Journal du BIFFF édition 2018 Part 2

Après une première semaine malheureusement trop souvent décevante, je redémarre le mardi 10 avril, un climat pseudo-tropical et d’occultes activités m’ayant interdit de me rendre sur le site du festival durant deux jours. Deux jours durant lesquels j’ai, à mon grand regret, raté des péloches que je me ferais un malin plaisir à rattraper : El Habitante de Guillermo Amoedo, Freehold de Dominic Bridges et Human, Space, Time And Human de Kim Ki-duk pour le dimanche et Rendel de Jesse HaajaResurrected Victims de Kyung-Taek Kwak et Taste Of Life de Mira Gittner et Roland Reber pour le lundi.

Jour 8 :

Alors celui-ci je l’attendais avec impatience : le dernier Isaac Ezban. Après qu’il m’ait subjugué avec son The Similars il y a deux ans (je cherche toujours désespérément son The Incident), le réalisateur mexicain revient avec un nouveau flim de SF, tourné cette fois au Canada. Parallel nous conte l’histoire d’un groupe d’amis, colocataires et associés en affaires qui ont beaucoup de mal à lancer leur start-up jusqu’à ce que, au retour d’une soirée arrosée, ils découvrent dans leur grenier un miroir leur permettant de voyager dans des dimensions parallèles qui pourrait bien être la solution à tous leurs problèmes… Ou pas !

Parallel

Parallel

Certes beaucoup moins barré et dingue que le précédent métrage d’Ezban, j’ai pris un plaisir dingue devant cette péloche ultra référentielle. Le pitch est évidemment proche de la série des nineties Sliders, on est dans un pure esprit Twilight Zone et la tension grandissante entre le groupe d’amis a un petit quelque chose du Petits Meurtres entre Amis de Danny Boyle. Bon, c’est un peu trop sage, il y a des longueurs et toute une fin aussi bancale que gnangnan mais le très bon casting, l’énergie et les mouvements de caméra glissants et fluides ont eu sur moi un effet hyper rafraîchissant. Vivement un suivant un peu plus jusqu’au boutiste !

C’est sur une adaptation de manga que j’enchaîne la soirée. Une adaptation par le grand champion du genre : Shinsuke Sato, déjà responsable de Gantz, I Am a Hero,… Pas du tout expert du genre, un synopsis surprenant et une affiche toute en couleurs terminent de me convaincre d’aller voir Inuyashiki . Inuyashiki c’est le prénom d’un homme tirant sur la soixantaine, bon coeur mais victime complète, il est le bouc émissaire à son boulot, dans sa famille et dans sa vie en général, jusqu’à une nuit où il se fait vraisemblablement embarquer par des extraterrestres qui vont le redéposer avec quelques « body modifications » pour le moins impressionnantes. Tandis qu’il tente d’appréhender ses nouveaux pouvoirs pour faire le bien autour de lui, un jeune étudiant malheureux à tendances sociopathiques se trouvant également sur les lieux décide de s’en servir totalement autrement.

Inuyashiki

Inuyashiki

Dire que Inuyashiki est l’équivalent filmique d’un uppercut de Dwayne Johnson tient du doux euphémisme. Dingue, excessif, touchant, cruel, bien joué, bien écrit, sans concession,… Le nombre d’adjectifs pouvant définir cette montagne russe visuelle sont nombreux et la liste est difficilement exhaustive. C’est donc avec grand mérite qu’il a gagné le Corbeau d’Or de cette édition 2018 (les deux Corbeau d’argent tout aussi mérités revenant à égalité à Mon Mon Mon Monster  de Giddens Ko et à Tigers Are Not Afraid de Issa Lopez, dont je parlerai un peu plus bas. Oui, juste là, en dessous…)

Je ne peux que vivement vous conseiller de voir ou revoir Inuyashiki avec un putain de grand projecteur ou en salle si vous en avez  l’occasion !

Jour 9 :

Un huis clos spatial serbe et une comédie collégienne gore; voilà un mercredi soir qui s’annonce bien.

