessus il y a aussi des couches de synthé qui s’apparentent à des textures organiques.

Et tu composes exclusivement au piano ?

S : Oui, et c’est pour ça que ça restera toujours organique parce que je suis pianiste, même si je mets 50.000 couches électroniques. Tout part d’une idée au piano. Parfois trop. J’essaye parfois un autre point de départ mais comme je suis toute la journée sur mon piano vu que je donne aussi cours de piano, c’est de là que tout vient. Je ne m’en affranchirai jamais sur scène, je resterai toujours pianiste puis chanteuse. Je ne vais jamais lâcher mon piano pour être seulement chanteuse.

Sur scène vas-tu être entourée d’un groupe ?

S : Non, solo. À la release party du 22 mai il y aura des guests que je ne dévoile pas et d’autres instruments vont intervenir sur certaines chansons. Mais ce sera un projet qui va tourner en solo en tout cas pour la saison prochaine.

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Comme tu travailles beaucoup le son, n’y a-t-il pas une frustration à savoir que la plupart du temps ça va être écouté sur un ordi ou sur un téléphone sans amplification correcte ?

S : Ah mais c’est horrible comme frustration. Dans le mixage, dont je ne m’occupe pas mais je suis quand même en salle de mixage avec David Mouyal mon producteur exécutif, on va tellement loin alors que le projet est encore bébé. On ne peut pas s’en empêcher. Tant qu’on sent qu’on peut aller plus loin, dans la définition, dans le spectre, on y va, parce que nous sommes deux audiophiles. Mais, non, il n’y a personne qui s’en rend compte à part l’ingé mastering qui se dit « wow c’est super« . Mais sinon c’est horrible que tout le monde écoute sur l’ordi où il n’y a pas de basses, ou sur ses earpods… Mais c’est comme ça, il faut lâcher prise.

Par rapport à l’image, déjà sur le premier EP, il y avait un visuel assez fort, et il y a encore une vraie recherche dans les clips. Comment envisages-tu cela ? De quelle manière travailles-tu ?

S : Jusqu’ici j’ai tout fait toute seule. Sur Hekla, c’est moi qui ai trouvé le design, la typo. Je suis très fan de typo et je dessine aussi. J’ai un énorme plaisir à m’occuper du visuel et du design. J’y passe beaucoup de temps. Dans le premier clip « She Says« , j’ai quand même fait appel à une réalisatrice parce que ce n’est pas du tout mon métier. Mais le clip de « Ceratopsia« , qui est sorti il y a une semaine, je l’ai réalisé et monté toute seule. Pour la pochette de l’EP, Dimitri Bardounoff fait tout le visuel. C’est une wave un peu contemporaine. Mais clairement je reste chef de projet.

On trouve pas mal d’inspirations venues de voyages. As-tu besoin de ça pour nourrir ta musique ?

S : J’ai trop d’idées. Je n’arriverai jamais à mettre toutes mes idées en chanson. Je n’ai pas besoin de voyager pour avoir des idées. Je n’ai pas non plus besoin de souffrir pour avoir des idées. Mais il se trouve que je voyage, que je souffre et ça se retrouve obligatoirement dans mes chansons. En fait j’avais une idée très précise pour mon deuxième EP, j’avais un titre, j’avais la chanson single, puis j’ai fait un voyage en Égypte, en mer rouge, où j’ai vécu une expérience fantastique et j’ai décidé de tout changer. Je ne pouvais pas faire sans exprimer ceci. Je ne pouvais parler que de ça à partir du moment où j’avais été nager dans cette mer. L’eau restera le thème transversal à travers mes différentes chansons. Hekla c’était un volcan, un glacier donc de l’eau. Ici, Healing Waves, c’est plus concret.

sianable2_850x300J’ai vu que tu faisais aussi du sound design, des B.O.; de quelle façon ça nourrit tes projets plus personnels ?

S : Quand je travaille pour le théâtre, il y a une équipe, des metteurs en scène, des scénographes, … et d’office ce contact me nourrit, me fait grandir. Il y a quatre ans, quand je suis sortie du conservatoire, de mes formations, j’avais beaucoup d’outils théoriques mais peu de pratique; ces expériences diverses m’ont permises d’en acquérir.

Par ce travail avec les gens, ces remises en question, cette volonté d’aller toujours plus loin pour un support visuel, faire de la musique en 2019 est très compliquée et surtout d’en vivre. Comment fais-tu ? Est-ce que ces projets font partie d’un tout ?

S : J’ai beaucoup de chance, je ne fais aucun taf alimentaire. Je suis prof de piano, c’est le principal de mes revenus, mais j’aime ça. Je ne dois pas combler d’une manière qui me déplaît pour avoir à investir dans mes projets. J’ai assez bien calculé ça. En effet, je ne vis pas de Sïan Able. Je multiplie les casquettes et avec toutes ces casquettes (toutes musicales) je gagne bien ma vie, en tout cas assez bien que pour continuer à chaque fois. Tout en ayant suffisamment de temps pour créer. Mais je suis déjà occupée à penser à la suite.

Justement, la suite, est-ce qu’un long format, un album est envisagé ?

S : Oui, j’aimerais, mais j’attends le bon moment. En terme de circonstances, une signature, de la visibilité. Mais un album est quand même mon objectif. J’attends aussi de me sentir assez mature artistiquement; ça je ne le suis pas encore. En tout cas dans ce projet-là. Je vois bien que j’avance, je regarde d’anciennes chansons en me disant que j’aurais pu faire mieux. Je ne veux pas sortir un album que je regretterai six mois après.

Quelle place occupe la scène dans le projet ? Comme ta musique est complexe en studio, c’est complexe à reproduire sur scène j’imagine.

S : Dans la dernière année, peu de place. La surprise est que j’arrive à reproduire fidèlement sur scène, j’ai trouvé une formule qui me le permet. On verra pour les projets suivants, si je m’entoure à nouveau d’un band. J’en ai quand même envie. Mais la scène occupe une place primordiale dans le sens où je compose en pensant à la scène. J’ai aussi beaucoup fait de scène en étant pianiste et/ou choriste pour d’autres projets.

Fripouille

Sïan AbleHealing Waves produit, enregistré et mixé par David Mouyal à Take-Off Record.

Plus d’infos sur le concert ICI.