It Follows (2015)

itfollows_300x666Depuis les années 70, les sorties de films d’horreur au cinéma se multiplient. Ils s’adressent en général à un public plutôt jeune, ou tout du moins adolescent, et ont un scénario cousu de fil blanc (ce qui ne les rend pas moins intéressants, soyons clairs, l’auteure de ces lignes étant fan du genre). Et puis, au milieu de tous ces slashers et autres survival vus et revus, il y a des films qui sortent complètement du lot et auxquels on ne s’attend pas, ou presque. It Follows fait clairement partie de ceux-là.

Sorti en ce début d’année dans les salles européennes et vendu comme un des films d’horreur les plus flippants de la décennie, It Follows n’a pas manqué de publicité. Ou tout du moins de communication dite « aléatoire », celle qui joue plus sur le bouche à oreille que sur les médias. Il faut dire que quand on est encensé par des magazines de genre tels que Mad Movies, on se fait remarquer, ces dernières années ne voyant poindre qu’un ou deux films par-ci par-là nous remuant vraiment les tripes. Pourtant, le scénario de cette pellicule horrifique est assez simple : une sorte de malédiction qui se transmet d’une personne à l’autre comme une MST via l’acte sexuel. Dès lors, une silhouette vous poursuit, ou plutôt vous suit, celle-ci ne faisant que marcher vers vous. Lentement mais sûrement, à la manière d’un zombie. Sauf que celle-ci est un poil plus insidieuse et peut prendre n’importe quelle forme, connue de la personne visée ou non.

it-follows_850x300Réalisé par l’américain David Robert Mitchell, It Follows est le deuxième film d’une carrière qui semble s’orienter aisément vers Detroit (la ville d’origine du réalisateur) et les adolescents qui la peuplent. En effet, son premier long, The Myth Of The American Sleepover, suivait une bande de jeunes en quête d’un dernier amour et de dernières aventures avant la rentrée des classes. En plein cœur de cette ville semi-abandonnée, la jeunesse prend tout de suite un coup de vieux, ou tout du moins de mélancolie. De même pour It Follows qui rappelle par certains aspects le Virgin Suicides de Sofia Coppola, notamment de par son esthétisme léché et ses tons pastels, ou encore ces scènes dans la chambre où les quatre adolescents dorment sur le même lit, enchevêtrés les uns dans les autres. Car si l’histoire du film est personnelle (en plus du fait que la « malédiction » se transmet par les relations sexuelles, il n’y a que la personne concernée qui voit la menace), la volonté du réalisateur était bien d’en faire une expérience collective. Là encore, un classique du cinéma d’horreur.

Et même si It Follows déborde totalement du cadre beaucoup trop conventionnel ou à l’inverse trop exagéré des films de ces dix dernières années, il n’en est pas moins la somme de beaucoup de références du genre. On pense en tout premier lieu à John Carpenter et à David Cronenberg pour l’esthétisme du premier et le rapport au corps humain du second. Il y a également du Shining dans ce film, de par ces ambiances oppressantes dont on ne voit rien mais dont on devine tout grâce notamment à une musique vibrante. En plus récent, le film nous rappelle All The Boys Love Mandy Lane de Jonathan Levine avec cette belle blonde qui croule sous la convoitise de tout son entourage masculin et est la première cible d’un intrus qui décime le groupe d’amis parti dans un ranch pour le week-end. Et cette histoire d’adolescents maudits nous fait évidemment penser au Black Hole de Charles Burns, dont les corps se métamorphosent bon gré mal gré.

itfollowss_850x300Comme je le disais plus haut, la musique a un rôle important voire primordial dans le film, et c’est l’artiste électro Disasterpeace qui s’y colle. Première bande originale pour le jeune californien qui a déjà participé à des projets de courts métrages ou encore au jeu vidéo Fez, je parie que celle-ci ne sera pas sa dernière. Relancée notamment par la BO de Drive avec des titres comme « Nightcall » de Kavinsky, l’électro façon années 80 passe en effet à merveille dans le film. Celui-ci se déroule d’ailleurs dans une année inconnue, flottant impeccablement entre les 80’s et les années 2000, anachronismes et autres détails s’entremêlant pour mieux nous perdre dans ces décennies.

Bref, It Follows, malgré une fin discutable et qui nous laisse un peu perplexe, est définitivement un long métrage qui mérite qu’on se penche dessus. Après, c’est sûr, il faut être réceptif à la sensiblerie des films de la première époque, ceux dont les réalisateurs misaient plus sur l’ambiance suffocante que sur les litres d’hémoglobines déversés. Mais il suffit de se référer à la sensation de vulnérabilité et de malaise que l’on ressent à la sortie de la salle de cinéma, quand quelqu’un marche vers soi, le regard planté dans le nôtre, pour avoir la certitude que c’est finalement une grande réussite. David, on attend le prochain maintenant !

Hélène

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