Dans un futur sans ressource, un cosmonaute est envoyé par la corporation Ederlezi vers une planète Alpha du Centaure afin d’y créer une colonie, unique espoir de sauver l’espèce humaine. Pour lui permettre de mener à bien ce long voyage sans devenir fou, il est accompagné d’une androïde  lui servant tout autant de contact affectif, sexuel et d’analyste psychologique pour le compte de la compagnie.

Ederlezi Rising m’a divisé : l’univers esthétique hyper contemplatif semblable à une longue cinématique de jeu vidéo m’a complètement transporté, même si c’est bien souvent un prétexte pour filmer l’actrice Stoya nue sous toutes les coutures.  A côté de ça, si cette volonté évidente de faire passer Milutin, le personnage principal, pour un mâle alpha insupportable tandis qu’il accumule les clichés sexistes avec Nimani, j’espérais avoir une fin développant ce propos jusqu’au bout alors que le film se termine par une accumulation de clichés insipides détruisant tout ce qui avait été mis en place jusque là. La thématique me questionne encore quant à la tentative de message du film alors que la claque esthétique me donne envie de le revoir.

Ederlezi Rising

Ederlezi Rising

Déjà passablement éméché par diverses rasades de maitrank et autres plaisirs liquoreux, je retourne en salle deux dans l’état le plus adéquat imaginable pour Tragedy Girls tandis que l’ami Guillermo del Toro faisait déborder la salle Henry Leboeuf .

Sans avoir pris le temps de lire quoi que ce soit à son propos, la seul chose que je savais sur Tragedy Girls était le conseil d’un pote tout aussi – néphage : « C’est vraiment excellent ! Ne le rate pas ! » Je confirme : c’est effectivement excellent !

Ayant conscience d’être excessif, j’ai presque envie de dire que c’est la version 2018 de Scream, tant au niveau référentiel que comique (même si le côté réellement flippant du chef d’oeuvre de Wes Craven est d’avantage ici remplacé par des excès gore grand guignolesque et qu’on reste loin du savoir-faire technique du maître…) car le deuxième long de Tyler MacIntyre est vraiment hilarant de bout en bout sans longueur ni ennui. Pour le côté référentiel, les deux héroïnes – étudiantes psychopathes massacrant les gens qui tentent de s’en prendre à leur notoriété tout en essayant désespérément d’augmenter celle-ci sur YouTube et Instagram –  s’appellent Sadie Cunningham et McKayla Hooper, ce qui donne déjà une idée… Flim absolument parfait dans le contexte décalé du BIFFF, Tragedy Girls a tout pour devenir une comédie culte d’un dimanche soir entre potes !

Tragedy Girls

Tragedy Girls

 Jour 10 :

J’en parlais plus haut, Tigers Are Not Afraid d’Issa Lopez a gagné le Corbeau d’Argent. Prix amplement mérité pour un conte émouvant sur l’enfance qui, comme Del Toro l’avait fait avec Le labyrinthe de Pan, fait s’évader dans un monde onirique une enfant confrontée à la perte de sa mère et poursuivie par le fantôme de celle-ci tandis qu’elle se réfugie parmi un groupe d’enfants des rues tentant d’échapper à un gang des cartels voulant leur peau. Beau, tragique et interprété avec une justesse rare par un groupe de jeunes acteurs formidablement dirigés, Tigers Are Not Afraid essuie juste quelques facilités scénaristiques et une fin au symbolisme un peu maladroit mais risque bien de propulser Issa Lopez au rang des réalisatrices à suivre et ce, espérons le, pour longtemps !

Tigers are Not Afraid

Tigers Are Not Afraid

Supposé aller voir le Memoir Of A Murderer (à ne pas confondre avec vous savez quoi…) de Shin-Yun Won, je n’en ferai finalement rien, pauvre lâche que je suis. Le flim a toutefois gagné le prix du Meilleur Thriller et il semble évident qu’il s’agit d’une petite perle à rattraper.

