Jean-Louis Murat au Botanique (13/12/2018)

48378140_382313622535144_835427836935274496_nCe jeudi, Jean-Louis Murat remplissait quasiment l’Orangerie du Botanique. Et à voir l’âge moyen du public, il s’agissait avant tout de fidèles parmi les fidèles qui le suivent depuis plus de trente ans. L’auvergnat moitié ronchon moitié en roue libre y a assuré le service minimum. Oui, les chansons sont bonnes, le personnage a de la présence mais cela suffit-il à faire un bon concert ? Quelques questions que j’ai une fois de plus tenté de résoudre.

J’arrive alors que Matt Low a déjà attaqué la première partie. Guitare et petites programmations accompagnent une belle voix. Low ne révolutionne rien, mais il fait le taf. Tout est en place. Les morceaux tiennent bien la route. Il sait que personne ne le connaît ou quasi et en joue avec humour au moment où il annonce qu’il s’agit d’une nouvelle chanson en disant que pour nous ça ne change pas grand chose. Je me dis que j’irais écouter tout ça en rentrant. Évidemment, je ne l’ai pas encore fait.

Un tabouret est installé au centre de la scène. Murat a 66 ans, on a parfois tendance à l’oublier. Il ne le quittera pas de tout le concert, ce n’est pas gênant. Ça renforce seulement l’impression du mec qui n’a plus trop envie de faire d’efforts pour correspondre aux canons 2018 du spectacle. Accompagné par un bassiste et un batteur, il attaque par « Achtung » tiré de Il Francese, dernier album en date. La voix n’est pas encore très claire, la guitare est tranchante, le blues est déjà là.

Dès « Cine Vox », chanson nostalgique d’un monde qui disparaît chaque jour un peu plus, la machine est lancée. Le mélange unique de rugosité et de miel auquel le chanteur nous habitue depuis plusieurs décennies est là. L’entièreté du dernier disque est passée en revue, seulement entrecoupée ici et là par quelques morceaux plus anciens. Les quelques succès sont esquivés, sans que ce ne soit vraiment remarqué. Murat est normalement ronchon mais pas de trop mauvaise humeur, un peu désagréable avec le public mais pas trop. Apparemment on peut déjà être content de ça. Entre le jeu sur ce personnage bourru et ce qu’il est vraiment, il est finalement devenu compliqué de savoir où est l’authenticité tellement revendiquée.

48395084_1186240891539041_8081718537862774784_nPlusieurs fois, je me dis qu’il est fatigué, qu’il s’ennuie un peu d’être encore là sur scène, vieux cowboy désabusé se sentant aujourd’hui plus proche des indiens. Il hulule un peu à plusieurs reprises comme un animal blessé, ça n’a même pas l’air de surprendre le public, comme si ça faisait aussi partie des frasques admises par ce dernier. Moi aussi, même si je ne hulule pas à plusieurs reprises, je me laisse emporter ailleurs, à quelques encablures d’un concert qui ne m’intéresse plus tant que ça. Mon attention est juste réveillée pendant « Gazoline » et surtout « Marguerite de Valois » qui sont mes deux morceaux préférés du dernier album. Mais là aussi les versions sont un peu paresseuses, moins efficaces que sur disque.

Quand vient le rappel, seul dans une belle version épurée il livre le magnifique « Je me souviens ». Enfin je ressens une vraie émotion, pas un truc un peu préfabriqué, surjoué. Les musiciens reviennent et avec eux il expédie un « Tel est pris » pas mal bâclé. Et c’est bon, en 1h15, le tour est joué.

Je sors, je retrouve des amis fans qui défendent mordicus le concert, j’entends d’autres se plaindre de la grossièreté de l’auvergnat. Et moi je reste au milieu de tout ça. Comme depuis quasi trente ans je ne sais pas que penser de Murat. Je trouve un nombre impressionnant de chansons de très bonne facture, j’aime la plupart de ses albums, mais je garde une certaine distance, comme si le personnage m’empêchait toujours de totalement ressentir quelque chose de plus profond pour sa musique.

Fripouille

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