Journal du BIFFF édition 2018 Part 1

Et c’est reparti pour treize jours de délires cinéphages extrêmes ! Treize jours pour contenter ma boulimie filmique devant une programmation de plus de cent films. Treize jours pour ne laisser que peu de globules blancs et rouges se disputer misérablement une place de choix  dans ce mélange hétérogène d’alcool et de cholestérol emplissant désormais mes veines. Treize jours durant lesquels je n’aurais, à mon grand regret, vu que 16 flims (contre 25 l’an dernier…), misérable sous-fifre du capitalisme que je suis, condamné à user mes journées en un lieu n’ayant aucun rapport direct ou indirect avec la crasseuse pellicule du cinéma que j’affectionne.

Jour 1 :

Après avoir lu quelques critiques peu élogieuses du Marrowbone de Sergio G. Sanchez, je décidais de démarrer le festival par le très attendu Ghostland  de Pascal Laugier. C’est une salle comble qui assistai à cette cérémonie d’ouverture; il y avait même mon Laulau qui était ! Je ne vais pas m’éterniser sur cette cérémonie entamée par deux pôle danseuses tout aussi talentueuses que peu vêtues dansant sur une musique au goût plus que discutable sous les cris de nombres de mecs libidineux en extase et smartphone à la main (j’ai compris pourquoi il était là mon Laulau !) avant de se poursuivre sur le discours d’ouverture et les remerciements aux nombreux sponsors. M’en fous, je suis là pour voir le flim… Ce qui ne fût pas simple.

Ghostland

Ghostland

– Fail n°1 : Aller tard dans la chaleur étouffante de la file et se retrouver au troisième rang tout à gauche.

– Fail n°2 : Après vingt minutes de métrage en format trapézoïdale, le son disparait vers quelques méandres inconnus de nos (bons) sens… À la fois terriblement dérangeant car empêchant de se laisser prendre par le flim cet incident de quarante minutes faisant fuir les moins courageux nous aura permis de trouver des places de choix au milieu de la corbeille.

– Fail n°3 : Ces places s’avéraient être juste une rangée devant un groupe d’étudiants en première année de l’ERG, la Cambre ou communication à l’ULB (BIFFFez la mention inutile) qui ont confondu lâchez des vannes au moment opportun pour faire rire la salle et parlez sans cesse sans respect aucun pour le public, le flim, ou même le cinéma de genre en général.

Après avoir miraculeusement survécu à cette horde dirigée par un Kev Adams pseudo intellectuel, je suis absolument incapable de savoir ce que j’ai pensé du dernier  métrage de l’auteur de Martyrs… Je vais donc éviter de prendre position et vous invite gracieusement à vous tourner vers d’autres articles le concernant.

Je noyais donc ma rage dans le verre de l’amitié qui annonçait, avec l’arrivée du beau temps, les premières sueurs et tremblements…

Jour 2 :

Embarqué à l’Ancienne Belgique pour un concert de rock psychédélique turque tout à fait fascinant, je ne peux que vous conseiller selon mon instinct et l’avis de certains autres le visionnage futur de Jungle de Greg McLean, l’espagnol Killing God de Caye Casas et Albert Pinto et l’aussi classique que cultissime que désespéré I Saw The Devil de Kim Jee-Woon.

Jour 3 :

Fort tenté par I Kill Giants d’Anders Walter, je me dis que ce blockbuster proche dans l’idée du récent A Monster Calls de Bayona, sortira forcément en salles. Je décidais donc d’opter pour un double programme sous le signe de la valeur sûre : un thriller psychologique sud-coréen et un flim de SF anglais.

Pour tenter de faire face au deuil de sa fille un réalisateur se lance dans la production d’un film cathartique tandis qu’il rêve d’une femme fatale prétendant pouvoir lui ramener celle-ci. Le pitch de The Nightmare (titre du film et du film dans le film) de Jay Song promettait un thriller psychologique tordu et Lynchéen. Et c’est exactement ce qu’il est. Les clins d’œil – parfois trop appuyés – au réalisateur de Lost Highway, à De Palma et Hitchcock se succèdent tandis que, à l’image du personnage principal, le spectateur se perd entre film, rêve et réalité. Quelques scènes franchement déstabilisantes mais un résultat au final trop long. Quand la tentative de perte de repères provoque la perte d’intérêt… Un point bonus pour la baleine (ceux qui étaient là savent).