Jour 11 :

Cet onzième jour est – et j’en suis encore tragédie et chagrin inconsolable – mon dernier jour du festival; étant dans l’incapacité totale de participer à la funeste « The Night ».

Et comment donc (Houston) terminer correctement le festival ? Cold Skin, promenant déjà sa petite notoriété et étant facilement trouvable, je décidais de faire l’impasse sur le dernier rejeton de Xavier Gens et de me pencher sur un film chinois au nom si classe et à l’affiche si élégante qu’elle ressortait littéralement du programme.

Wrath Of Silence (putain ça pète !) nous plonge dans la vie d’un mineur mutique, têtu et bagarreur qui, s’étant mis sa famille et son village à dos pour avoir éborgné un voisin dans une rixe et refusé de signer la vente de leur mine à une société privée, part seul à la recherche de son fils disparu dans les décors miniers de Mongolie, ce qui le confrontera bientôt à un riche propriétaire à tendance mafieuse intéressé par sa détermination et sa capacité à en foutre plein la gueule.

Wrath of Silence

Wrath Of Silence

Expérience toute aussi viscérale qu’organique (le sound design quasi traumatique ferait pâlir celui de Grave), récit fascinant sur la lutte des classes, visuellement époustouflant et parfois très drôle,  le troisième long métrage d’Yukun Xin (en compétition 7ème Parallèle) aurait, selon moi, largement mérité sa place dans le palmarès. Wenkang Yuan et surtout Wu Jiang livrent des interprétations fascinantes en tout instant et la photographie des décors autant intérieurs qu’extérieurs est sublime. De plus, rarement la nourriture n’aura été aussi graphique et palpable à l’écran; on pourrait presque sentir l’odeur de la chèvre et de la fondue pékinoise.

Pour rester sur les histoires de fins gourmets, quoi de mieux qu’un remake argentin de Massacre à la tronçonneuse ? Bon, quoi de pire en fait mais quoi de mieux pour conclure le festival !?

What The Waters Left Behind est un formidable nanar. Le pitch : une équipe de tournage aussi cliché qu’hétéroclite que complètement débile se rend à Epecuen, ville engloutie par son lac en 1985, pour y tourner un documentaire qu’ils espèrent proposer à la Berlinale. C’est sans compter sur la famille de dégénérés cannibales qui vont… bla bla bla, vous voyez. Alors, entre ce titre plutôt sympatoche et les décors naturels d’Epecuen (l’histoire et les décors sont vrais, même l’abattoir hyper photogénique) , on s’était dit « pourquoi pas ? » Ça se revendique de Massacre à la tronçonneuse et de The Devils Reject donc c’est tentant !

Mais dans les faits, c’est un très mauvais remake du chef d’oeuvre de Tobe Hooper auquel il vole des plans entiers, ça pique des idées visuelles et de montage à l’oeuvre phare de Rob Zombie mais de façon complètement ratée, l’image est saturée et hyper contrastée au point que ça en fait mal aux yeux, les plans sont systématiquement trop longs (à un stade, le public hurlait même : « coupe ! ») et à l’inverse les cuts complètements abruptes (ce que le monteur a fait est limite criminel…), les comédiens et comédiennes jouent tous et toutes comme des acteurs et actrices de telenovelas et le « twist final » est prévisible dès les premières minutes. Bref, c’était génial ! La séance la plus hilarante du festival et une manière absolument parfaite de le conclure ! Quel putain de pied ! Merci Luciano et Nicolas Onetti pour ce moment.

What the Waters Left Behind

What The Waters Left Behind

Digestif :

En conclusion, une seconde semaine bien plus enthousiasmante que la première, Un tas de flims à rattraper, un accord global avec le palmarès, quelques séances au stand VR fort chouettes, de grands moments à fumer des clopes avec un verre aux côtés de ce sympathique trublion de Lloyd Kaufman, beaucoup de fatigue et de malbouffe et une envie de verser quelques larmes lorsque ça se termine déjà. L’an prochain je prend mes congés en même temps, c’est décidé !

Sanglantes baises,

Major Fail

Vous aimerez aussi