White Chamber

White Chamber

White Chamber, deuxième long du jeune Paul Rashid, enferme et torture Shauna Macdonald (The Descent) dans un cube (pas aussi grand et vicelard que le cube de Cube, mais un bien beau cube quand même) tandis qu’une guerre civile post-brexit fait rage en Grande-Bretagne. C’est du moins le point de départ d’un film bien éloigné du torture porn. Un petit film de SF certes imparfait, et ce en partie dû à un scénario un peu trop prévisible et au jeu sans retenue aucune d’un Oded Fehr en roue libre comme s’il avait regardé tous les Nicolas Cage de 2017 en une seule nuit, mais intéressant dans sa construction narrative et franchement beau compte tenu de son faible budget.

Jour 4 :

C’est parti ! Un soir, trois flims ! Et on commence par une comédie romantique punk de science-fiction anglaise, rien que ça !

Bon, à priori ça fait rêver, d’autant qu’il s’agit d’une adaptation du très grand Neil Gaiman par John Cameron Mitchell (Hedwig And The Angry Inch, Shortbus,…), ce qui pouvait laisser supposer une péloche bien barrée… Au final, malgré un début fun et punk, How To Talk To Girls At Parties est une réadaptation de Roméo et Juliette à la sauce extraterrestre avec une photo de téléfilm BBC, trop souvent ennuyeuse, pas suffisamment drôle et surtout pas très punk que ce soit dans ses thématiques ou sa bande son. Même Nicole Kidman en sorte de croisement entre Vivienne Westwood et David Bowie ne semble pas trop savoir ce qu’elle fait là. C’est con, ça promettait bien plus.

How to Talk to Girls at Parties

How To Talk To Girls At Parties

Deuxième grosse déception de la soirée, mais à un niveau bien supérieur : Muse de Jaume Balaguero. Ça fait depuis mon enfance que le réalisateur espagnol s’amuse à me foutre la trouille avec des flims tout à fait respectables tels que La secte sans nom, Darkness, Fragile et, bien évidemment, cette claque monumentale que fût Rec (et puis Rec2 aussi tiens, moi je l’aime bien…). Alors déjà Malveillance en 2011 c’était pas super folichon mais alors là …

Balaguero s’invite en Irlande pour une adaptation du bestseller La Dame n°13 de José Carlos Somoza (que je n’ai pas lu mais qui est vraisemblablement très bon) pour un récit amenant un professeur de lettre endeuillé par le suicide de sa copine et une mère de famille tentant d’échapper à sa vie de strip-teaseuse à enquêter sur une série de meurtres aperçus dans leurs rêves et impliquant des muses ayant inspirés les plus grands auteurs de la littérature classique. Et pour être classique, le film l’est foutrement. Au-delà du fait qu’il soit ennuyeux comme un épisode de Derrick dernière saison, ait une photo d’un niveau pas beaucoup plus élevé (à part pour une scène en extérieure; c’est juste con qu’elle ressemble à une pub pour une bagnole et soit interprétée sans conviction aucune), ce qui m’agace le plus est que l’on me vende un film comme un film de frousse avec l’affiche, la campagne et tout ce qui va avec, pour au final assister à un métrage n’essayant même pas de faire peur le moins du monde.

Muse

Muse

Un film qui sent la commande bâclée avec une fin si prévisible que c’en est embarrassant… On peut dire ce que l’on veut sur le Veronica  de Paco Plaza mais celui-ci a le mérite d’avoir une ambiance nineties (ça change des eighties…) franchement bien foutue et une véritable sincérité dans sa démarche. Vivement donc que Balaguero revienne à ses amours torturés !

Arrivé à ce stade de la soirée, le désarrois cédait doucement la place au désespoir. Alors certes je suis difficile mais je commençais sérieusement à me demander si je n’avais tout simplement pas fait une mauvaise sélection parmi la pléthores de flims se disputant rageusement l’affiche de cette 36ème édition.

Mon Mon Mon Monster, son titre fascinant et son élève maltraité par ses camarades de classe tombant par hasard sur une goule qui leur fera une superbe victime de substitution me donnera t’il tort ?

Eh bien putain oui ! Ce superbe flim sur l’effet de groupe et le conflit moral m’a fasciné de bout en bout. Touchant, cruel, gore, débordant d’humour noir et foutrement nihiliste, le dernier métrage du romancier et réalisateur taïwanais Giddens Ko est une péloche complètement dingue avec des personnages bien écrits et détournant avec une étonnante subtilité les codes du film d’école et le manichéisme de ses personnages posant l’éternelle question de la figure du monstre. Rarement le destin tragique d’une créature ne m’aura fait verser une larme…

 

Mon Mon Mon Monster

Mon Mon Mon Monster

 

Jour 5 :

Seconde soirée triple métrage en salle 2 cette fois-ci pour une programmation pour le moins éclectique.

Film de gangster tout aussi classique que maîtrisé, A Special Lady de An-Kyu Lee est à l’image de son héroïne : sobre, élégant et hypnotique. Une mise en scène au scalpel au service d’un récit de familles croisées – celle des armes et celle du sang – de jalousie et de confrontation culturelle coréo-japonaise. Ce genre de flim auquel il est difficile de reprocher quoi que ce soit mais duquel on ne ressort pas pour autant époustouflé. Comme si un petit quelque chose manquait.

A Special Lady

A Special Lady

C’est une salle comble qui accueillait le flim suivant. Le type de flim parfait pour le BIFFF et qui avait à priori tout pour me plaire : un flim à sketches montréalais avec « dead » dans le titre !

À l’exception du génial Twilight Zone de 1983 et des terrifiants V/H/S et V/H/S/2, le flim à sketches est généralement inégal. Ce qui lui donnera sa qualité sera sa cohésion et le ratio de bon/mauvais segments. Pour le cas de Montréal Dead End, il n’y a malheureusement pas grand chose à sauver. Un couple si amoureux qu’il ne réalise pas l’invasion de zombies les entourant, un homme attaqué par ses légumes tandis qu’il cuisine et un dîner aux chandelles de femmes zombies dégustant des pénis. Ces trois segments sur les 23 proposés sont les seuls à m’avoir fait rire et à avoir suffisamment d’idées pour compenser le côté fauché du projet.

And Now for Something Completely Different !

Ce qui allait conclure la soirée était vendu comme le flim choc ! Le flim interdit aux moins de 18 ans du festival. Le nouveau A Serbian Film (que je n’ai pas vu). À la question : « est-ce nécessaire de montrer toute cette violence ? » le réalisateur chilien Lucio Rojas répondra : « L’histoire de l’Amérique latine est violente, c’était donc nécessaire oui. »

Trauma

Trauma

Quand ensuite Trauma s’ouvre sur un adolescent forcé à violer sa mère, puis le cadavre de celle-ci par son propre père, un général cruel à la solde de Pinochet, le tout suivi d’une scène de sexe lesbien quasi non simulée et totalement gratuite et injustifiée, on sait déjà que Rojas a perdu toute crédibilité quant à la défense de son flim. S’ensuit un métrage étrangement pas trop mal joué avec, ce qui m’a franchement surpris, une photo extrêmement élégante pour un enchaînement de flashbacks malsains au possible, de scènes gratuites et incohérentes entre les quatre protagonistes principales et une scène de viol particulièrement éprouvante.

Assume que tu as voulu faire un porno soft gore pour espérer faire un buzz ou juste car tu en avais envie plutôt que prétexter les traumatismes de la dictature de Pinochet sur le Chili pour justifier tes excès ! On n’y croit pas.

Des bisous et à tout bientôt pour la suite…

Major Fail

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